Les Titres

mercredi 26 février 2020

[DEBAT] Augmenter la période de chasse peut-elle sauver les forêts ?

C'est un message essentiel des forestiers lors de ce salon de l'agriculture 2020 : en l’absence de grands prédateurs, la chasse est indispensable à l’équilibre et à la bonne santé des écosystèmes forestiers selon l'ONF. Un allié de poids alors que la consultation publique sur la loi chasse va se terminer dans quelques jours. En effet, après avoir récemment étendu la période de chasse au sanglier du dernier jour de février jusqu’au 31 mars, l’État s’apprête maintenant à simplifier par décret la possibilité de commencer à chasser à partir du 1er juin, au lieu du 15 août aujourd'hui. Si nous reconnaissons bien volontiers une sur-abondance de sangliers à Fontainebleau comme dans bon nombre de régions, nous sommes beaucoup plus circonspects sur les population s de cerfs et chevreuil. Sans remettre en cause l'importance d'une nécessaire régulation, nous vous invitons à vous opposer au projet de décret d'ici le 03 mars prochain ! nous pensons d'ailleurs, qu'il existe de nombreuses autres solutions pour traiter le problème.

Une fois encore, c'est très discrètement que l'Etat veut apporter de nouvelles concessions aux chasseurs. Chasser le sanglier ou le chevreuil à partir du 1er juin est déjà possible. C'est ce que l'on appelle la chasse d'été. A Fontainebleau, il y a quelques années, en plein brame, des amis photographes naturalistes avaient failli l'apprendre de manière tragique ! Mais cette chasse estivale est strictement encadrée et nécessite l’obtention d’une autorisation individuelle préfectorale de chasse anticipée. Ce garde-fou indispensable à la sécurité des promeneurs devrait disparaître avec un nouveau décret. Ce projet de décret est ouvert à la consultation publique sur le site du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire jusqu’au 3 mars 2020. La LPO et de nombreuses associations invitent tous les citoyens à y déposer un commentaire pour dire non à "la suppression de l’autorisation individuelle de chasse anticipée pour le sanglier et le chevreuil". A noter que ce décret aborde plusieurs sujets et contient d'autres mesures, dont certaines peuvent être considérées comme positives. 

Pourquoi une tel mesure ? On ne peut pas nier que les sangliers sont de plus en plus nombreux. Faute de prédateurs, ils causent de sérieux dégâts aux cultures et aux forêts. A Fontainebleau, il n'est pas rares de voir d'importantes zones profondément labourées par le groin des cochons. Présents en trop grand nombre, les ongulés (cerfs, biches...) consomment aussi une quantité importante de glands et faines mais aussi de jeunes arbres ce qui peut compromettre le renouvellement des peuplements forestiers.

Les sangliers se balade même en ville à Fontainebleau ! Et ce d'autant plus que certains prennent plaisir à les nourrir !
Les sangliers se balade même en ville à Fontainebleau ! Et ce d'autant plus que certains prennent plaisir à les nourrir !


Comme l’indique son intitulé, l’objectif de ce texte de loi est « la maîtrise des populations de grand gibier et de leurs dégâts. » Mais si les préjudices subis par les agriculteurs sont bien réelles, les chasseurs en sont très certainement à l’origine ! D'ici à dire qu'ils veulent le beurre et l'argent... Nourrissage, préservation des laies reproductrices, lâcher d’individus élevés en captivité, importation des pays de l’Est, chasse en enclos mal clôturés, hybridation avec le cochon, tout a été fait au cours des cinquante dernières années pour favoriser la prolifération de l’espèce en France. Il est donc légitime que ce soient les fédérations de chasse qui d'indemnisent les  agriculteurs pour les dégâts causés soit environs 30 millions d’euros par an. 

Pour autant, la solution n’est certainement pas de démarrer la période de chasse pendant l’été. Outre le fait que cela engendrera de sérieuses perturbation pour l’ensemble des espèces animales souvent en pleine période de reproduction ou de naissance, cette mesure met en danger des millions de français à une période de l'année où se pratiquent massivement les sports et loisirs de pleine nature ! Déjà, dix personnes sont mortes cette saison à cause des chasseurs contre 7 la saison précédente. Et c'est sans compter les accidents non mortels ou impliquant des animaux. 

Nous pensons donc qu'avant de penser à étendre la période de chasse, il serait bon de durcir la réglementation sur les chasses privées et autres élevages et notamment interdiction totale de l’agrainage, de l'élevage ou importation de sangliers dans un but cynégétique, sanctionner les propriétaires d'enclos de chasse non hermétiques



Du côté des forêts, d'après les chiffres avancés par l'ONF, plus d'un tiers des forêts domaniales sont en situation de déséquilibre forêt-gibier, à cause d'une surpopulation d'ongulés. "Cette surabondance nuit à l'équilibre des forêts. La chasse est nécessaire", a expliqué Dominique, technicien forestier territorial à l'Office national des forêts dans les Vosges, aux visiteurs sur le salon. "Il ne servira à rien de renouveler les peuplements et de planter sans maîtriser les grands ongulés, qui se nourrissent massivement des jeunes pousses", a aussi rappelé Patrick Falcone, adjoint au directeur général de l'ONF, sur le stand du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation lors du SIA2020. 

En effet, selon le bilan patrimonial réalisé en 2015 par l’ONF, plus d’1/3 des surfaces des forêts domaniales, appartenant à l’Etat, sont en situation de déséquilibre forêt-gibier à cause d’une surpopulation d’ongulés (cerfs, chevreuils, sangliers).  "En 2019, la situation ne s’est pas améliorée, même si elle varie selon les territoires", explique Renaud Klein, expert national pêche et équilibre forêt-gibier à l’Office national des forêts (ONF). Les régions Grand Est, Hauts-de-France et Bourgogne-Franche-Comté demeurent très concernées, mais le grand gibier n’épargne pas les forêts d’Auvergne, de Lozère, du Limousin, du sud-Ouest et bien d’autres encore, comme le montre cette carte. 

La présence du gibier en France a fortement changé. Le cerf occupe désormais plus de 49% des surfaces boisées contre 25% en 1985, selon l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). "Quant au sanglier, il ne causait pas de problèmes en petite densité, mais sa population a été multipliée par six en trente ans", complète Renaud Klein. L’évolution du tableau de chasse national des principales espèces concernées de 1976 à 2016 traduit selon l'ONF l’augmentation exponentielle de ces populations. Nous pensons que cela peut aussi être le reflet d'une sur-chasse !

En effet, si nous sommes bien d'accord sur le constat en ce qui concerne les sangliers. En revanche, pour les cervidés, en Forêt de Fontainebleau, la surpopulation indiquée pour justifier les chasse n'est pas l'avis des photographes naturalistes qui chaque année suivent les hardes de cerfs au brame comme nous l'avons déjà écrit. Avec les associations de lutte contre la chasse à courre (AVA Fontainebleau et CAV) nous avons lancé auprès de ces photographe une consultation indépendante sur leurs observations. N'hésitez pas à nous contacter si vous souhaiter y répondre.

Écorçage d'un pin, Chanfroy, Trois Pis
Écorçage d'un pin, Chanfroy, Trois Pis
Tous les ans, la gestion liée à la surabondance des grands animaux en forêt coûte environ 15 millions d’euros supplémentaires à l’ONF, principalement en coûts de plantations pour combler les vides et en opérations de protection des semis et des jeunes plants. Les principaux dégâts forestiers causés par le grand gibier sont l’affouillement par les sangliers (retournement du sol), l’abroutissement (consommation des bourgeons et jeunes pousses) par les cerfs et chevreuils et l’écorçage des troncs par frottis des bois ou par consommation d'écorce (quand il y a sureffectif et peu de nourriture). L’équilibre sylvo-cynégétique est un impératif confié à l’ONF par la loi au terme de l’article L.121-1 du code forestier, "l’Etat veille (…) à la régénération des peuplements forestiers dans des conditions satisfaisantes d’équilibre sylvo-cynégétique" et de l’article L.425-4 du code de l’environnement.

Pour faire face, l'ONF dispose de nombreux moyens. L’Office national des forêts, qui loue aux chasseurs près de 3.300 baux de chasse, a renforcé en 2016, les objectifs à atteindre en matière d’équilibre forêt-gibier. Tous les trois ans, l’ONF évalue désormais ces résultats et attribue en fonction un bonus (remise sur le loyer…), un malus (pénalité financière…) ou des sanctions plus graves (résiliation du contrat de location…). Il met aussi en place des enclos/exclos pour suivre l’impact du grand gibier sur les régénérations. Il s’agit d’exclure les ongulés d’une zone donnée, et de comparer, au cours du temps, l’état du milieu sans ongulés (l’enclos) à celui du milieu environnant où circulent librement la faune sauvage (l’exclos). Ces trois dernières années, les équipes de l’agence ONF de Sarrebourg ont planté, pour faire face au changement climatique, près de 100 hectares de chênes qu’il a fallu entièrement grillager, sous peine de tout perdre. Entre Alsace et Lorraine, l’agence de Sarrebourg gère près de 50.000 hectares de forêts domaniales. "60% sont touchées par le déséquilibre forêt-gibier", estime Jonathan Fischbach, responsable chasse et pêche sur ce territoire. A Fontainebleau, les zones grillagées ne cessent de se multiplier depuis 30 ans. L'arrêt des coupes rases de régénération devrait enfin mettre un frein à la prolifération de ces clôtures... Enfin, c'est notre souhait le plus cher !

Photo Communication ONF


jeudi 6 février 2020

[BLEAU] La nouvelle Commission Escalade Bellifontaine est lancée depuis le 05 février 2020

Hier, se tenait la première réunion de la « nouvelle » Commission Escalade Bellifontaine (CEB) co-présidée par l’ONF et le COSIROC suite à la signature de la Convention dont nous avons déjà largement parlé. Nous écrivons « nouvelle » car cette commission est en fait une renaissance après plus de 3 longues années de vacances. L’occasion pour l’Office National des Forêt de présenter le périmètre couvert par cette convention et les enjeux liés au développement de la pratique de l’escalade en forêt devant la trentaine de représentants des associations (AFF, CAF, Cosiroc, FFCAM, FSGT, GUMS, Respect Bleau…), Office de tourisme de Fontainebleau, représentants du sport et de l’enseignement et, bien entendu, grimpeurs – ouvreurs indépendants. Premier doute levé, le périmètre de la convention et de la CEB se limite à la gestion des sites autorisés au balisage des circuits d’escalade en forêt domaniale de Fontainebleau (inclus Trois Pignons, Commanderie, Nemours). Les autres sites franciliens seront traités directement par la Commission des circuits du Cosiroc.

La première réunion de la Commission Escalade de Bleau se tenait mercredi soir à l'Ermitage de Franchard
La première réunion de la Commission Escalade de Bleau se tenait mercredi soir à l'Ermitage de Franchard
Photo : François Lesin


L’ONF nous a rappelé qu’il doit faire face, en tant que gestionnaire, au formidable développement des pratiques sportives « outdoor » qui conduisent à une très forte fréquentation des forêts périurbaines par un public pas toujours au fait des risques et usages en milieu naturel. Si les forêts domaniales sont ouvertes au public, elles le sont sous conditions et le niveau d’exigence du gestionnaire est d’autant plus important que la domaniale de Fontainebleau fait l’objet de très nombreuses mesures de protection. L’ONF Fontainebleau a donc mis en place des conventions avec les usagers à commencer par les randonneurs, les vététistes et les grimpeurs et souhaite poursuivre la réflexion avec les cavaliers. De son côté, le Cosiroc a rappelé l’exceptionnelle autogestion du parc de circuits d’escalade par les bénévoles depuis les années 70 et notamment les travaux entrepris pourla diminution de la taille du balisage, son harmonisation et sa qualité qui ont donné naissance à la publication d’un livret de recommandations régulièrement mis à jour depuis les années 80.

Le rôle de la Commission Escalade bellifontaine est de coordonner les travaux de balisage et d’entretien des circuits dans les zones d’escalade équipées et validées par le gestionnaire avec 3 objectifs prioritaires pour l’ONF : assurer un équipement de qualité, éviter les conflits d’usages et répondre aux exigences de protection de l’environnement et du patrimoine. En effet, pour l’ONF, il est impératif que les infrastructures proposées dans les sites accueillant du public répondent à des exigences de qualité et de sécurité, l’accueil des touristes étant un fort enjeux économique sur le territoire. Il est donc important de veiller à ce que l’équipement des sites ne se fassent pas à l’exclusion d’autres usagers ou entraînent des conflits entre usagers. Enfin, outre les Réserves Biologiques Intégrales, le massif forestier est un territoire où les enjeux environnementaux (protection faune, flore mais aussi érosion, déchets...) et patrimoniaux (gravures rupestres, abris de carriers…) sont très importants notamment du fait des directives européennes du réseau Natura 2000, de son classement en forêt de protection mais aussi en vue de son futur classement UNESCO. 

L’escalade étant un sport en fort développement et où de nombreux pratiquants ne sont pas fédérés, la CEB aura aussi pour mission de participer à l’éducation ces individuels aux bonnes pratiques (relire notre article sur "faire ses premiers pas de grimpeur à Bleau"). Pour ce faire, le Cosiroc et l’ONF ont élaboré une cartographie détaillée des surfaces de l’ensemble secteurs où le balisage est autorisé et où les pratiquants sont incités à venir. La réunion s’est poursuivit sous forme de questions-réponses autour du fonctionnement de la CEB, les critères de validation et acceptation des autorisations de balisage, les moyens techniques (prise en charge des frais par le Cosiroc, nature des produits décapants et peintures autorisés, durabilité des balisages), le nombre de circuits et secteurs, la coordination des travaux, la gestion des ouvertures individuels non balisées…

La première réunion de la Commission Escalade de Bleau se tenait mercredi soir à l'Ermitage de Franchard sous la présidence conjointe de l'ONF et du Cosiroc. Photo Greg Clouzeau
Le Cosiroc a déjà mis en place sur son site internet un certain nombre de pages sur le sujet (bonnes pratiques, mémento des recommandations de balisage) et vous pourrez y enregistrer vos demandes d’autorisation d’entretien de balisage, modifications de circuits ou si le besoin s’en fait sentir, ouverture de nouveau secteur étant entendu que si l’ONF n’est pas fermé sur le sujet, il attend des grimpeurs et du Cosiroc une gestion « raisonnable » du développement des circuits. Le balisage en forêt est une activité réglementée et soumise à l’autorisation de l’ONF. La plateforme du Cosiroc aura pour but de coordonner les travaux d’entretien et d’ informer les techniciens forestiers de chaque secteur tout en protégeant les baliseurs des éventuels tracas administratifs.

Retrouvez les zones autorisées avec le Communiqué officiel de l'ONF sur la Convention dans cet article.

 
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