Les Titres

lundi 16 novembre 2020

Faut-il se réjouir d'un classement de la Forêt de Fontainebleau au Patrimoine de l'UNESCO ?

Il y a quelques semaines déjà, la presse se réjouissait de la nouvelle étape franchie par le dossier de candidature de la forêt de Fontainebleau à l'inscription au patrimoine de l'UNSECO. Mais est-ce vraiment une nouvelle réjouissante ? Cette forêt aux portes de la capitale, c'est déjà le site naturel le plus visité de France avec sans doute plus de 10 millions de visiteurs annuels ! On l'a constaté avec le premier déconfinement, la forêt peut attirer les foules et beaucoup de ces visiteurs n'ont absolument pas conscience de l'impact de leur visite sur la nature... Alors ce classement n'est-il pas l'arbre qui cache la forêt ? Est-ce un simple piège à touristes ou un gage de sauvegarde de l'une des plus belles forêts de France ?

Avec le réchauffement climatique, la flore qui couvre des sols est de plus en plus fragile
Avec le réchauffement climatique, la flore qui couvre des sols est de plus en plus fragile



« C'est une première étape importante. On rejoint la short list des biens nationaux dont le dossier est suffisamment étayé pour que l'Etat s'engage à le défendre devant les instances internationales de l'Unesco », s'est réjouit Frédéric Valletoux, le maire de Fontainebleau qui planche sur le dossier depuis 2016 avec l'ONF et l'Établissement public du château. Un projet qui a été longuement construit et par un conseil dit "scientifique" d'une trentaine d'experts pour démontrer sa cohérence sur le plan historique, culturel, paysager… Cette candidature a reçu un soutien de poids avec une marraine de choc, qui n'est autre que Brigitte Macron ! Une note plus politique que  le parrainage  économique du millionnaire américain Christopher Forbes Si, le ministère de la Culture vient de valider la candidature du « Domaine de Fontainebleau », où le massif forestier rejoindrait le château déjà classé (1981), le classement n'aurait pas lieu avant 2024. 

En attendant, les sites classés par l'UNESCO sont hélas très souvent victimes de leur succès ! Leur attractivité augmentant fortement avec ce précieux sésame, les touristes venus de pays de plus en plus lointains s'y pressent en masse et d'importantes dégradations les accompagnent ! C'est d'ailleurs aussi le cas des sites mis à la mode sur les réseaux sociaux comme nous l'avions longuement signalé dans ce dossier. La situation est telle que l'UNESCO elle-même a tiré la sonnette d'alarme en 2018.

En effet, le nombre de touristes a augmenté de façon exponentielle au cours des 20 dernières années, et certains endroits sont si populaires que leur intégrité est menacée. Pour certains sites, la question qui se pose désormais est doit-on fermer ces merveilles aux touristes pour les sauver ? Pour ceux qui en douteraient encore, voici quelques exemples concrets d'endroits labélisés UNESCO mais particulièrement menacés par leur fréquentation. 

Citons Venise et ces images des quelques 500 immenses paquebots qui menacent l'existence de la Cité des Doges. Venise est autant submergée par les touristes que par l’eau. Selon une étude réalisée en 1988, le nombre maximum acceptable de touristes par jour pour Venise était de 33.000, or aujourd’hui on est à 59.000 touristes par jour en moyenne, a indiqué l’architecte Cristiano Gasparetto, membre de l’ONG Italia Nostra.  Moins visibles, mais tout aussi grave, les Galapagos inscrites dès 1978 sur la liste du Patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco sont aujourd'hui en péril. Pourtant les visiteurs qui piétinent cet écosystème fragile ont un accès restreint à 200 000 personnes par an et la zone militaire équatorienne est très surveillée par la marine par souci de protection de l’environnement. 

Les incendies sont une des conséquences du tourisme de masse.
Les incendies sont une des conséquences du tourisme de masse.
Forêt de Fontainebleau, été 2020 



Les alpinistes le savent certainement mais le Kilimandjaro, le « toit de l’Afrique » et ses trois montagnes sont prises d'assaut par environ 25 000 personnes qui contribuent à l’érosion et à la pollution de la montagne tanzanienne, classée elle aussi au Patrimoine mondial. Et bien entendu, l’Everest n'est plus réservé à une élite. Son camp de base est sans aucun doute «le dépotoir le plus haut du monde». Sans l’escalader, près de 700 000 visiteurs se bousculent chaque année à son pied, ravinant ses sentiers escarpés. C'est aussi le cas de la Cité Inca du Machu Picchu. Alors qu’en 1992, moins de 10 000 visiteurs s’y rendaient chaque année, ils sont aujourd’hui 10 fois plus nombreux. De nombreux touristes s’écartent des chemins balisés pour avoir une vue unique si bien que ces milliers de pieds qui foulent le sol de la citadelle inca contribuent à en fragiliser la structure, et les équipes d’entretien peinent à réparer les dommages. Dès 2008, l’Unesco a lancé un avertissement au sujet du sanctuaire, soulignant les problèmes de déforestation, de glissements de terrain et d’accès illégal découlant du tourisme de masse. Au point qu'aujourd'hui, une limitation d'accès semble inévitable. Plus proche de nous, citons le cas du Mont Blanc et des limitations qui s'imposent depuis quelques années.

Hélas, ces limitations d'accès, pour ne pas mettre en péril l'industrie du tourisme qui s'est construite autour de ces sites ne peut que s'accompagner d'une très forte augmentation des prix. Voilà comment le patrimoine mondiale et culturel ne sera bientôt plus accessible aux masses mais réservé à une élite économique ! Ainsi, par exemple, l’accès à l'île de Pâques, qui appartient au Chili, est désormais organisée avec un Pass que gèrent les autorités locales avec les agences de voyage, pour réduire le nombre et la durée des séjours sur place. Les Moais de l’île sont désormais réservés aux happy few. Ce tourisme réservé aux riches serait même en passe de faire l'objet de contrebande ! 

Nous ne sommes pas les seuls à faire ce constat. Nos confrères de Tourmag ont eux aussi plusieurs fois dénoncé dans leurs colonnes les conséquences négatives sur le plan écologique et social de l’attribution par l’UNESCO du label « Patrimoine de l’humanité » à plus d’un millier de sites naturels et culturels à travers le monde.

Cette labellisation médiatisée provoque inévitablement l’arrivée des milliers de visiteurs dans des régions mal préparées à ce tourisme de masse et ses conséquences. En 2018, la prise de conscience par l'UNESCO du problème devait déboucher sur un outil de gestion du tourisme.

Cette avancée annonce très certainement des mesures coercitives qui encadreront le tourisme car il n'est plus possible de « lâcher » sans réglementation plus d’un milliard de touristes dans des régions souvent fragiles. Cette démarche préfigure aussi un changement de cap inéluctable du tourisme dans les prochaines décennies, et il est important pour les professionnels et élus d’anticiper ce mouvement en adhérant aux réflexions et à la mise en place d’un tourisme durable et lent !

Fontainebleau une forêt périurbaine légendaires
Fontainebleau une forêt périurbaine légendaires



Vous voyez certainement où nous voulons en venir. 

Classer la forêt domaniale de Fontainebleau déjà très menacée par sa fréquentation actuelle sans lui donner les moyens de se protéger n'est pas une solution souhaitable. De plus, un tel classement n'entraîne aucune obligation ! Pire, l'UNESCO n'aide pas financièrement les défenseurs de la nature. A Fontainebleau, comme dans le reste de la France, l'ONF est à l'agonie. Les moyens humains et financiers accordés à la sauvegarde du site sont dérisoires. Pire, le gros du budget est maintenant englouti pour réparer les conséquences d'une mal fréquentation et d'une sur-fréquentation de Bleau pour nettoyer les décharges sauvages ou sécuriser certains secteurs à cause d'une érosion galopante. C'est donc pour les mêmes raisons que nous avions contesté l'utilité d'un classement en Parc National que nous rejetons cette proposition.

Actuellement, 11 statuts environnementaux parmi les plus protecteurs ont été pris pour protéger notre forêt. Appliquons-les ! Ce sera déjà pas mal...

Autrement-dit, la manne économique que représente pour le Pays de Fontainebleau ce futur classement n'en vaut peut-être pas la chandelle pour la forêt. Mais les sirènes économiques chantent souvent plus forts que les défenseurs de la nature... On le voit bien avec la chasse et la chasse à courre.
 


Dernière course pour Michel Buisson alias Michel le Taxi

Samedi nous vous annoncions avec une grande tristesse, sur nos réseaux sociaux, le départ de Michel Buisson, figure incontournable de l'escalade à Bleau pour sa dernière course. Vous avez été très nombreux à témoigner sur Facebook et Instagram de la générosité de ce petit homme au grand cœur. 

Vous nous avez parlé de sa remarquable technique de pied et de ses doigts d'acier, de ses conseilles avisés dans les blocs du Cuvier qu'il donnait avec beaucoup de plaisir aux grimpeurs quel que soit leur niveau. Il nous laisse de nombreuses voies remarquables sur les blocs du Cuvier dont l'incontournable Pause café à gauche de la célèbre dalle de la Chicorée

Il sera inhumé mercredi dans l'intimité (Covid oblige) mais comme nous sommes très nombreux à vouloir lui rendre un dernier hommage, nous partageons avec vous ce petit montage vidéo de 6 minutes préparé un de ses plus fidèles compagnons de pof, notre ami Jean Claude Valluet. Dans quelques temps, nous lui apporterons dans sa dernière demeure, un gros morceau des blocs de Bleau qu'il aimait tant.

Grégoire vous propose d'autres photographies de Michel dans la Marie Rose et les Pincettes


 
Copyright © 2014 Tribune Libre de Bleau et Cie | Blogger Template Distributed By ZMTemplate | Designed By OddThemes