Les Titres

mercredi 21 avril 2021

Faut-il vraiment s'alarmer des coupes en forêt de Fontainebleau ?

A moins de vous être coupé du monde, il ne vous aura pas échappé qu'un cri d'alarme lancé sur Facebook par un collectif de défense de la forêt suite à quelques coupes riveraines de Samois s'est rapidement transformé en virulente campagne de dénigrement des travaux forestiers conduits par l'ONF. Alors faut-il réellement s'alarmer des coupes actuelles en forêt de Fontainebleau et que penser des arguments avancés par les deux camps ? Entre information et désinformation, propos excessifs et parfois injurieux, il n'est pas facile de trouver la vérité. Comme toujours, l'émotion suscitée par les coupes de vieux arbres fait tourner la tête à certaines personnes visiblement peu au fait de la gestion d'une forêt domaniale.



A la TL²B nous suivons attentivement l'évolution du massif forestier de Fontainebleau depuis le début des années 90 et nous avons maintenant pas mal d'expérience sur le sujet. Nous nous sommes aussi très souvent opposés à l'office et à sa gestion du massif, parfois avec virulence et aveuglement. Nous avons d'ailleurs clairement affirmé notre oppositions aux coupes rases tel qu'elles furent pratiquées à de très nombreuses reprises y compris entre 2009 en 2016 notamment. Toutefois, il nous parait nécessaire vu la tournure de la campagne d'ONF Bashing actuelle de venir soutenir l'Office National des Forêts. Il ne s'agit pas de pratiquer la langue de bois mais de garder la tête froide, de faire des comparaisons justes et de prendre du recul en révisant notre échelle du temps ! 

Devant les troncs coupés de vieux chênes et hêtres ou le spectacle désolant d'une parcelle en cours d'exploitation, l'émotion prend légitimement le dessus et les propos déraisonnables  fusent ! Donc commençons par tordre tout de suite le coup aux affirmations mensongères lues ici et là sur les réseaux sociaux. 

Oui, l'ONF est dans son bon droit. Non, il ne fait pas n'importe quoi. 
Oui, il vend du bois. Non ce bois ne part pas systématiquement en Chine ou en bois de chauffage. 
Oui, la mécanisation des coupes laisse des traces pendant quelques années. Non, les ronds bleus signalant les arbres remarquables des Amis de la Forêt ne les protègent pas d'un abatage éventuel.
Oui, il y a parfois des coupes rases à Fontainebleau. Non, il n'y a pas de déforestation.
Oui, la forêt de Fontainebleau est enrésinée malgré ce qu'en dit l'ONF. Non, l'ONF ne poursuit pas dans cette voie.

Il faudrait réécrire ici tout l'historique de la forêt domaniale de Fontainebleau pour aider certains à comprendre que quoi ils parlent mais ce serait bien trop long. Rappelons que celle-ci est exploitée par l'homme depuis plus de 1000 ans et qu'elle est le résultat des plantations royales à travers les siècles. Il y a bien longtemps que cette forêt n'est plus naturelle. Au mieux, quelques parcelles classées en Réserves Biologiques Intégrales exclues de l'exploitation depuis 1861 peuvent prétendre à ce titre à être classées par l'UNESCO . Donc, pour celles et ceux qui veulent savoir de quoi on parle avant d'écrire des bêtises sur les réseaux sociaux, nous vous recommandons de commencer par notre dossier sur l'évolution du paysage à Fontainebleau. Ensuite, vous pouvez poursuivre la lecture avec  notre dossier sur la sylviculture et ses nombreux liens vers les articles notamment ceux qui traitent du malaise des forestiers ou de la crise liée à la réforme de l'institution !)

Platière à Franchard, Fontainebleau

Enfin, rappelons aussi que la gestion d'une forêt s’inscrit dans le temps à l’échelle du siècle au minimum ! Un forestier est avant tout un agriculteur. Il ne vient à personne l'idée de manifester contre les cultivateurs de la Beauce ou de la Brie lorsqu'ils moissonnent en coupes rases des centaines d'hectares de blé, colza, tournesol, etc., pourtant refuges d'une faune importante. Si le temps nécessaire pour que ces cultures arrivent à maturité n'était pas annuelle mais décennale, il en serait peut être tout autre. Il est donc impératif de changer notre point de vue lorsque l'on veut apprécier le travail des forestiers. Certes, un coupe fait un trou dans le paysage mais la nature va le combler à sa vitesse et seul nos petits enfants auront une chance de voir le nouveau paysage qu'il va en résulter. 

Alors rassurez-vous, la forêt de Fontainebleau, tout comme la forêt française n'est pas menacée de déforestation ! Loin de là. Nos forêts ne cessent de grandir et de s'assombrir. Les milieux ouverts nécessaires à tout une flore et une faune spécifique ne cesse de se refermer. De plus, la forêt de Fontainebleau est une des plus protégées de France du fait de la douzaine de statuts et labels qui la couvre. Enfin, la gestion forestière est presque gravée dans le marbre !  Les forestiers qui se succèdent sur un triage suivent tous une feuille de route qui fixe les objectifs sur 20 ans. C'est le document d'aménagement forestier. Il programme toutes les actions à mener dans la forêt, parcelle par parcelle mais aussi les orientations de la forêt dans son ensemble : accueil du public, protection de l’environnement, maintien des paysages et production de bois. A Fontainebleau ce nouveau plan a été présenté en 2015 et nous lui avons consacré plusieurs articles dont celui-ci sur l'aspect Sylviculture Même dans les forêts privées, les industriels du bois ne peuvent faire ce qu'ils veulent et sont encadrés par divers règlements.

En effet, en 2012, l’ONF fut forcé de constater que les riverains et visiteurs n’acceptaient plus les coupes de « régénération en plein »,  dites « rases », où la totalité des arbres d’une parcelle est coupée d'un seul coup. Une pratique largement décriée tant par les associations locales que par certains élus et qui, en plus, n'était pas favorable à la régénération naturelle du chêne... A l’échelle de l’Île-de-France, l’ONF s'est donc engagé à changer de mode de sylviculture en passant à un traitement en « futaie irrégulière ». A Fontainebleau, cette politique est, qui plus est, validée par un comité de pilotage dont la gouvernance est assurée par l'ONF, la Mairie de Fontainebleau, l'Association des Naturalistes de la Vallée du Loing (ANVL) et l'AAFF. Si l'on n'est pas toujours d'accord avec eux, force est de constater que le Plan d'Aménagement 2016-2036 a tenu compte de leurs remarques après plus d'un siècle d'opposition !

L'idée est désormais de faire cohabiter dans les parcelles des arbres d’âges, de tailles et d’espèces différents. Le coupes en seront donc plus sélectives et les paysages plus pérennes.  On dit oui ! Mais attention, cette transition ne peut pas se faire partout et d'un seul coup. 

En effet, après des siècles de traitement en futaie régulière où tous les arbres d'une parcelle ont le même âge, il est difficile d'attendre l'apparition d'un sous étage avant la récolte des arbres arrivés à maturité. Par ailleurs, le recours aux coupes « rases » peut encore s’avérer nécessaire pour faire face à une crise sanitaire, un aléa climatique, des travaux écologiques ou paysagers.


Les coupes qui ont mis le feu aux poudres :

Contacté rapidement, l'ONF n'a pas tardé à nous répondre sur les coupes incriminées par le collectif de Samois. Il reconnait même un problème de communication. L'ONF n'a visiblement, de ce point de vue, toujours pas pris la mesure des changements d'attentes du public vis à vis de "leur" forêt ! Cette appropriation de la forêt fait d'ailleurs oublier à la plupart des visiteurs qu'ils sont ici sur un domaine privé de l'état. Privé et seulement ouvert au public. 

Parcelle 361. Cette parcelle a fait l'objet de coupes régulièrement et inscrites dans le nouveau plan d'aménagement. Si en 2012 lors du précédent passage,  l'information avait bien été diffusée et affichée sur le site, ce ne fut pas le cas cette fois ci. 

Parcelle 313 (entre Samois-sur-Seine et Bois-le-Roi), c'est une coupe sanitaire des pins douglas très dépérissant du faite de la sécheresse. Là aussi, une première intervention sur cette même parcelle a eu lieu il y a 2 ans sans protestation à l’époque amis le prélèvement était faible de 27 m3/ha. L'ONF l'a partiellement replantée, à nouveau en Douglas. Mais attention, dans le cadre des expérimentations sur les changements climatiques, l'ONF teste ici une provenance dite « californienne », à priori plus résistante à la sécheresse. Sur cet "ilot d’avenir" cette variété américaine de Douglas est complétée de  2 autres variétés les plus courantes. Cela permettra de comparer leur sensibilité aux facteurs climatiques ainsi que leur croissance et leur vigueur dans le temps sur cette petite zone (6ha). Par ailleurs, les peuplements de douglas représentent moins de 70 ha soit moins de 0,5% à l’échelle d’un massif.

Coupe rase dans le secteur de Samois.
Photos : Urgence Forêt Samois
Enfin, les arbres se trouvant en bord de route entre Fontainebleau et Fontaine-le-Port, à proximité de ce secteur, ne proviennent notamment des parcelles 306 et 310. Et il y a les travaux d'entretien du corridor déboisé sous la ligne à haute tension qui renforce l'aspect de vide.

En dehors de Samois, il ne vous aura pas échappé qu'en ce moment, les forestiers récoltent. Ils récoltent même beaucoup ! Normal, de nombreux secteurs sont peuplés d'arbres ayant atteint l'âge de la récolte. Par ailleurs, de nombreux pins ont maintenant plus de 50 à 70 ans. Les coupes et ventes étant très encadrées à Fontainebleau, nous avons le sentiment que cette impression de volume est donné plus par le nombre de parcelles en exploitation que par le nombre d'arbres abattus. Par ailleurs, nos forestiers exploitent ENFIN les résineux. Du coup, dans certains secteurs, les grumes de pins se sont accumulées ces derniers mois sur les bords de chemins. C'est le cas par exemple non loin du Bois Rond. Pour autant, pas de déforestation mais des parcelles plus clairsemées et où le regard porte plus loin pour notre plus grand bonheur. Dans le nord de la forêt, notamment autour du Rocher Canon par exemple, ce sont les fûts de chênes et de hêtres qui se sont entassés mais là encore, visuellement, les parcelles laissent une douce impression au regard.  

Oui, Fontainebleau n'est pas un sanctuaire mis sous cloche. D'ailleurs, à celles et ceux qui le réclame, vous seriez bien en peine de vous y promener si cela arrivait ! Le production de bois fait partie de la vocation des forêts gérées par l'ONF. Ce dernier s’attache à favoriser la filière nationale, pourvoyeuse d’activité et d’emplois en France (12 000 en Ile-de-France). L'ONF a aussi un grand besoin d'argent et sa réforme qui a viré au cauchemar entrainant le suicide de nombreux forestiers n'a pas arrangé les choses. Selon l'ONF, sur le massif de Fontainebleau, toutes essences confondues, on considère qu’environ 40% du volume total vendu est transformé en bois d’œuvre destiné à la construction, l’ameublement et la tonnellerie. Seul 15% sont valorisés en bois d’industrie (panneaux de particules, palettes et pâte à papier). Les 45% restant profitent directement à la population locale servant à produire de l’énergie : bûches et plaquettes forestières. Quant à nos chênes, dits à « grains fins » car ils poussent lentement dans le sol sableux, ils présentent des qualités physiques et techniques très recherchées par les tonneliers. Mais tous les chênes ne finissent pas en tonneaux. Les qualités « merrain » destinées à la tonnellerie, représentent environ 5% des volumes commercialisés sur le massif. 

Toujours selon l'ONF, en 2020, le volume de bois commercialisé sur le massif de Fontainebleau s’élève à environ 33 000 m3 dans contexte particulier et l’évolution moyenne des volumes de bois vendus ces 5 dernières s’échelonne autour de 40 000 m3. 

L'ONF nous indique que le massif forestier de Fontainebleau est très diversifié en espèces : chêne sessile (34,4 %), chêne pédonculé (8,3 %), chêne pubescent (1,5 %), hêtre (11,6 %), châtaignier (1,7 %), bouleau (1,2 %) et autres feuillus (2,2 %) Pin sylvestre (34,8 %), pin maritime (2,8 %), pin laricio (1,6 %), autres résineux dont douglas (0,4 %).  Toutefois, si l'ONF affirme encore aujourd'hui que seuls 35 % du massif accueillent des pins, nous sommes nombreux à dire que ce chiffre est sous estimé même s'il est régulièrement revu à la hausse. Comme le rappelait Pascal Villebeuf du Parisien en 2002 le général Brésard, président du Comité pour l'avenir de la forêt de Fontainebleau tempêtait sur ce chiffre « L'ONF doit reconnaître qu'il s'est laissé déborder. En trente ans, les résineux ont colonisé près de 650 parcelles sur 750. Il était temps de réagir ! » De fait, sous la pression des écologistes et des scientifiques, l'Office a réagit. Déjà en 2002,  Jean-Marc Gougis, directeur de l'ONF, reconnaissait que, « jusqu'en 1995, des pins ont encore été plantés dans le massif » et « On prévoit de couper 850 hectares d'ici cinq à dix ans. » 

Entre temps, les coupes ont pris du retard pour diverses raison tout comme la rédaction du Plan d'Aménagement de 2016. Conséquence, les coupes ont lieu maintenant et les repousser d'avantage, c'est une nouvelle fois reculer pour mieux sauter car même une très forte mobilisation ne fera pas changer la vocation de cette forêt.

 Vous pouvez suivre l'action du comité Urgence Forêt Samois sur Facebook qui multiplie les mises en scènes à l'aide d'un point rouge, symbole du marquage d'un arbre à abattre pour demander une rencontre avec les forestiers et la suspension immédiate des chantiers. La rencontre devrait avoir lieu rapidement mais vu les arguments et commentaires de certains sympathisant au groupe, on n'est pas certains que l'ONF arrive à leur faire entendre raison.


 



jeudi 15 avril 2021

Que penser du projet d'usine de méthanisation à Larchant ?


Des habitants de Larchant, charmant petit village gaulois du sud du Pays de Fontainebleau, s'opposent à un projet de construction d'une unité de méthanisation agricole  à moins d’un kilomètre des habitations du village… Que faut-il penser de ce projet et de la méthanisation en générale ? D'un côté il y a les sirènes de la transition écologique et du développement durable qui vous chantent les louanges de cette technique qui produit du gaz naturel tout en assurant le recyclage de déchets et d'importants revenus aux agriculteurs. Mais, sur le revers de la médaille, cette technique en plein boom cache de vrais problèmes économiques et écologiques à moyen terme qui vont bien au-delà des simples nuisances aux riverains. Petit tour d'horizon sur la question avant de s'engager auprès du CDASL (comité de défense, d’action et de sauvegarde de Larchant) !

Le CDASL s’est engagé à défendre les intérêts des habitants de Larchant (77) face au projet d’implantation d’une usine de méthanisation. Un projet de petite surface (une cinquantaine de mètres carrés) déposé assez discrètement en Mairie par un groupe d'agriculteurs, et qui n’a donc fait l’objet d’aucune information préalable des habitants.

La méthanisation des déchets est un procédé simple qui peut s'appliquer à toutes sortes de matières organiques et dont la fermentation naturelle produit du gaz et de la chaleur. Papier et cartons, déchets de cuisine et restes de repas, déchets agricoles, fumiers et lisiers d'animaux domestiques, boues de stations d'épuration, tout y passe. Génial, non ? On va enfin recycler et valoriser nos déchets en les faisant disparaitre. Disparaître ? Peut être pas tout à fait car comme le dit si bien Lavoisier, rien ne se perd,... tout se transforme...

En effet, la méthanisation produit elle aussi des déchets, hélas polluants et qui plus est, le méthane est un gaz dangereux !

Côté installation, la première chose qui saute aux yeux c'est le stockage des matières à injecter dans le méthaniseur. À droite, une montagne de fumier, à gauche un tas de déchets végétaux, ici des graisses issues de l’agroalimentaire, etc. Étonnamment, ces tas de déchets ne dégagent pas d’odeurs franchement gênantes. Tout du moins pour ceux qui vivent depuis longtemps à côté d'une ferme. Vient ensuite le dôme avec son couvercle de marmite géante. C'est dans ce "digesteur" que ce produit la réaction produisant gaz, chaleur mais aussi déchets appelés le digestat. Un vrai chaudron magique. Là encore, peu ou pas d'odeur, le méthane est naturellement inodore (explications ici) ! En revanche, ce gaz est hautement explosif et peut causer l'asphyxie...

Le digestat, résidus de la fermentation sera valorisé et épandu dans les champs comme engrais. Une bonne idée en théorie. En théorie seulement... Car ce qui produit chaleur et méthane par fermentation, c'est le bain de bactéries à l'intérieur du digesteur. Cela inclut les bactéries, spores, parasites mais aussi les résidus médicamenteux administrés aux animaux d'élevage par exemple.

Dans un travail de synthèse bibliographique, l’Irstea montre qu’une méthanisation à 40 °C maximum réduit moins le nombre de pathogènes qu’une méthanisation à 50 °C ou un compostage qui peut grimper à 70 °C. Et les systèmes les plus utilisés s’arrêtent aux 40 °C. À titre de comparaison, la teneur en pathogènes d’un digestat, via une méthanisation à 40 °C, est comparable à celle contenue dans un lisier épandu sur les champs. Du coup, on va retrouver dans le sol de nos champs plein de petites "bêtes" que l'on n'a pas vraiment envie de connaître. Pire, suivant la nature du sol, ces pathogènes filent tout droit dans la nappe phréatique. On comprends donc les réticences de nos gaulois !

Autre problème, ... les gaz ! Si la méthanisation est réputée vertueuse pour sa faible émission de gaz à effet de serre, certains physiciens s'alarment car le digestat contient de l’ammoniac qui se disperse très facilement dans l’air. A son contact, il s’oxyde pour former du protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2. » À cela s’ajoute, l’apparition de l’oxyde d’azote, un polluant pris en compte dans les mesures actuelles de la pollution de l’air. Mais aussi, le développement de particules fines. Et puis, il y a les risques liés aux fuites de l'installation que ce soit au niveau du digesteur ou des canalisations. L’enjeu est de taille car le méthane a un potentiel de réchauffement climatique 28 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2). Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) estime que le taux de fuite potentiel se situe entre 0 et 10 %. Une belle marge d'erreur et selon certains collectifs d'opposants, il y aurait déjà une quinzaine d'incidents chaque année en France. C'est beaucoup pour moins de 700 installations mais la faiblesse des données disponibles rend cette évaluation délicate.

Enfin, il y a le risque d'explosion. Bah, oui, un méthaniseur, c'est une bombe en puissance. De fait, l’implantation d’un méthaniseur relève du régime des ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement). Mais selon la réglementation (assouplie en juin 2018) si le méthaniseur consomme moins de 100 tonnes de matières par jour, un simple enregistrement auprès de la préfecture suffit. Au-delà, il faut réaliser une enquête publique d’un mois pour recueillir les avis. Dans la mesure où un gros méthaniseur de 610 kW consomme environ 30 tonnes par jour, peu de projets font donc l'objet d'une telle procédure... Et c'est bien le cas à Larchant. 




Le CDASL a tout de même fait appel aux services d’une avocate spécialisée en droit administratif, Maître Héloïse AUBRET, pour déposer un recours auprès du Préfet de Seine-et-Marne afin qu’il revienne sur sa décision d’accorder le permis de construire, puis dans un deuxième temps si le Préfet maintenait sa décision, d’attaquer ce permis devant le Tribunal Administratif. Le 12 mars, ils étaient une trentaine à manifester devant la Préfecture à Melun.

Il faut dire que dans le département, les projets fleurissent. Si l'unité de Larchant nous semble très petite, celle de Moret, actuellement en construction, a de quoi inquiéter ! Elle devrait engloutir 25 000 tonnes de matière organique par ans et produirait 15 % de la consommation de gaz naturel des habitants de l'agglomération soit la consommation de 4 000 personnes. Il y a là matière à spéculation foncière, nuisances liées au transport, risques de pollution mais aussi un risque paysager et sociétal.

En effet, la transformation progressive des agriculteurs en méthaniers n'est pas sans risque pour le paysage agricole. La petite centaine d’éleveurs bretons qui se sont lancés dans la méthanisation l'on fait pour survivre. Entre un prix du lait non garanti qui, depuis un moment, est passé en dessous du prix de revient et un prix du gaz stable et garanti, il n’y a pas photo. Il y a donc un risque a ce que de nombreux agriculteurs laissent tomber la production de lait ou de porcs pour ne faire que du méthane... Pire, il va bien falloir les alimenter ces usines. Et là, figurez-vous que certains se sont mis à cultiver avec engrais et pesticides dans le simple but de compléter les matières organiques à décomposer. On marche sur la tête !

Pierre Aurousseau agronome à la retraite et membre du Collectif scientifique national pour une méthanisation raisonnée (CSNM) estime que si l'on continue sur cette voie, de nombreuses terres seront consacrées à la production de cultures directement destinées au digesteur. « Avec le CSNM, nous avons fait le calcul à partir des projections de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Si les objectifs gouvernementaux sont atteints, l’équivalent de trois départements seront consacrés à 100 % aux cultures intermédiaires (avoine, orge, etc.) pour alimenter les méthaniseurs. Et lorsque nous n’aurons plus assez de place pour les élevages, nous importerons des effluents à l’étranger. C’est ce qu’a fait l’Allemagne en achetant des effluents en Pologne. » Pierre Aurousseau cite à l’appui de ses propos un documentaire d’Arte diffusé en 2013.

Bref, il y a méthaniseur et méthaniseur... Si nous comprenons bien l'intérêt pour les agriculteurs de se procurer par ce biais un vrai revenu, nous pensons qu'il vaut mieux que cela reste à l'état de petites structures plutôt que de grosses usines type "1000 vaches"

En attendant, si vous souhaitez vous opposer à la structure de Larchant, la pétition est ici :

PETITION

Vous devriez aussi consulter le dossier sur le sujet sur le site de Reporterre










 
Copyright © 2014 Tribune Libre de Bleau et Cie | Blogger Template Distributed By ZMTemplate | Designed By OddThemes