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lundi 6 janvier 2020

[BLEAU] Forte mobilisation contre le chantier de coupe dans les Trois Pignons. Mais est-ce la solution ?

Le XXIe siècle a ceci de formidable qu'il permet de mobiliser rapidement des milliers de personnes autour d'une cause environnementale. Il suffit pour cela d'appeler, à grand renfort de vocabulaire catastrophique contre une supposée atteinte à l'environnement. C'est ce qui vient de se passer une nouvelle fois dans les Trois Pignons où le chantier de coupe annoncé en novembre est suspendu depuis ce matin avant même d'avoir débuté ! "une nouvelle fois" car ce type de polémiques est récurent à Bleau ! A la Tribune Libre de Bleau, pour une fois, on était plutôt favorable aux forestiers. Retour sur les événements de ces derniers jours...et sur cent ans d'histoire des Trois Pignons et leurs conséquences sur la forêt.

Donc, fin novembre, nous apprenons qu'une grande coupe doit avoir lieu dans les Trois Pignons par le Collectif Avenir du Vaudoué. Dans notre article nous tentons d'expliquer pourquoi cette coupe ne nous parait pas inutile et tentons d'en savoir plus auprès de l'ONF. Rapidement, l'ONF nous répond et nous indique préparer une communication du le sujet que nous avons relayé entièrement dans cet articleL'onf se veut rassurant et organise plusieurs réunions pour tenter de désamorcer le conflit avec les riverains. Le collectif n'en démord pas. Cette coupe sera un "massacre" ! Les Trois Pignons seraient même carrément "en danger" de "déforestation" comme le laisse entendre la communication autour de la pétition lancé par le collectif ! On parle de ces 120 hectares comme si on allait les raser (ce qui est loin d'être le cas). On souhaite en faire un "sanctuaire"... En quelques jours, plus de 7 000 personnes signent cette pétition souvent sans même savoir de quoi on parle. Bienvenue dans un monde où c'est le patient qui dicte au médecin son diagnostic inspiré par sa lecture du web. 

Ensuite, on fait appel à des personnalités pour lancer le débat dans le journal Libération. En résulte le texte reproduit ci-après. Il est très beau. Mais est-il en phase avec la réalité des choses. Ce n'est pas parce que l'on est écrivain, astronome ou cinéaste que l'on s'y connaît en forêt et sylviculture. Ces 120 ha des Trois Pignons ne représentent même pas 4% de la surface de ce secteur du massif forestier. Et si on les rapportent à l'ensembles des domaniales de Fontainebleau, Trois Pignons et Commanderie... Alors faut-il se mobiliser pour sauver ces quelques arbres ? Et de quels arbres parle-t-on ? Les Trois Pignons c'est une forêt plutôt jeune où très peu d'arbres dépassent les cent ans. Et pour cause, elle est couverte majoritairement de pins et bouleaux auxquels, quand le sols le permet, se mêlent des châtaigniers et des chênes rabougries. Et il y a plusieurs raisons à cela, à commencer par l'histoire récente de cette forêt.

"Il faut sauver la forêt des Trois Pignons


Un collectif citoyen, soutenu entre autres par l'écrivain Jean-Christophe Rufin et le cinéaste Lucas Belvaux, se mobilise contre cette opération de déforestation près de Fontainebleau, et interpelle le nouveau directeur-général de l'Office national des forêts.

   Ce 6 janvier, vous prendrez officiellement la direction de l’Office national des forêts. Au même moment, commencera un chantier de coupe de 120 hectares dans la forêt des Trois Pignons.
Connaissez-vous cette forêt extraordinaire ?
En réalité, peu importe. Ce qui importe c’est que chaque année des millions de personnes viennent se promener, grimper, jouer dans le sable avec leur bébé, faire du cheval, se reposer, trouver du calme, du bonheur gratuit à moins de cent kilomètres de Paris.
Ce qui importe, c’est que cette forêt est d’une beauté inouïe, parsemée de rochers, de chaos envahis de mousses et de lichen, traversée de vallées couvertes de bruyère. C’est ici que des dizaines d’enfants des écoles de la banlieue sud viennent découvrir que la vie n’est pas que béton, immeubles, voitures, bitumes, bruits et fureur.
Ce qui importe, c’est qu’on y vient de toute l’Europe pour escalader ses rochers, faisant de cette forêt une vitrine de la France.
Les Trois Pignons est un morceau de poésie pure, l’endroit ou l’imaginaire devient réalité.

Cet endroit, Monsieur le directeur-général, devrait être un sanctuaire dédié à la beauté du monde. Et cela devrait faire consensus d’autant plus facilement que sa rentabilité économique est quasi nulle.

Car ici, le sol est pauvre. Ce qui pousse est chétif, tordu, bancal. C’est justement ce qui fait sa beauté. Rien n’est droit, rien n’est plat. Les sentiers s’enroulent autour des blocs comme s’ils hésitaient sur la direction à prendre et chacun des virages révèle un nouveau rocher, une nouvelle grotte, une marre.
Si quelques arbres ont réussi malgré tout à devenir «remarquables» les couper n’en serait que plus grave.
Car ces arbres, tous, seront vendus à un prix qui couvrira à peine le prix de leur abattage. Huit euros le stère, nous dit-on.
Si on peut aisément chiffrer combien ce chantier pourrait rapporter, on peut aussi facilement évaluer la perte en regard. Elle est immense.
La valeur de cette forêt n’est pas financière, elle est poétique. Elle est sociale.

Les 3 000 signataires de la pétition mise en ligne il y a quelques jours en témoignent dans les récits qu’ils font de l’histoire qu’ils partagent avec cette forêt, certains depuis des dizaines d’années.
Pourtant, le 6 janvier, jour de votre entrée en fonction, cet endroit enchanté va devenir une «usine à bois».
Des saignées de plusieurs mètres de large seront ouvertes tous les 24 mètres pour ouvrir le passage à des engins toujours plus lourds et encombrants. Dans ces cheminements, rectilignes, plus aucun arbre ne subsistera. Des zones «mises à blanc» qui représenteront plus de 16 % de la surface totale. Plus d’arbres. De bruyère. De champignons. Plus de mousses. Plus de lichen. Dans ce véritable quadrillage, ne resteront que des ornières dans le sable, un sol tassé et des restes de branches coupées.
A ces surfaces sur lesquelles il ne restera rien, il faut rajouter les 20 à 30 % d’arbres abattus dans les parcelles.

Une année comme celle-ci où vos services ont compté entre 100 et 200 hectares d’arbres morts pour cause de sécheresse, est-il indispensable d’en rajouter ?

Comme vous le disiez lors de votre récente audition au Sénat, une nouvelle ambition pour la forêt est possible. Vous disiez aussi avoir cru comprendre que les intentions du gouvernement et du chef de l’Etat étaient de formuler, dans les mois qui viennent, une ambition pour les forêts françaises, une ambition qui ne pouvait se construire que sur les attentes des citoyens.

Dans quelques mois, il sera trop tard pour la forêt des Trois Pignons.
Monsieur le directeur-général, sous quels auspices déciderez-vous d’ouvrir votre mandat ?

Il est encore temps d’empêcher cette catastrophe. De faire de cette forêt exceptionnelle un laboratoire de ce que pourrait être la forêt de demain et des rapports plus harmonieux entre les usagers de la forêt et ceux qui la travaillent.
Soyez celui qui prend le temps de s’arrêter et qui regarde avant d’agir.
Ils sont si rares les endroits où la beauté s’incarne et vit.
Ne laissez pas disparaître celui-ci. La perte serait irrémédiable."

Jean-Christophe Rufin Ecrivain , Lucas Belvaux Cinéaste , Jacques Laskar astronome, directeur de recherche au CNRS, membre de l’Académie des Sciences


Voilà donc un texte qui s'inscrit bien dans la tradition des polémiques sur la gestion de la forêt domaniale de Fontainebleau et de son appendice, celle des Trois Pignons. Un texte qui en rappelle beaucoup d'autres écrits lorsque les associations locales s'opposèrent avec moins de succès à la création de l'A6, puis à la soit-disant privatisation des 3 Pis ou plus récemment, entre 1993 et 2009, lorsque les éco-guerriers tentaient d'obtenir un classement en Parc National pour cette forêt !


La semaine dernière, lors de la première réunion avec l'ONF, plus de 140 personnes étaient présentes. Trois représentants de l'ONF, dont Pierre-Edouard Guillain, le directeur de l'agence de Fontainebleau en charge de la Forêt des Trois Pignons, avaient fait le déplacement mais aussi, Michel Tanant, directeur de publication de la CGT Forêt et secrétaire du collectif SOS Forêt Ile-de-France. Les débats ont été vifs, parfois houleux, mais toujours intéressants. Les représentants de l'ONF ont pu évaluer l'unanimité de la désapprobation du chantier actuel, et le regret du manque de communication qui a pu avoir lieu avec les communes riveraines.  Après près de 3 heures de débat, P.-E. Guillain a  reconnu qu'il était décisionnaire sur ce chantier, et qu'il avait la possibilité de l’arrêter. Il  a laissé entendre que si les municipalités du Vaudoué et de Noisy-sur-Ecole en faisait la demande explicite, en s'engageant à la concertation sur l'exploitation  de la forêt, avec les autres partenaires alors il pourrait arrêter  le chantier. La lettre de la Mairie du Vaudoué, et celle de l'Avenir du Vaudoué  ont été envoyées le samedi 4 janvier au matin. Les Noiséens (Noisy-sur-Ecole) présents à la réunion de vendredi se sont organisés pour rédiger un texte à soumettre au maire pour qu'il envoie lui aussi une lettre à l'ONF. Dimanche, plus de 110 personnes se sont rassembler à Noisy pour faire un point sur les actions en cours, et une distribution de tract sur le parking, avant de parcourir une partie des parcelles visées pour faire un inventaire documenté. Pour certains, c'était la première fois qu'ils découvraient l'ampleur de ce chantier absurde. 
Source photographique : Avenir du Vaudoué


Ce matin, le Collectif nous annonçait que PE Guillain avait suspendu le chantier et que les bénévoles qui s'étaient mobilisés dès 8 heures sur le site pouvaient rentrer chez eux sans crainte...

Source photographique : Avenir du Vaudoué


Que faut-il penser de ce nouvel épisode pour la Sauvegarde des Trois Pignons ?


A la TL2B, une fois n'est pas coutume, on va se faire l'avocat du diable et apporter notre soutien à l'ONF et aux bûcherons ! Quitte à prendre une volée de bois vert de la part de nos lecteurs... Retarder une nouvelle fois ces coupes, c'est reculer pour mieux sauter !

En effet, rappelons que cette forêt n'a rien de naturelle. Il y a 100 ans, les deux-tiers des 3 Pis n'étaient que des déserts couverts de bouleaux et pins épars et landes et de chaos rocheux couverts de callune. Dans certains secteurs, la mousse tapissait le sol sous le couvert de ces quelques arbres. Les cartes postales de l'époque en témoignent. Vous montiez sur un des pignons et vous aviez une vue imprenable sur les sables et les chaos rocheux ! Rien à voir avec le tapis vert d’aujourd’hui provoqué par un enrésinement massif de notre forêt qu'il était de bon ton de critiquer dès 1830 et jusqu'en 1990 ! Rappelons aussi que les 2/3 des Trois Pignons, à la sortie de la seconde guerre mondiale, il y a 75 ans avaient entièrement brûlés. Entièrement rasés ! Et ceux d'entre nous qui venaient grimper ici dans les années 60-70 peuvent vous dire combien les rochers séchaient  vite parce qu'il n'y avait pas un arbre ! Les temps changent et on s’habitue à la nouvelle physionomie des paysages. Ici et là, l'ONF est intervenu pour dégager quelques points de vue que la végétation avait gâché... Mais depuis quelques années, il est de bon ton de s'opposer à toutes les coupes demandées par l'Office.  

Grands Sablons ou Bois Rond ? En tous cas, difficile de voir ce type de paysage aujourd'hui en dehors de la zone
incendiée il y a quelques années au Rocher Cailleau / JA Martin par exemple


Comment en est-on arrivé là ?


Entre 1952 et 1956, de nombreux groupes ont tenté de s'opposer au projet d'autoroute en proposant un tracé qui évitait les Trois Pignons pour traverser l'immense plateau de la Beauce. Sans succès, hélas. Les Trois Pis sont alors un ensemble de propriétés privées que se partagent quelques 2 000 personnes. Cette nouvelle proximité de l'autoroute augmente considérablement la valeur immobilière des terrains et attise bien des convoitises. Commence alors le mitage progressif des lisières de la forêt notamment autour de Noisy-sur-Ecole et du Vaudoué ! Plusieurs associations se réunissent pour créer, en 1962, un Comité de liaison (le Cosiroc) ; il était alors indispensable de rassembler toutes les énergies afin d'aboutir à la reconnaissance d'utilité publique de ce domaine exceptionnel où, à côté d'activités militaires et scientifiques, une intense activité de loisir sportif s'était développée. 

Dans son guide, dès 1935, Loiseau nous apprend quel devait être l'avenir des Trois Pignons : un champs de manœuvres ! " A la libération, les américains transformèrent le massif en parc à munition et matériel, installant des écoles de tirs à Franchard et ailleurs, funestes obligations de la guerre ! Mais le coup le plus dur porté à l'idée même de la constitution d'un Parc National le fut par l'Etat. L'armée française exigeait la cession d'un terrain de 160 ha dépendant de la Forêt de Fontainebleau au sud d'Avon et de part et d'autre de la Route de Moret et appartenant en grande partie à la série artistique. A cette exigence, le Ministère de la Guerre, ajoutait la transformation des presque 4 000 ha des Trois Pignons en champ de manœuvres ! L'idée était d'y installer l'Ecole toutes armes de St Cyr. L'Armée possédait déjà l'ancienne propriété Vollard."

En effet, en 1952, les 747 ha de la propriété Vollard sont achetés par l’Etat qui y créé le terrain militaire du Bois Rond ! Une convention est tout de même signée avec l’Administration des Eaux et Forêts pour ouvrir le domaine au public les jours où il n’y a pas de manœuvres… Une situation totalement intolérable pour les usagers et riverains au premier desquels se trouvent randonneurs et grimpeurs.

Peu après la construction du monument... un paysage impossible à photographier aujourd'hui


A grand renfort de pétitions, signées par près de 500 000 personnes, l'Etat renonce à faire des Trois Pignons, un vaste terrain militaire pour les Saint-Cyriens mais le conservera pour y faire de nombreuses manœuvres. Quelques années plus tard, l’Etat s’empare du Coquibus mais cette fois, c'est bien pour sa préservation. En juillet 1964, Paul Delouvrier constitue un groupe de travail sur les Espaces Verts et les Sites Touristiques qui sera présidé par Henri de Ségogne et qui comptera parmi ses membres un autre alpiniste célèbre : Lucien Devies. Ils proposent l’acquisition par l’Etat de la totalité du massif des Trois Pignons. Une mesure également inscrite dans le plan d'aménagement du district de Paris qui prévoit de rendre à l'ONF la gestion des Trois Pignons, terrains militaires inclus.

Pour exproprier les 2 000 propriétaires des Trois Pis, l'Etat doit recourir à une enquête d'utilité publique qui est lancée durant l’année 1966. Elle va bien entendu engendrer de très nombreux débats… La commission d’enquête rendra son rapport le 12 février 1966 assorti de plusieurs recommandations dont la plus importante est la suivante : « la commission croit devoir recommander instamment l’éviction des militaires le plus rapidement possible. » Suivant l’avis du rapport, le Ministre de l’Agriculture, Edgar Faure signe la DUP le 22 septembre 1967 pour permettre l’acquisition de 2 400 ha dans les cinq ans qui suivent. Les oppositions sont nombreuses, notamment chez les propriétaires (un vieux réflexe français) et, en mars 1968, Minute publie un brulôt sous le titre « Trois Pignons et 1 500 pigeons » qualifiant l'opération de préalable à la création d’un vaste « Luna Park » !

Au fil de l'eau, les plus grandes propriétés privées sont acquises par l'Etat mais il reste l'épineux problème des terrains militaires dont celui du Bois Rond qui ne peut être totalement ouvert au public contrairement à ce que prévoit la Déclaration d'Utilité Publique (DUP). Le Ministère de l'Agriculture tente de trouver un terrain à échanger et dévoile en 1972 une possibilité à Nanteau ce qui ne manque pas de provoquer dans ce tranquille coin de Seine-et-Marne une nouvelle levée de boucliers...

Pendant ce temps, deux gros propriétaires, messieurs Michelin et Veyret, ont posé une requête d'annulation de la DUP pour "excès de pouvoir". En 1969, le tribunal la déclare irrecevable mais Monsieur Michelin, loin de se décourager, porte l'affaire devant le Conseil d'Etat qui se prononce le 6 juillet 1973. La conclusion de la Haute Assemblée est la suivante : "...considérant que, tant en raison de son importance que de sa place dans le massif des Trois Pignons, l'exclusion du Domaine du Bois Rond de l'ensemble des terrains destinés à être ouverts au public ôte à l'opération son caractère d'utilité publique (...) annule l'Arrêté du Ministre de l'Agriculture du 22 septembre 1967 déclarant d'utilité publique l'acquisition par l'Etat du Massif des Trois Pignons".

Les bouleaux, espèce pionnière, grignotent petit à petit la pelouse protégée de Chanfroy
Nous voilà donc revenu à la case départ sauf que 1 310 ha ont déjà été acquis, disséminés au travers du site. Les acquisitions ne peuvent plus se poursuivre qu'à l'amiable sans aucune garantie d'aboutir. Le ton monte entre le Ministère de l'Agriculture alors tenu par Jacques Chirac et celui des Armées de Robert Galley, propriétaire du terrain militaire. Monsieur Chirac écrit à son collègue : (...) " Je suis amené à vous demander de bien vouloir consigner un nouvel arrêté déclarant d'utilité publique l'acquisition par l'Etat du Massif des Trois Pignons (...) et de retenir favorablement le principe de changement d'affectation du Domaine du Bois Rond". Cette affaire d'Etat nécessitera un arbitrage du Premier Ministre qui fait signer au deux protagonistes le nouvel arrêté le 10 mai 1974, préalable à la reprise des achats. Les propriétaires cèdent progressivement mais en 1979, les deux ministères n'ont toujours pas réussi à trouver une solution d'échange de terrains. L'arrêté est donc reconduit jusqu'en 1984. En 1979, un protocole est quand même signé entre les militaires et les forestiers qui prévoie des restrictions aux manœuvres des premiers "ne faisant appel ni à des engins chenillés, ni à des tirs de munitions réelles"... Enfin ! De plus, "l'espace en question sera ouvert au public et l'entrée sera gratuite..." Le terrain sera tout de même fermé une vingtaine de jours par an. Cette même année, l'une des dernières grandes propriétés, celle des Cordier (140 ha) est acquise. 

Au fil des ans, notamment sous la pression des AFF et du COSIROC, l'ONF obtiendra d'avantage de restrictions d'usages des terrains militaires sur son domaine. Les champs de tirs seront fermés et les terrains des Trois Pignons verront leur surface se réduire progressivement. On trouve toujours de nombreux déchets militaires (balles à blancs, grenades à plâtre, boîtes de ration...) ainsi que des trous de combats dans les pentes du 95,2 ou aux abords de la Canche aux Merciers mais, pour l'essentiel, le massif est désormais préservé. D'autant plus que dès 1979, les allées forestières sont fermées à la circulation automobile.

Pendant toutes ces années, il n'y eut que très peu de coupes dans les Trois Pignons. Progressivement, suite à la fermeture des routes forestières à la circulation automobile, la nature a pensé ses plaies. D'abord timidement en couvrant les sables de plantes colonisatrices comme la callune et le bouleau, puis massivement avec les pins. En moins de 50 ans, les 2/3 des déserts ont été recouverts. 

Sans intervention de l'ONF sur les platières du Larris qui Parle, de la Touche aux Mulets ou du Coquibus, il n'y aurait plus ici que des pinèdes... Petit à petit, la mer de sable du Cul de chien rétrécit encerclée de bouleaux et de pins. Idem pour la cuvette de la Vallée Close ou la réserve biologique de Chanfroy et la Plaine des Fusillés. Bref, à trop vouloir empêcher les forestiers de faire leur travail qui s'inscrit sur des générations pour préserver le confort de son petit paysage, la forêt recouvre les paysages rocheux des Trois Pignons. C'est peut être une bonne chose que cette évolution presque naturelle mais en est-on certain ? Des dizaines d'espèces végétales et animales ont déjà disparus de ce secteur. C'est le cas de celles qui ont besoin de milieux ouverts et sableux.  Citons l'emblématique Engoulevent d'Europe, les pouillots, les bouvreuils, la mésange boréale, l'alouette Lulu mais aussi la bostryche lunaire, la spiranthe d'automne, de nombreuses orchidées, la sabline à grandes fleures, des dizaines de papillons, criquets...

Les rares anémones pulsatilles sont encore visibles dans certains secteurs des Trois Pignons
Mais pour combien d'années encore ?


A la TL²B on s'est d'abord étonné des réactions presque épidermiques à l'annonce de ce chantier qui pourtant n'est pas très différent de celui conduit à quelques centaines de mètres de là en février 2018 et dont, aujourd'hui, il ne reste plus beaucoup de traces y compris dans les mémoires et notre appréciation du paysage. En dehors de quelques ornières et tas de branches, rien ne choque quand on visite les parcelles de la Roche aux Sabots, du parking de Noisy de la Roche aux Oiseaux et du Mont Pivot... Sans doute est-ce un problème de communication de la part de l'ONF ou les conséquences des coupes rases conduites dans la domaniale pour dégager les chaos rocheux. et puis, il y a les municipales... Bon en attendant la suite, on espère que certains reviendront à la raison pour éviter une mise sous cloche de cet espace de loisirs car vraiment, on ne souhaite pas que cette forêt deviennent un sanctuaire. Un sanctuaire, en forêt, c'est une Réserve Biologique et dans bien des cas cela se traduit par une exclusion des activités sportives. Fini le trail des 25 bosses. Terminé l'escalade au cœur des chaos rocheux... Il n'y a qu'à faire un toujours sur la Plaine de Chanfroy et de regarder l'espace des mares coincé par le grillage pour voir les bouleaux envahir ce qui était autrefois un des espaces les plus riches des Trois Pignons en terme de biodiversité...

Heureusement, nos amis de l'Avenir du Vaudoué nous écrivent pour nous rappeler qu'ils ne sont pas opposés à cette coupe mais aux méthodes employées pour les réaliser et notamment le maillage de débardage tous les 24 mètres... C'est certain, on peut sans aucun doute élargir à 50 m et plus...
2018, A quelques mètres du parking de Noisy sur Ecole...

Ces ornières de 2018 ont presque disparu... Roche aux Oiseaux

12 commentaires :

  1. Merci pour cet excellent article documenté, intelligent et mesuré, en contre-point des informations partielles et partiales délivrées par des comités de défense auto proclamés.
    Et merci globalement pou votre travail d'information

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  2. Non ce n'est pas clair. En l'absence de carte on ne comprend pas bien quel est le secteur menacé. Il ne suffit pas d'enumerer les noms de lieu dits, certains secteurs etant privés mais aussi ouvert au public. Il y a la route qui separe l'ancienne propriete Vollard de la propriété Michelin. Et puis couper c'est bien mais replanter c'est mieux et si c'est pour replanter des epiceas comme ceux qui sont morts de scolyte c'e n'est pas la peine. Il faut des chenes des hetres et des bouleaux.

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    1. Bonjour. Avez-vous lu les 2 précédents articles où les cartes hachurées montrent très clairement de quelles zones il est question pour ces coupes ? Ensuite, on ne plante plus, on régénère. Sauf coupes rases, les plantations sont naturelles et pour que les pousses se développent, il faut éclaircir...

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    2. C'est effrayant qu'on ne plante plus. Les zones livrées à la régénération ne fonctionnent pas mieux que les zones plantées dans les années Giscard (protégées par des clôtures). Il y a des plantations qui se sont developpées mais pas toute, parce que les sols sont trop sec. Le jeune arbre assoiffé ne reussi pas sa croissance. Par régéneration naturelle ce sera encore pire. Qu'est-ce qui est prévu pour l'arrosage? rien. Qu'est-ce qui est prévu pour la protection contre l'écrasement par les promeneurs? des écriteaux. Les sols des 3 pignons sont les plus mauvais de toute la foret et en outre il y a la pollution continuelle de l'autoroute. Faire confiance a la regeneration c'est faire confiance a la prochaine serie de 4 mois de secheresse comme celle qu'on a eu en 2019.

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  3. Je ne sais pas si j'ai mal lu une page parmi les 300 ... Mais jusqu'à preuve du contraire les arbres poussent sans l'aide de la sylviculture - humaine - (càd exploitation de la forêt à des fins économiques). Et justement du point de vue de la sylviculture, la forêt - sablonneuse - de Fontainebleau n'a pas l'air formidable ... mais paradoxalement intéressante pour occuper les prestataires en tronçonneuse quand les forêts environnantes sont devenu beaucoup trop humide pour être rentable ...

    La vrai question est peut-être, la forêt de Fontainebleau est

    - un lieu de repli pour occuper des prestataires de ce qui reste de l'ONF ?
    - un terrain expérimentale pour lutter contre le réchauffement climatique, les maladies et les pins envahisseurs ?
    - ou simplement quelques hectares de Nature à 70km de Paris ?

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    1. Bonsoir Fabrice. Non vous avez tout à fait raison. La preuve, ce désert est devenu une vaste pinède en quelques décennies. Nous aurions sans doute préféré une hêtraie primaire comme les si belles RBI de FontaineBleau mais le sol en a décidé autrement.
      Un terrain expérimental, c'est le cas par endroits, quelques hectares de nature c'est certain. Pour autant, il n'est pas certain que le public si attaché à ces quelques pins voit toujours d'un bon œil l'évolution de cette forêt sans si l'onf laisser faire comme il l'a fait depuis 20 ans. Ceux qui crient au massacre, râlent quand un pin leur bouche la vue... Mais oui, la question pourrait être doit on laisser vivre cette forêt à sa guise quitte à y perdre en biodiversité et espaces de loisirs...?

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  4. Un ami me faisait remarquer la prolifération des pins à la Dame Jouanne, beaucoup n'existaient pas il y a quelque dizaine d'années, ce sont des arbres à croissance rapide sans intérêt autre que marchand. En ce qui concerne l'escalade ils sont plutôt une nuisance, humidité, dépôts divers sur les rochers.

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  5. Citation: "Mais oui, la question pourrait être doit on laisser vivre cette forêt à sa guise quitte à y perdre en biodiversité et espaces de loisirs...?"

    La réponse est oui.

    Je pratique en forêt l'escalade, la randonnée, la course à pied et le vtt, et pourtant mon avis est désormais tranché: quand on voit toutes les dérives (qu'il s'agisse de celles liées aux loisirs, les déchets, les pratiques hasardeuses de l'ONF et de ses sous-traitants) subies par le massif forestier, je finis par penser que cette une gestion "a minima" qui s'impose. Entretien des chemins, débroussaillage et zones de protection intégrales.
    Quitte à frustrer certains sportifs ou d'exploitants forestiers qui traversent toute la France pour venir "faire du bois", dans le cadre des marchés publics.

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  6. Un point de vue intéressant: https://theconversation.com/secheresse-lindispensable-adaptation-des-forets-francaises-128404?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1579640368

    "L’adaptation des forêts est toutefois controversée. En effet, la mouvance actuelle est à la « gestion forestière proche de la nature » (close-to-nature forestry) qui préconise une intervention humaine minimale pour favoriser les processus biologiques naturels.

    Le regain pour la forêt « au naturel » se fait ressentir au sein de la population française avec notamment un engouement pour des pratiques telles que la sylvothérapie, mais aussi une certaine réticence des populations à couper des arbres. Dans ce contexte, la mise en œuvre de l’adaptation peut être considérée comme le fait d’agir sur la nature, de modifier sa trajectoire naturelle et peut donc être perçue comme non souhaitable.

    La réponse de la science est toute autre. Ne pas adapter les forêts au climat futur représente un pari sur l’avenir. Cela signifie que les forêts devront s’adapter d’elles-mêmes. Or, la vitesse du réchauffement climatique est beaucoup plus rapide que la vitesse d’adaptation des processus biologiques. On estime que 2003, année de canicule et sécheresse exceptionnelle en France, deviendra une année moyenne en 2070."

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    1. Bonjour et merci pour cette information très intéressante. Ce texte nous avait échappé. Fontainebleau dispose de plusieurs RBI dont l'étude depuis la moitié du XIXe permet aussi de mesurer l'adaptation naturelle de la forêt face aux changements climatiques. Étonnamment, c'est le hêtre que beaucoup de naturalistes locaux considèrent comme en dehors de son aire de répartition et comme essence de montagne qui s'épanouit...

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  7. Il ne faut se faire d'illusion. Pendant ce temps là, les engins sont déplacés ailleurs, là où personne ne regarde et hop on coupe autant d'arbre que besoin... Aux gorges de Franchard en particulier.

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  8. From Haute-Savoie to Guyane30 avril 2020 à 23:48

    Le bois, moi je dis oui!
    Au lieu de râler sur les forestiers qui tentent d'accompagner les forêts dans leur adaptation au changement climatique (tant bien que mal, et avec les moyens du bords que leurs donne l'Etat, certes), et bien, vivez avec vos contradictions et construisez en charpentes métalliques, caisseries plastiques, planches PVC, papier maïs et tout ce que le bois n'a jamais su offrir!
    La ressource forestière est renouvelable et beaucoup moins extractiviste que le sont d'autres industries de transformation de matières première.
    L'ONF est imparfait, mais il vous consulte et essaie de plus en plus d’écouter la citoyen lambda. la multifonctionnalité est de plus en plus intégrée aux aménagement forestiers.
    L’amélioration des forêts, je dis oui, rien de plus content qu'un parisien qui se balade dans une futaie régulière dégagée en sous bois. Mais qu'est ce qu'on est loin d'une forêt naturelle, qui s'autogère toute seule! Allez donc vous promener en forêt tropicale remplie d'arbres morts, de faune et d'autres embûches.
    La gestion, la sylviculture, je dis oui! Une sylviculture proche de la nature est possible, en conciliant les divers conflits d'intérêts entre promeneurs mécontents et consommateurs de bois. (et forestiers essayant de travailler)
    La biodiversité, je dis oui, mais on s'en éloigne en s’évertuant à vouloir garder des pinèdes sur sables qui appauvrissent la mosaïque de milieux. En pensant garantir "l'avenir" du Vaudoué, vous en oubliez son histoire, sa potentielle biodiversité, ses paysages naturels. Parfois les coupe à blanc ne sont pas absurde loin de là.
    Quant à replanter... sur un sol pauvre comme celui-ci? avec arrosage? (on aura tout entendu/ pourquoi pas du fertilisant?!) Cela serait un hérésie écologique, et au passage, financière (argent public). La libre évolution, soit, la forêt pousse toute seule, appauvrissant peu à peu le nombre d'espèces inféodées aux milieux avoisinants... Bien qu'amoureux de la forêt, je reste content d'avoir une vue dégagée de ci de là sur les verts pâturages alpins. Pourquoi uniformiser? (parceque oui c'est la tendance inexorable qu'a la nature, à se refermer en paysages forestiers, en l'absence de perturbations)
    Peut-être que nos société est comme cela finalement. Uniforme.
    Le besoin croissant de nature est plus que louable, et tout à chacun trouvera son compte dans une nature gérée, en libre évolution et même parfois dans un désert, ou encore enfer vert.
    La démocratie participative oui, mais pas au détriment d'une gestion et savoirs faire pluriséculaire.
    Ce collectif me fait bien rire, mais il a moins le mérite d'être l'exemple d'une société qui essaie de renouer avec son environnement. Pour une fois que l'on s'intéresse à la ruralité et à la forêt!
    Personnelement, je suis pour la biodiversité, pour l'usage de bois, et pour que les forestiers et l'ONF perdurent. Libre à vous, citoyens de prendre le relai, en connaissance de cause.

    Signé: Un forestier, amoureux de la nature.

    LB


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