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jeudi 17 juin 2021

[BLEAU] Les chroniques de Bleau par Pascal Villebeuf, Episode 1, Jean Philippe Siblet

Comme vous avez pu le constater, la cordée de rédaction de la TL²B ne peut actuellement plus assurer la publication des articles aussi régulièrement que nous le souhaiterions ! Nous nous en excusons une nouvelle fois. Nous avons pris beaucoup de retard dans la diffusion des actualités qui se sont limitées le plus souvent aux partages sur nos réseaux sociaux. Alors, nous avons décidé d'ouvrir nos colonnes à notre ami Pascal Villebeuf. Depuis 1984,  Pascal suit de très près l'actualité du Pays de Fontainebleau en qualité de journaliste (notamment au Parisien). Comme nous, il a acquis une grande connaissance du massif de Fontainebleau, de sa gestion et des associations, et comme nous, il n'hésite pas à dire ce qu'il en pense, même si ce n'est pas toujours politiquement correcte. Nous ne partageons pas toujours le même point de vue que lui mais c'est aussi cela la (bio)diversité de Fontainebleau. En parallèle nous vous invitons à (re)lire notre dossier sur l'historique des différents statuts de protection de la forêt publié il y a bien longtemps. Nous commençons donc la série des chroniques sur Bleau rédigées par Pascal avec cet entretien avec Jean Philippe Siblet. Dans ces Chroniques, il reviendra sur l'historique de la gestion de notre forêt en apportant un éclairage différent au travers de divers rencontres et portraits de personnalités de cette forêt.

Réserve Biologique Intégrale de la Solle
La Réserve Biologique Intégrale de la Solle est sans doute ce qu'il y a de plus proche d'une
forêt primaire après l'abandon de la sylviculture en 1861


Chronique n°1 L'avis de Monsieur Siblet sur la sauvegarde de la forêt

« Actuellement la forêt de Fontainebleau n’est pas protégée efficacement ! » dit Jean Philippe Siblet, Président de l’association des Naturalistes de la Vallée du Loing (ANVL) et de Fontainebleau et ex chargé de mission à la direction régionale de l’environnement (ex DIREN responsable cellule de protection de la nature. Il fût aussi pendant treize ans directeur du service patrimoine naturel et de son expertise au Muséum d’histoire naturel de Paris.

Resté discret depuis des années, il est sans nul doute l’un des plus lucides sur l’état et l’avenir du massif de Fontainebleau. Il a surtout une vision globale des nombreux problèmes que pose la gestion de l’Office des Forêts, lui qui a milité de façon active pour la création d’un parc national. Voici son analyse, au moment où certains citoyens s’éveillent à l’écologie. 

« Le massif de Fontainebleau est la forêt de plaine la plus riche, la plus exceptionnelle en Europe de l’ouest ! Elle mérite donc un traitement d’exception qui la dispense de toutes contraintes économiques et ce n’est pas le cas actuellement. Seul un statut de Parc National pourrait la protéger de façon efficace » affirme haut et fort Jean-Philippe Siblet.

Pour ce dernier, se cantonner à critiquer les coupes d’arbres ne résume pas le débat. Brandir de l’autre main un certain type de régénération de quelques peuplements, comme modèle prôné par l’ONF non plus.

« La forêt n’a pas besoin de l’homme pour pousser. La forêt évolue avec ou sans l’intervention humaine. Henri IV venait chasser à Fontainebleau dans ses chers déserts. Car à l’époque le massif de Fontainebleau n’était constitué que de landes et de chaos rocheux (au début du 20ème siècle on parlait encore des déserts d’Apremont ou de Franchard). Puis Colbert du temps de Louis XIV y fit pousser moult chênes et déjà des pins, indispensable notamment à la construction de navires. Malheureusement, dès la fin du 19ème siècle, les forestiers de l’époque plantent 6000 hectares avec du pin, jugeant que certaines parcelles ont un sol trop pauvre pour accueillir des feuillus. Sûrement une des erreurs majeures qu’il n’aurait pas fallu commettre. 

Réserve Biologique Intégrale de la Solle


D’ailleurs au même moment démarre une lutte écologique qui ne cessera pas. Les peintres de l’école de Barbizon pestent contre les pins qui commencent à coloniser tout. C’est eux qui ont contribué à la création des fameuses réserves artistiques (1094 hectares en 1863, par décret impérial) permettant de préserver leurs paysages préférés. Ceux que vous retrouvez aux musées de l’auberge Ganne à Barbizon ou à Orsay. C’est alors la première réserve naturelle du monde, bien avant celui de Yellowstone aux USA, créé en 1872. 

Premier projet de parc national

Peu de personnes savent que le premier projet de parc national date de 1911, grâce aux artistes de Marlotte. Puis l’idée est reprise par les naturalistes de la vallée du Loing en 1913, lors de la création de l’association. En 1914, un projet de loi est déposé. Mais la guerre fait avorter ce dossier!

Et puis il y eût les éco guerriers dans les années 90 et les différentes tentatives pour aboutir de nouveau à  la création d’un parc national. Pour l’instant il n’existe aucun statut ne préservant l’intégrité entière de l’intérieur du massif, même si  celui de Natura 2000 permet une certaine préservation de la flore et la faune. 

Et Jean-Philippe Siblet de s’étonner. « C’est très bien de la part de citoyens de s’élever contre des coupes de bois. Mais la plupart du temps, ils ne voient que le volet paysager du dossier. Et c’est insuffisant. Il existe un plus large problème pour le massif de Fontainebleau. L’essentiel des visiteurs ne viennent malheureusement que pour consommer de la forêt ! »

D’où la nécessité d’un énorme travail de pédagogie,  notamment sur le besoin du maintien d’une grande biodiversité dans le massif. « Notre association (ANVL) s’est battue pour obtenir l’agrandissement des réserves biologiques intégrales jusqu’à 1000 hectares. Et on a aussi 2000 hectares de réserves dirigées. Pour un massif de 25 000 hectares ce n’est pas grand chose. Ces réserves montrent un visage peu connu du grand public, comme une forêt abandonnée, alors que c’est le contraire. C’est une forêt qui évolue naturellement. » 

Jean-Philippe Siblet parle aussi du rôle de l’Etat. « La gestion de la forêt a été confié à un Établissement public industriel et commercial (ndlr ÉPIC ). Alors que pour Fontainebleau la mission principale devrait être la protection du patrimoine naturel. L’ONF est écartelé en devant gérer en plus la production de bois et l’accueil du public. C’est pourquoi créer un label de forêt d’exception sans en appliquer de vrais préceptes, c’est le galvauder!» 

Les vieux bois de la Réserve Biologique Intégrale de la Solle abritent une flore et une faune
particulière que l'on ne retrouve pas toujours dans le reste de la forêt


Et concernant les coupes de bois ?

« Il faut un moratoire sur les coupes, sur l’ensemble du massif et pas seulement autour de Samois. Il faut ensuite les réduire drastiquement. Et pourquoi ne pas prélever uniquement pour un marché réduit haut de gamme comme la fabrique de tonneaux ou de meubles. »

Le président de l'ANVL regrette l’échec du projet de parc national. « C’est le Muséum qui a fait l’étude pour déterminer quel nouveau parc national pourrait être créé en 2006-2007. Et c’est le massif de Fontainebleau qui réunissait tous les critères. Et puis finalement l’Etat a préféré en créer un à cheval sur l’Aube et la Côte d’Or. » (NDLR : parc national des forêts, au cœur du plateau de Langres). Et de dénoncer une autre menace qui plane au dessus du massif, l’enrésinement de presque trois quarts des parcelles. « C’est incontestable, la présence de pins acidifie massivement les sols. Cela appauvrit la biodiversité. Si l’on coupe des pins, il faudra des décennies pour restaurer l’humus !! Peu à peu on banalise les écosystèmes de la forêt de Fontainebleau. On a perdu des espèces comme le Pic Cendré ou on a des chutes d’habitat d’espèces emblématiques comme la fauvette Pitchou (30 couples seulement) ou l’Alouette Lulu (20 couples). C’est du côté des insectes que la situation est la plus grave. On a une baisse catastrophique des coléoptères xylophages. Le Taupin violacé a disparu. Tout cela car on ne conserve pas assez de vieilles futaies de feuillus. En revanche la prolifération des pins va favoriser l’invasion des scolytes. » (NDLR actuellement une centaine d’hectares dixit l’ONF). Le massif s’est aussi asséché. Enrésinement, pompage des nappes en lisière du massif, réchauffement climatique. Tout cela y participe. 

Concernant les continuités biologiques on a un vrai problème avec ces routes si larges,  notamment les anciennes nationales. « Un projet de passerelle en bois existait sur la D607 entre Fontainebleau et Barbizon. Même chose pour l’A6 à hauteur de Villiers sous Grez. Mais ces projets n’ont pas abouti. » Jean Philippe Siblet évoque également la pollution à l’ozone qui touche fortement et fréquemment le massif. « C’est connu, quant les vents dominants sont de nord ouest, la pollution de la région parisienne débarque à Fontainebleau. » 

Propos recueillis par Pascal Villebeuf

mercredi 21 avril 2021

Faut-il vraiment s'alarmer des coupes en forêt de Fontainebleau ?

A moins de vous être coupé du monde, il ne vous aura pas échappé qu'un cri d'alarme lancé sur Facebook par un collectif de défense de la forêt suite à quelques coupes riveraines de Samois s'est rapidement transformé en virulente campagne de dénigrement des travaux forestiers conduits par l'ONF. Alors faut-il réellement s'alarmer des coupes actuelles en forêt de Fontainebleau et que penser des arguments avancés par les deux camps ? Entre information et désinformation, propos excessifs et parfois injurieux, il n'est pas facile de trouver la vérité. Comme toujours, l'émotion suscitée par les coupes de vieux arbres fait tourner la tête à certaines personnes visiblement peu au fait de la gestion d'une forêt domaniale.



A la TL²B nous suivons attentivement l'évolution du massif forestier de Fontainebleau depuis le début des années 90 et nous avons maintenant pas mal d'expérience sur le sujet. Nous nous sommes aussi très souvent opposés à l'office et à sa gestion du massif, parfois avec virulence et aveuglement. Nous avons d'ailleurs clairement affirmé notre oppositions aux coupes rases tel qu'elles furent pratiquées à de très nombreuses reprises y compris entre 2009 en 2016 notamment. Toutefois, il nous parait nécessaire vu la tournure de la campagne d'ONF Bashing actuelle de venir soutenir l'Office National des Forêts. Il ne s'agit pas de pratiquer la langue de bois mais de garder la tête froide, de faire des comparaisons justes et de prendre du recul en révisant notre échelle du temps ! 

Devant les troncs coupés de vieux chênes et hêtres ou le spectacle désolant d'une parcelle en cours d'exploitation, l'émotion prend légitimement le dessus et les propos déraisonnables  fusent ! Donc commençons par tordre tout de suite le coup aux affirmations mensongères lues ici et là sur les réseaux sociaux. 

Oui, l'ONF est dans son bon droit. Non, il ne fait pas n'importe quoi. 
Oui, il vend du bois. Non ce bois ne part pas systématiquement en Chine ou en bois de chauffage. 
Oui, la mécanisation des coupes laisse des traces pendant quelques années. Non, les ronds bleus signalant les arbres remarquables des Amis de la Forêt ne les protègent pas d'un abatage éventuel.
Oui, il y a parfois des coupes rases à Fontainebleau. Non, il n'y a pas de déforestation.
Oui, la forêt de Fontainebleau est enrésinée malgré ce qu'en dit l'ONF. Non, l'ONF ne poursuit pas dans cette voie.

Il faudrait réécrire ici tout l'historique de la forêt domaniale de Fontainebleau pour aider certains à comprendre que quoi ils parlent mais ce serait bien trop long. Rappelons que celle-ci est exploitée par l'homme depuis plus de 1000 ans et qu'elle est le résultat des plantations royales à travers les siècles. Il y a bien longtemps que cette forêt n'est plus naturelle. Au mieux, quelques parcelles classées en Réserves Biologiques Intégrales exclues de l'exploitation depuis 1861 peuvent prétendre à ce titre à être classées par l'UNESCO . Donc, pour celles et ceux qui veulent savoir de quoi on parle avant d'écrire des bêtises sur les réseaux sociaux, nous vous recommandons de commencer par notre dossier sur l'évolution du paysage à Fontainebleau. Ensuite, vous pouvez poursuivre la lecture avec  notre dossier sur la sylviculture et ses nombreux liens vers les articles notamment ceux qui traitent du malaise des forestiers ou de la crise liée à la réforme de l'institution !)

Platière à Franchard, Fontainebleau

Enfin, rappelons aussi que la gestion d'une forêt s’inscrit dans le temps à l’échelle du siècle au minimum ! Un forestier est avant tout un agriculteur. Il ne vient à personne l'idée de manifester contre les cultivateurs de la Beauce ou de la Brie lorsqu'ils moissonnent en coupes rases des centaines d'hectares de blé, colza, tournesol, etc., pourtant refuges d'une faune importante. Si le temps nécessaire pour que ces cultures arrivent à maturité n'était pas annuelle mais décennale, il en serait peut être tout autre. Il est donc impératif de changer notre point de vue lorsque l'on veut apprécier le travail des forestiers. Certes, un coupe fait un trou dans le paysage mais la nature va le combler à sa vitesse et seul nos petits enfants auront une chance de voir le nouveau paysage qu'il va en résulter. 

Alors rassurez-vous, la forêt de Fontainebleau, tout comme la forêt française n'est pas menacée de déforestation ! Loin de là. Nos forêts ne cessent de grandir et de s'assombrir. Les milieux ouverts nécessaires à tout une flore et une faune spécifique ne cesse de se refermer. De plus, la forêt de Fontainebleau est une des plus protégées de France du fait de la douzaine de statuts et labels qui la couvre. Enfin, la gestion forestière est presque gravée dans le marbre !  Les forestiers qui se succèdent sur un triage suivent tous une feuille de route qui fixe les objectifs sur 20 ans. C'est le document d'aménagement forestier. Il programme toutes les actions à mener dans la forêt, parcelle par parcelle mais aussi les orientations de la forêt dans son ensemble : accueil du public, protection de l’environnement, maintien des paysages et production de bois. A Fontainebleau ce nouveau plan a été présenté en 2015 et nous lui avons consacré plusieurs articles dont celui-ci sur l'aspect Sylviculture Même dans les forêts privées, les industriels du bois ne peuvent faire ce qu'ils veulent et sont encadrés par divers règlements.

En effet, en 2012, l’ONF fut forcé de constater que les riverains et visiteurs n’acceptaient plus les coupes de « régénération en plein »,  dites « rases », où la totalité des arbres d’une parcelle est coupée d'un seul coup. Une pratique largement décriée tant par les associations locales que par certains élus et qui, en plus, n'était pas favorable à la régénération naturelle du chêne... A l’échelle de l’Île-de-France, l’ONF s'est donc engagé à changer de mode de sylviculture en passant à un traitement en « futaie irrégulière ». A Fontainebleau, cette politique est, qui plus est, validée par un comité de pilotage dont la gouvernance est assurée par l'ONF, la Mairie de Fontainebleau, l'Association des Naturalistes de la Vallée du Loing (ANVL) et l'AAFF. Si l'on n'est pas toujours d'accord avec eux, force est de constater que le Plan d'Aménagement 2016-2036 a tenu compte de leurs remarques après plus d'un siècle d'opposition !

L'idée est désormais de faire cohabiter dans les parcelles des arbres d’âges, de tailles et d’espèces différents. Le coupes en seront donc plus sélectives et les paysages plus pérennes.  On dit oui ! Mais attention, cette transition ne peut pas se faire partout et d'un seul coup. 

En effet, après des siècles de traitement en futaie régulière où tous les arbres d'une parcelle ont le même âge, il est difficile d'attendre l'apparition d'un sous étage avant la récolte des arbres arrivés à maturité. Par ailleurs, le recours aux coupes « rases » peut encore s’avérer nécessaire pour faire face à une crise sanitaire, un aléa climatique, des travaux écologiques ou paysagers.


Les coupes qui ont mis le feu aux poudres :

Contacté rapidement, l'ONF n'a pas tardé à nous répondre sur les coupes incriminées par le collectif de Samois. Il reconnait même un problème de communication. L'ONF n'a visiblement, de ce point de vue, toujours pas pris la mesure des changements d'attentes du public vis à vis de "leur" forêt ! Cette appropriation de la forêt fait d'ailleurs oublier à la plupart des visiteurs qu'ils sont ici sur un domaine privé de l'état. Privé et seulement ouvert au public. 

Parcelle 361. Cette parcelle a fait l'objet de coupes régulièrement et inscrites dans le nouveau plan d'aménagement. Si en 2012 lors du précédent passage,  l'information avait bien été diffusée et affichée sur le site, ce ne fut pas le cas cette fois ci. 

Parcelle 313 (entre Samois-sur-Seine et Bois-le-Roi), c'est une coupe sanitaire des pins douglas très dépérissant du faite de la sécheresse. Là aussi, une première intervention sur cette même parcelle a eu lieu il y a 2 ans sans protestation à l’époque amis le prélèvement était faible de 27 m3/ha. L'ONF l'a partiellement replantée, à nouveau en Douglas. Mais attention, dans le cadre des expérimentations sur les changements climatiques, l'ONF teste ici une provenance dite « californienne », à priori plus résistante à la sécheresse. Sur cet "ilot d’avenir" cette variété américaine de Douglas est complétée de  2 autres variétés les plus courantes. Cela permettra de comparer leur sensibilité aux facteurs climatiques ainsi que leur croissance et leur vigueur dans le temps sur cette petite zone (6ha). Par ailleurs, les peuplements de douglas représentent moins de 70 ha soit moins de 0,5% à l’échelle d’un massif.

Coupe rase dans le secteur de Samois.
Photos : Urgence Forêt Samois
Enfin, les arbres se trouvant en bord de route entre Fontainebleau et Fontaine-le-Port, à proximité de ce secteur, ne proviennent notamment des parcelles 306 et 310. Et il y a les travaux d'entretien du corridor déboisé sous la ligne à haute tension qui renforce l'aspect de vide.

En dehors de Samois, il ne vous aura pas échappé qu'en ce moment, les forestiers récoltent. Ils récoltent même beaucoup ! Normal, de nombreux secteurs sont peuplés d'arbres ayant atteint l'âge de la récolte. Par ailleurs, de nombreux pins ont maintenant plus de 50 à 70 ans. Les coupes et ventes étant très encadrées à Fontainebleau, nous avons le sentiment que cette impression de volume est donné plus par le nombre de parcelles en exploitation que par le nombre d'arbres abattus. Par ailleurs, nos forestiers exploitent ENFIN les résineux. Du coup, dans certains secteurs, les grumes de pins se sont accumulées ces derniers mois sur les bords de chemins. C'est le cas par exemple non loin du Bois Rond. Pour autant, pas de déforestation mais des parcelles plus clairsemées et où le regard porte plus loin pour notre plus grand bonheur. Dans le nord de la forêt, notamment autour du Rocher Canon par exemple, ce sont les fûts de chênes et de hêtres qui se sont entassés mais là encore, visuellement, les parcelles laissent une douce impression au regard.  

Oui, Fontainebleau n'est pas un sanctuaire mis sous cloche. D'ailleurs, à celles et ceux qui le réclame, vous seriez bien en peine de vous y promener si cela arrivait ! Le production de bois fait partie de la vocation des forêts gérées par l'ONF. Ce dernier s’attache à favoriser la filière nationale, pourvoyeuse d’activité et d’emplois en France (12 000 en Ile-de-France). L'ONF a aussi un grand besoin d'argent et sa réforme qui a viré au cauchemar entrainant le suicide de nombreux forestiers n'a pas arrangé les choses. Selon l'ONF, sur le massif de Fontainebleau, toutes essences confondues, on considère qu’environ 40% du volume total vendu est transformé en bois d’œuvre destiné à la construction, l’ameublement et la tonnellerie. Seul 15% sont valorisés en bois d’industrie (panneaux de particules, palettes et pâte à papier). Les 45% restant profitent directement à la population locale servant à produire de l’énergie : bûches et plaquettes forestières. Quant à nos chênes, dits à « grains fins » car ils poussent lentement dans le sol sableux, ils présentent des qualités physiques et techniques très recherchées par les tonneliers. Mais tous les chênes ne finissent pas en tonneaux. Les qualités « merrain » destinées à la tonnellerie, représentent environ 5% des volumes commercialisés sur le massif. 

Toujours selon l'ONF, en 2020, le volume de bois commercialisé sur le massif de Fontainebleau s’élève à environ 33 000 m3 dans contexte particulier et l’évolution moyenne des volumes de bois vendus ces 5 dernières s’échelonne autour de 40 000 m3. 

L'ONF nous indique que le massif forestier de Fontainebleau est très diversifié en espèces : chêne sessile (34,4 %), chêne pédonculé (8,3 %), chêne pubescent (1,5 %), hêtre (11,6 %), châtaignier (1,7 %), bouleau (1,2 %) et autres feuillus (2,2 %) Pin sylvestre (34,8 %), pin maritime (2,8 %), pin laricio (1,6 %), autres résineux dont douglas (0,4 %).  Toutefois, si l'ONF affirme encore aujourd'hui que seuls 35 % du massif accueillent des pins, nous sommes nombreux à dire que ce chiffre est sous estimé même s'il est régulièrement revu à la hausse. Comme le rappelait Pascal Villebeuf du Parisien en 2002 le général Brésard, président du Comité pour l'avenir de la forêt de Fontainebleau tempêtait sur ce chiffre « L'ONF doit reconnaître qu'il s'est laissé déborder. En trente ans, les résineux ont colonisé près de 650 parcelles sur 750. Il était temps de réagir ! » De fait, sous la pression des écologistes et des scientifiques, l'Office a réagit. Déjà en 2002,  Jean-Marc Gougis, directeur de l'ONF, reconnaissait que, « jusqu'en 1995, des pins ont encore été plantés dans le massif » et « On prévoit de couper 850 hectares d'ici cinq à dix ans. » 

Entre temps, les coupes ont pris du retard pour diverses raison tout comme la rédaction du Plan d'Aménagement de 2016. Conséquence, les coupes ont lieu maintenant et les repousser d'avantage, c'est une nouvelle fois reculer pour mieux sauter car même une très forte mobilisation ne fera pas changer la vocation de cette forêt.

 Vous pouvez suivre l'action du comité Urgence Forêt Samois sur Facebook qui multiplie les mises en scènes à l'aide d'un point rouge, symbole du marquage d'un arbre à abattre pour demander une rencontre avec les forestiers et la suspension immédiate des chantiers. La rencontre devrait avoir lieu rapidement mais vu les arguments et commentaires de certains sympathisant au groupe, on n'est pas certains que l'ONF arrive à leur faire entendre raison.


 



jeudi 15 avril 2021

Que penser du projet d'usine de méthanisation à Larchant ?


Des habitants de Larchant, charmant petit village gaulois du sud du Pays de Fontainebleau, s'opposent à un projet de construction d'une unité de méthanisation agricole  à moins d’un kilomètre des habitations du village… Que faut-il penser de ce projet et de la méthanisation en générale ? D'un côté il y a les sirènes de la transition écologique et du développement durable qui vous chantent les louanges de cette technique qui produit du gaz naturel tout en assurant le recyclage de déchets et d'importants revenus aux agriculteurs. Mais, sur le revers de la médaille, cette technique en plein boom cache de vrais problèmes économiques et écologiques à moyen terme qui vont bien au-delà des simples nuisances aux riverains. Petit tour d'horizon sur la question avant de s'engager auprès du CDASL (comité de défense, d’action et de sauvegarde de Larchant) !

Le CDASL s’est engagé à défendre les intérêts des habitants de Larchant (77) face au projet d’implantation d’une usine de méthanisation. Un projet de petite surface (une cinquantaine de mètres carrés) déposé assez discrètement en Mairie par un groupe d'agriculteurs, et qui n’a donc fait l’objet d’aucune information préalable des habitants.

La méthanisation des déchets est un procédé simple qui peut s'appliquer à toutes sortes de matières organiques et dont la fermentation naturelle produit du gaz et de la chaleur. Papier et cartons, déchets de cuisine et restes de repas, déchets agricoles, fumiers et lisiers d'animaux domestiques, boues de stations d'épuration, tout y passe. Génial, non ? On va enfin recycler et valoriser nos déchets en les faisant disparaitre. Disparaître ? Peut être pas tout à fait car comme le dit si bien Lavoisier, rien ne se perd,... tout se transforme...

En effet, la méthanisation produit elle aussi des déchets, hélas polluants et qui plus est, le méthane est un gaz dangereux !

Côté installation, la première chose qui saute aux yeux c'est le stockage des matières à injecter dans le méthaniseur. À droite, une montagne de fumier, à gauche un tas de déchets végétaux, ici des graisses issues de l’agroalimentaire, etc. Étonnamment, ces tas de déchets ne dégagent pas d’odeurs franchement gênantes. Tout du moins pour ceux qui vivent depuis longtemps à côté d'une ferme. Vient ensuite le dôme avec son couvercle de marmite géante. C'est dans ce "digesteur" que ce produit la réaction produisant gaz, chaleur mais aussi déchets appelés le digestat. Un vrai chaudron magique. Là encore, peu ou pas d'odeur, le méthane est naturellement inodore (explications ici) ! En revanche, ce gaz est hautement explosif et peut causer l'asphyxie...

Le digestat, résidus de la fermentation sera valorisé et épandu dans les champs comme engrais. Une bonne idée en théorie. En théorie seulement... Car ce qui produit chaleur et méthane par fermentation, c'est le bain de bactéries à l'intérieur du digesteur. Cela inclut les bactéries, spores, parasites mais aussi les résidus médicamenteux administrés aux animaux d'élevage par exemple.

Dans un travail de synthèse bibliographique, l’Irstea montre qu’une méthanisation à 40 °C maximum réduit moins le nombre de pathogènes qu’une méthanisation à 50 °C ou un compostage qui peut grimper à 70 °C. Et les systèmes les plus utilisés s’arrêtent aux 40 °C. À titre de comparaison, la teneur en pathogènes d’un digestat, via une méthanisation à 40 °C, est comparable à celle contenue dans un lisier épandu sur les champs. Du coup, on va retrouver dans le sol de nos champs plein de petites "bêtes" que l'on n'a pas vraiment envie de connaître. Pire, suivant la nature du sol, ces pathogènes filent tout droit dans la nappe phréatique. On comprends donc les réticences de nos gaulois !

Autre problème, ... les gaz ! Si la méthanisation est réputée vertueuse pour sa faible émission de gaz à effet de serre, certains physiciens s'alarment car le digestat contient de l’ammoniac qui se disperse très facilement dans l’air. A son contact, il s’oxyde pour former du protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2. » À cela s’ajoute, l’apparition de l’oxyde d’azote, un polluant pris en compte dans les mesures actuelles de la pollution de l’air. Mais aussi, le développement de particules fines. Et puis, il y a les risques liés aux fuites de l'installation que ce soit au niveau du digesteur ou des canalisations. L’enjeu est de taille car le méthane a un potentiel de réchauffement climatique 28 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2). Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) estime que le taux de fuite potentiel se situe entre 0 et 10 %. Une belle marge d'erreur et selon certains collectifs d'opposants, il y aurait déjà une quinzaine d'incidents chaque année en France. C'est beaucoup pour moins de 700 installations mais la faiblesse des données disponibles rend cette évaluation délicate.

Enfin, il y a le risque d'explosion. Bah, oui, un méthaniseur, c'est une bombe en puissance. De fait, l’implantation d’un méthaniseur relève du régime des ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement). Mais selon la réglementation (assouplie en juin 2018) si le méthaniseur consomme moins de 100 tonnes de matières par jour, un simple enregistrement auprès de la préfecture suffit. Au-delà, il faut réaliser une enquête publique d’un mois pour recueillir les avis. Dans la mesure où un gros méthaniseur de 610 kW consomme environ 30 tonnes par jour, peu de projets font donc l'objet d'une telle procédure... Et c'est bien le cas à Larchant. 




Le CDASL a tout de même fait appel aux services d’une avocate spécialisée en droit administratif, Maître Héloïse AUBRET, pour déposer un recours auprès du Préfet de Seine-et-Marne afin qu’il revienne sur sa décision d’accorder le permis de construire, puis dans un deuxième temps si le Préfet maintenait sa décision, d’attaquer ce permis devant le Tribunal Administratif. Le 12 mars, ils étaient une trentaine à manifester devant la Préfecture à Melun.

Il faut dire que dans le département, les projets fleurissent. Si l'unité de Larchant nous semble très petite, celle de Moret, actuellement en construction, a de quoi inquiéter ! Elle devrait engloutir 25 000 tonnes de matière organique par ans et produirait 15 % de la consommation de gaz naturel des habitants de l'agglomération soit la consommation de 4 000 personnes. Il y a là matière à spéculation foncière, nuisances liées au transport, risques de pollution mais aussi un risque paysager et sociétal.

En effet, la transformation progressive des agriculteurs en méthaniers n'est pas sans risque pour le paysage agricole. La petite centaine d’éleveurs bretons qui se sont lancés dans la méthanisation l'on fait pour survivre. Entre un prix du lait non garanti qui, depuis un moment, est passé en dessous du prix de revient et un prix du gaz stable et garanti, il n’y a pas photo. Il y a donc un risque a ce que de nombreux agriculteurs laissent tomber la production de lait ou de porcs pour ne faire que du méthane... Pire, il va bien falloir les alimenter ces usines. Et là, figurez-vous que certains se sont mis à cultiver avec engrais et pesticides dans le simple but de compléter les matières organiques à décomposer. On marche sur la tête !

Pierre Aurousseau agronome à la retraite et membre du Collectif scientifique national pour une méthanisation raisonnée (CSNM) estime que si l'on continue sur cette voie, de nombreuses terres seront consacrées à la production de cultures directement destinées au digesteur. « Avec le CSNM, nous avons fait le calcul à partir des projections de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Si les objectifs gouvernementaux sont atteints, l’équivalent de trois départements seront consacrés à 100 % aux cultures intermédiaires (avoine, orge, etc.) pour alimenter les méthaniseurs. Et lorsque nous n’aurons plus assez de place pour les élevages, nous importerons des effluents à l’étranger. C’est ce qu’a fait l’Allemagne en achetant des effluents en Pologne. » Pierre Aurousseau cite à l’appui de ses propos un documentaire d’Arte diffusé en 2013.

Bref, il y a méthaniseur et méthaniseur... Si nous comprenons bien l'intérêt pour les agriculteurs de se procurer par ce biais un vrai revenu, nous pensons qu'il vaut mieux que cela reste à l'état de petites structures plutôt que de grosses usines type "1000 vaches"

En attendant, si vous souhaitez vous opposer à la structure de Larchant, la pétition est ici :

PETITION

Vous devriez aussi consulter le dossier sur le sujet sur le site de Reporterre










mercredi 3 mars 2021

[COM ONF] Attention travaux autour du bloc de l'éléphant

En octobre 2018, nous annoncions l'interdiction très officielle de s'approcher du Rocher de l'éléphant dans le site homonyme pour cause de risque (très subjectif) d'effondrement  ! La bête avait été immédiatement ceinturée de rubalise du plus mauvais gout en attendant le passage des experts. A compter du 8 mars 2021, la zone sera en chantier pour tenter de sauver la bête. Bon, on vous cache pas que pour nous, ces travaux, c'est un peu l'éléphant qui accouche d'une souris au vu du dispositif choisi par les techniciens de l'ONF.

Donc, comme nous le rappelions en octobre 2018, l'érosion à Bleau, c'est pas nouveau et c'est même la raison d'être de nos paysages chaotiques. Alors, malgré tous les travaux de stabilisation des sols, Bleau s'écroule et va continuer de s'écrouler ! Un phénomène qui peut avoir de tragiques conséquences et qui a conduit le Cosiroc et l'ONF a mettre en place dès 1995 une Commission Erosion dont certaines travaux de lutte contre l'érosion ont été spectaculaires comme le Toit du Calvaire où le Cosiroc avait piloté le retrait préventif d'une partie du toit de plus de 16 tonnes.


Photo : Kyriakos KAZIRAS, Our Future,
série : Elephant Dream GADCOLLECTION
Dans notre article nous avions détaillé les conclusions du Cosiroc sur l'éventuelle dangerosité du pachyderme. Conscient de la nécessité de prévenir le risque à tout prix par application du principe de précaution tant pour le Maire que pour l'Administration Forestière, à la TL²B, on avait réfléchi (si, si ça nous arrive aussi parfois) et on s'était dit que si ce pachyderme est une femelle, il ne serait pas ridicule de lui coincer entre les pattes un éléphanteau ! 
Un petit qui pourrait allaiter sous le ventre "protecteur" de sa mère. 

Avouez que cela aurait un peu de gueule et limiterait considérablement les possibilités de stationnement ou d'escalade du ventre de la bête...




Ce n'est visiblement pas la solution retenue par l'ONF qui se bornera à quelques travaux autour de la bête à l'image de ceux réalisés autour du Bilboquet du Cul de chien



Bref, voici la note officielle de l'ONF que nous avons reçu tardivement et que nous souhaitions commenter un peu avant de vous la livrer... C'est travaux sont une bonne chose mais sont un peu comme un pansement sur une jambe de bois. A l'heure où l'on ne cesse de faire des campagne de communication pour attirer les franciliens et autres touristes dans les plus célèbres forêts, il faudrait sans doute envisager autre chose. Autre chose c'est des moyens humains pour accueillir ces visiteurs les week-end, c'est des moyens financiers pour restaurer vraiment certains sites, c'est aussi repenser totalement l'accueil en forêt en révisant le stationnement, la diffusion géographique des visiteurs, l'hébergement des camping-cars... 






vendredi 26 février 2021

[COM ONF] BLEAU, Fréquentation printanière et stationnement gênant, l'impossible équation des forêts franciliennes

Couvre-feu, semi-confinement, vacances scolaires parisiennes, et les premiers beaux jours ont à nouveau attiré une foule de visiteurs dans les forêts franciliennes et notamment de Fontainebleau, des Trois Pignons, de Larchant ou des Grands Avaux (91). Outre les inexorables bouchons aux abords des parking et vers la capitale en fin d'après midi, cette hyper fréquentation soulève de très nombreux problèmes : accélération de l'érosion, piétinement de la flore, gêne de la faune, déchets, stationnements dangereux, etc. A l'heure où l'ONF et la gendarmerie multiplient les communication sur le sujet après la vague de verbalisation du week-end dernier
(plus de 450 PV dressés autour des Trois Pignons), l'Office de Tourisme, la ville et le Département continuent de vanter les mérites d'une balade dans nos forêts. Nous voilà donc une nouvelle fois face à cette forêt non pas d'exception mais bien de paradoxe !

Notez par ailleurs que si la situation inquiète l'Administration Forestière, elle est plus prompte à communiquer sur les risques liés à l'utilisation d'une balançoire non autorisée sur son domaine que sur les risques liés aux chasses et chasses à courre qui se déroulent en se moment et jouent les prolongations jusqu'à la fin Mars y compris en période de vacances scolaires (ce qui est contraire aux publications officielles de l'ONF!)

La ville souhaite faire de Fontainebleau et sa forêt une destination majeure du tourisme mais oublie un peu trop la fragilité de ce site d'exception. Nous avons dit Non au projet de PN à Bleau et nous disons Non au classement UNESCO pour justement éviter la destruction de notre environnement par les touristes comme c'est le cas dans les Calanques par exemple. Bref, nous ont vous invite à éviter Bleau les week-end ou à venir en train par la gare de Bois-le-Roi, Fontainebleau, Nemours. C'est aussi peut-être l'occasion de visiter les secteurs "exotiques" de l'Essonne et des Yvelines et de réfléchir un peu à sa pratique et ses impacts sur la nature

️ Donc, attention cette année l’ONF prévoit dans le calendrier des jours de chasse supplémentaires de chasse fixés au mois de mars pour répondre à l'arrêté préfectoral :

Forêt de Fontainebleau : Mercredi 3 mars Lundi 29 mars 

Forêt de la Commanderie : Samedi 6 mars Lundi 29 mars 

Forêt des Trois-Pignons :  Lundi 3 mars Lundi 8 mars Lundi 15 mars Vendredi 19 mars Lundi 22 mars 


Communication de l'ONF77

En ce moment, les visiteurs se rendent en nombre dans la forêt de Fontainebleau, en Seine-et-Marne. La présence d’un public familial qui aurait en temps normal privilégié les stations de ski, voire les lieux culturels, explique cette situation assez exceptionnelle pour la saison.

La grande majorité des promeneurs (2/3 des usagers) accède à la forêt de Fontainebleau en voiture. Par conséquent, les 3 600 places de stationnements officiels disponibles sur les parkings en forêt risquent d’être prises d’assaut. Dans ce cas, le stationnement se reporte sur les accotements des routes départementales, ce qui peut gêner la circulation.

Malheureusement, certaines voitures n’hésitent pas non plus à se garer devant les barrières forestières. L’ONF rappelle que ces accès servent aux services de secours et de sécurité lorsqu’ils interviennent en forêt pour apporter assistance en cas d'accidents ou d'incendies. Il faut toujours les laisser accessibles et en aucun cas les obstruer. L’ONF invite chacun à la responsabilité et au bon sens. 

Avec la météo clémente, l’envie d’aller se promener, pratiquer une activité sportive, se détendre ou tout simplement flâner en forêt augmente. C’est tout à fait légitime. Cependant, afin que tout le monde puisse en profiter sans se retrouver aux mêmes endroits, l’ONF recommande également aux visiteurs qui le peuvent de se rendre à pied ou à vélo, ou alors de faire preuve de curiosité en sortant des sentiers battus.

D’une façon générale, la fréquentation se cantonne près des lieux les plus emblématiques : Barbizon, Franchard, les Trois-Pignons, Apremont et Rocher Canon. En revanche, la partie méridionale de la forêt tout aussi belle demeure quant à elle moins fréquentée (carrefour du Rocher des Princes, de Vienne, parking du Vert Galant et de la Croix du Grand Maître…). Les sites autour des villes de Fontainebleau, Bois-le-Roi et Thomery accessibles directement en train sont également moins prisés.

Le massif de Fontainebleau, aux 500 kilomètres de sentiers balisés, réunit toutes les conditions pour réussir sa sortie nature. Un conseil : les parkings en forêt disposent de panneaux touristiques qui guident et facilitent les déplacements. Sur cette signalétique, vous y trouverez les tracés précis des circuits (pédestre, cycliste, équestre, escalade) disponibles (cf. carte autour de la gare). 

Liens vers 2 cartes touristiques :


Message facebook de la gendarmerie :

🌞 Les beaux jours reviennent ; vous entendez l'appel de la forêt ? On vous comprend. Le problème, c'est que nous sommes submergés d'appels de lapins, chevreuils, sangliers et autres habitants de la forêt de Fontainebleau qui se plaignent au 17 du stationnement anarchique des visiteurs.

️ Bambi et Panpan nous soufflent que s'il n'y a plus de place dans les espaces dédiés, c'est que vous êtes déjà trop nombreux pour notre forêt.

Donc nous sanctionnerons de nouveau ces comportements qui ont pour autre inconvénient de gêner la progression des secours en cas d'urgence. 🚒

#MalGaréPaieTonPV 💸

#TeamBambi







mardi 2 février 2021

Bleau, les Calanques, n'y venez pas c'est sale et surpeuplé !

Lors de la création du site de la TL2B, en 2009, nous avons très longuement plaidé CONTRE la création d’un Parc National à Fontainebleau et la politique du développement du tourisme dans le département. Grand bien nous en a pris ! En effet, parmi nos arguments, il y avait le surcroît de fréquentation qu’entraine inévitablement ce type de label très attractif touristiquement et à nos yeux, totalement incompatible avec la protection d’un milieu fragile et périurbain. C’est aussi ce qui nous pousse à réaffirmer notre opposition au classement de notre belle forêt au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour celles et ceux qui douterait encore des conséquences de tels classements, revenons sur le cas du Parc National des Calanques créé dans la douleur en 2012. En 9 ans, sa fréquentation a été multiplié par 3 passant d’un à trois millions de visiteurs par an dont 70% sont des habitants de la métropole d’Aix-Provence ! Un chiffre qui ne va pas sans conséquence pour la faune, la flore mais aussi les usagers eux-mêmes et qui contraint le PNC à revoir sa stratégie de communication pour tenter d'infléchir cette tendance. 

Calanques de Marseille et plage surpeuplée
La réalité des Calanques de Marseille est souvent bien loin de l'image de carte postale
C'était déjà invivable avant la création du Parc national comme ici en mai 2013

A la sortie du premier confinement, alors que les déplacements se limitaient encore à une poignée de kilomètres, la fréquentation de la forêt de Fontainebleau a explosé contraignant les autorités à fermer les parking et contrôler les routes aux abords des principaux secteurs des Trois Pignons mais aussi de Franchard et Apremont. Sur les départementales, il fallait chaque week-end rouler plusieurs kilomètres pour trouver une place de stationnement en bord de route. Avec ces nouveaux visiteurs en provenance de toute l’ile de France attiré par de nombreux articles du web aux titres plus racoleur les uns que les autres, les déchets se sont multipliés comme des petits pains et l’érosion parfois gravement accélérée. 

C’est ce que vivent dès les beaux jours les riverains des Calanques de Marseille. L’été dernier, les calanques de Sormiou ou Envau ont même atteint des pics à 3.000 visiteurs par jour et 2,3 baigneurs par mètre carré de plage. Deux fois plus que l’année précédente. Outre l’érosion, les plages et leurs abords sont vite devenues de véritable déchèteries ! Et là encore, se sont les amoureux du site, les bénévoles de toujours, qui se sont lancés dans le nettoyage. Ainsi, le Collectif My Calanques ont eu tôt fait de ramasser plus d’une tonne de déchets en seulement 2 heures. 

Le vrai visage des Calanques, c'est plutôt ça
Le vrai visage des Calanques, c'est plutôt ça : une petite plage bondée, bruyante et souvent sale !



Alors, pour limiter l’afflux de visiteurs l’été prochain, le Parc National des Calanques a opté pour une stratégie de "démarketing" c’est-à-dire une promotion plus « négative » visant à montrer Les Calanques sous leur vraie visage estivale ! Ainsi, sur leur site internet, à la rubrique "baignade", on tombe désormais sur des clichés de plages bondées, accompagnés de messages volontairement peu flatteurs : "eau froide", "accès difficile", "pour éviter la foule, privilégiez l’automne ou l’hiver". 

"L’objectif n'est pas de dégouter les gens mais de les informer sur la réalité. A long terme, nous espérons voir la fréquentation se stabiliser puis descendre", se justifie Zacharie Bruyas, en charge de la communication auprès de France 3 Région. 



Et là encore, les réseaux sociaux sont dans le viseur ! Rappelez-vous notre long article “Do it for the gram” où nous expliquions comment lorsqu’un spot touristique devient une star d’Instagram il est très rapidement sur fréquenté au point parfois de mettre en péril son existence ! Sur les publications Instagram, les Calanques prennent des allures de paradis sur terre. Mais l'image est souvent plus proche de la fiction ! Trouver un petit coin de paradis en plein été dans les Calanques n'est vraiment pas chose  aisée.

"C’est une vision idéalisée qui fait croire qu’on est seul à la plage. Le selfie en cadre serré ne dit pas que l’accès est difficile et qu’il a fallu marcher des heures sur un terrain parfois technique", alerte Zacharie Bruyas. "Cela peut provoquer des accidents car certains ne sont pas prêts pour cette aventure", poursuit-il. Là aussi, certains influenceurs un brin hypocrites puisqu’ils contribuent grandement à cette promotion ont quand même arrêté de géolocaliser leur prises de vue avec le hastag « Mon geste à moi pour les calanque ». 

Un plan serré et nous voilà avec une vision paradisiaque des Calanques !
Un plan serré et nous voilà avec une vision paradisiaque des Calanques !
La foule est à moins de 100 m... 


Du coup, et comme il y a peu de chance que la communication du PNC suffise à inverser la tendance, Didier Réault, président du parc, dans une interview pour Le Monde affirmait vouloir rendre « l’accès [aux Calanques] plus difficile. L’expérience calanques doit se mériter ». L’occasion aussi d’étudier, comme à l’étranger, un accès payant au Parc ! "Mais pour l’instant, rassurez-vous, ce n’est pas dans la philosophie des parcs français. Peut-être en revanche mettre en place des permis de visite ?", suggère M. Bruyas à France 3 Région.  Voilà qui n'est pas sans rappeler une certaine polémique à propos de l'accès au Prè de Madame Carle ou 



Bref, c’est là que l’on se dit que l’on avait raison de s’opposer à la création d’un Parc National à Fontainebleau quitte à ne pas être dans le politiquement correct local et d’en subir parfois les conséquences dans nos relations avec les élus et leurs représentants ou l’office de tourisme.

mardi 26 janvier 2021

BLEAU encore un nouveau projet de classement par l'UNESCO !

RBI de la Solle
La forêt domaniale de Fontainebleau est entièrement inscrite dans la Réserve Man & Biosphère par l'UNESCO depuis 1998 mais, pour les élus locaux c'était insuffisant. Donc, porté par la ville, une autre demande de classement, cette fois au titre du patrimoine mondiale a été faite. Encours d'instruction, cette demande à laquelle l'équipe de la TL²B est plutôt opposée pour diverses raisons expliquées dans cet article, se voit doublé d'un autre projet de classement  UNESCO (le troisième donc et sans compter le classement du château depuis 1981). En effet, la ville et l'ONF présente la candidature de Fontainebleau au titre "Forêts primaires et anciennes de Hêtre des Carpates et d’autres régions d’Europe" pour sa seule réserve biologique intégrale (RBI) du Gros Fouteau et des hauteurs de la Solle. Un classement pour lequel nous sommes, pour le coup, hyper favorables !

Depuis 2007, les "Forêts primaires et anciennes de Hêtre des Carpates et d’autres régions d’Europe (site UNESCO)" peuvent être inscrites sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco, qui reconnaît la valeur universelle et exceptionnelle de ces hêtraies d'exception réparties dans douze pays européens. Début 2020, la France a donc déposé un dossier de candidature pour neuf sites naturels, dont un situé en forêt de Fontainebleau. 

Ces neuf sites s’étendent sur 2 500 hectares et sont tous classés en réserves : six réserves biologiques, gérées par l’ONF, Gros Fouteau et des Hauteurs de la Solle (forêt domaniale de Fontainebleau), de la Sylve d'Argenson (Chizé), Saint-Pé-de-Bigorre (forêt domaniale indivise avec la commune éponyme), la Brèze (Aigoual), Sainte-Baume (Var), Chapitre Petit-Buëch (Gap Chaudun, Hautes-Alpes). Et trois réserves naturelles nationales : massif du Ventron (Vosges), Massane et Py (Pyrénées orientales). 

La réserve biologique intégrale (RBI) du Gros Fouteau et des Hauteurs de la Solle est un véritable îlot de biodiversité. Et pour cause, c'est l’une des plus vieilles réserves intégrales de France. Créée en 1953, elle est une héritière des série artistiques qui avaient permis de protéger de vieilles futaies dès 1861, à la demande des peintres de l’Ecole de Barbizon. Evoluant librement, loin des bûcherons et promeneurs depuis 160 ans, la nature y a progressivement repris ses droits. Une lente évolution vers la hêtraie primaire tel que la décrite Peter Wohlleben dans le célèbre livre utopique La vie secrète des arbres et chère à notre patron qui en publie régulièrement des images sur son blog Fontainebleau Passion.

A l'intérieur de la RBI de la Solle à Fontainebleau
A l'intérieur de la RBI de la Solle à Fontainebleau



Décennies après décennies, le sous-bois de cette réserve s’est densifié puis assombri chassant peu à peu les chênes (préférant la lumière) au profit des hêtres, amateurs d’ombre et de sol humide. Tous ces arbres hébergent une riche biodiversité et jouent un rôle crucial dans le maintien de certaines espèces menacées comme certains coléoptères ou oiseaux mais aussi chauves-souris, mousses, lichens, champignons...

Vers le classement de la RBI du Gros Fouteau


Intégrer la prestigieuse liste du Patrimoine mondial de l’Unesco requiert plusieurs étapes. Du 4 au 7 janvier 2021, les porteurs de la candidature des neuf sites français passaient donc leur "grand oral". A cause du contexte sanitaire, seuls trois sites ont pu faire l’objet d’une visite approfondie sur le terrain, dont celui du Gros Fouteau et des Hauteurs de la Solle. Pour l’occasion, une experte de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) s’est rendue à Fontainebleau mardi 5 janvier 2021. Elle a été accueillie par le ministère de la Transition écologique, les équipes de l’agence Île-de-France Est et de la direction générale de l’ONF, en présence de représentants de la municipalité de Fontainebleau et des principales associations locales (Association des Amis de la Forêt de Fontainebleau (AAFF) et Association des Naturalistes de la Vallée du Loing et du massif de Fontainebleau (ANVL). Après cette étape déterminante, l’UICN émettra un avis, qui sera suivi d'une délibération du Comité du Patrimoine mondial de l’Unesco. La décision finale devrait intervenir en 2022. 

Les experts de l'UICN visitent la RBI du Gros Fouteau (Source ONF)



Le hêtre est sans aucun doute l'un de nos arbres préférés à la TL2B. C'est aussi un sujet de discorde avec de nombreux naturalistes qui considèrent que cet arbre n'a plus sa place à Fontainebleau et avec l'ONF qui en coupe de très nombreux exemplaires sans en assurer le renouvellement. Alors ce classement, on le voit d'un très bon œil !

Présent en France (il couvre près de 10% des forêts) le hêtre est très sensible à la sécheresse et aux vagues de chaleur, il est considéré dans notre pays comme une des essences les plus exposées au changement climatique. Il avait été repoussé à l’extrême-sud des confins européens il y a 12 000 ans, avant d'entamer son retour vers le nord à la fin de la dernière ère glaciaire, pour coloniser progressivement une grande partie du continent. Environ 2000 ans avant notre ère, le hêtre était encore surtout présent dans les Appenins, dans les Pyrénées, dans les Balkans et en Grèce, d'où il a entrepris sa reconquête. De nos jours, poussé par les températures plus chaudes, son expansion se poursuit vers le nord de l’Europe. 


A l'intérieur de la RBI de la Solle à Fontainebleau
A l'intérieur de la RBI de la Solle à Fontainebleau




lundi 25 janvier 2021

Une cagnotte pour créer une aire de bivouac aménagée à La Baleine

La Baleine c'est le petit nom donné initialement par une poignée d'initiés à la falaise de Saint-Léger-du-Ventoux lorsque ce spot alors secret était en cours d'équipement et que l'autorisation d'y grimper ne tenait qu'à un fil, pas plus gros qu'une statique pendant dans les dévers. C'est aussi, pour nous, le souvenir de moments partagés avec notre regretté ami Thierry Nief qui en était un des équipeurs. Cette falaise attire aujourd'hui aujourd'hui pas mal de voyageurs ce qui ne va pas sans poser l'éternel problème du stationnement et des déchets. C'est pourquoi, avec l'aide du Parc Naturel du Ventoux, l'équipe du Jardin Singulier souhaite créer un endroit où les grimpeurs nomades pourront stationner leur camion plus ou moins aménagés et avoir des toilettes (c'est mieux que dans la nature) et un point d'eau. Une belle idée à l'époque du low-tourisme et du développement durable que certains avaient émis pour le parking de Franchard Isatis à Fontainebleau ! 

Saint Léger vue par Fred Labreveux pour Grimper
Saint Léger vue par Fred Labreveux pour Grimper



Nous soutenons donc cette initiative lancé avec Greenspits, qui vous vous invite à un crowdfunding pour mener à bien cet aménagement ! 


Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore la Baleine, cette falaise, à cheval sur la Drôme et le Vaucluse s'étire sur plus d’un kilomètre. Après quelques années confidentielles, la falaise est devenue un RDV incontournable des grimpeurs de haut niveau. Et pour cause, ses grands bombés jaune-oranges rayés de colos noires et grises ont de quoi séduire ! Plus de 350 voies avec des expositions variées, une marche d'approche courte et le cadre séduisant des gorges du Toulourenc avec ses vasques vert émeraude comptent parmi les arguments de poids. Si le site pêchait à ses débuts par quelques lacunes au niveau de l’ouverture, réservant l’essentiel du plaisir aux octogradistes (les voies en 7 étant déjà engagées) C'est moins le cas aujourd'hui. Toutefois, ce n'est pas non plus une falaise école et la réputation de ce site d’exception reste intacte.

Participer à ce projet, même pour quelques euros, c'est permettre à la vallée du Toulourenc de rester belle, préservée, authentique et néanmoins accueillante ! Cliquez sur le lien ci-dessus et soyons acteurs du développement de l'escalade et d'un tourisme local plus light 


vendredi 15 janvier 2021

L'ONF Fontainebleau interdit la balançoire dans la forêt !

Les responsables de l'ONF seraient-ils devenus totalement paranoïaques ? En tous les cas, si la lecture de leur dernière publication facebook a des allures de poisson d'avril, cet avertissement est bien réel et démontre, une fois de plus, les dérives de notre société qui pousse tous "responsables" (Maires, Préfets, gestionnaires...) à se prémunir d'éventuelles poursuites en cas d'accident.  Cette fois, c'est la balançoire la plus instagrammable de la forêt de Fontainebleau qui fait l'objet d'une interdiction. Cette balançoire, installée par un anonyme et sans autorisation il y a plus de 10 ans, est très prisée et très photographiée au grand dam de l'OT de la ville a déjà été démontée à plusieurs reprises mais ses fans n'ont de cesse de la réinstaller. L'ONF Fontainebleau est coutumier des interdits. Le dernier exemple en date étant les mesures d'interdiction proclamées à l'encontre du plus célèbre pachyderme de Bleau ou, si on remonte un peu plus loin, la ceinture de bois installée à la hâte autour du Bilboquet du Cul de chien. 

Alors, certes, les risques d'être blessé existent, même dans une forêt comme Fontainebleau (ceux qui en doute devraient relire certains de nos articles sur l'érosion dont celui-ci consacré à un gigantesque éboulement), mais tout le monde devrait savoir et accepter que le risque zéro, en site naturel n'existe pas ! Les diverses tentatives de faire modifier la Loi française dans ce sens ont jusqu'à présent toutes échouées comme encore dernièrement avec le rejet par le Conseil Constitutionnel de l'article visant à modifier la responsabilité des gestionnaires de sites naturels dans le cadre d'une pratique sportive dont nous parlions ici.

Bref, comme vous allez le lire ci-dessous, la balançoire a été retirée et la branche sera coupée si elle réapparait ! Cette menace lancée (lire ci-dessous) sur le groupe facebook Forêt de Fontainebleau administré par l'ONF a soulevé une vague d'indignation de la part de tous les amoureux de la forêt ! Et cette nouvelle publicité autour de l'agrès nous laisse craindre le pire... Quant au titre du post, il laissera sans doute tous les grimpeurs de Bleau songeurs sur l'avenir de l'escalade en forêt ! Mais force est de reconnaître qu'au regard de la jurisprudence actuelle, il est sage pour l'ONF de ne pas laisser en place des installations dont il n'a pas le contrôle et n'en n'assure pas l'entretien !

⚠️ Chute de hauteur, tous concernés ⚠️ 

Depuis plusieurs mois, la photo de la balançoire de la forêt de Fontainebleau circule sur tous les réseaux. En haut d’un chaos rocheux, accrochée à une branche de pin sylvestre, elle offre un point de vue sur la forêt. Nous apprécions l’intérêt pour ce panorama naturel, et l’image bucolique du lieu. Toutefois, cette installation présente un vrai danger. Quasiment à l’aplomb du versant rocheux, sa situation entrainerait une chute accidentelle de plusieurs mètres de hauteur. Cela peut occasionner des dégâts et entrainer des conséquences graves sur les personnes. L’ONF, gestionnaire du massif de Fontainebleau, serait juridiquement responsable si des accidents se produisent. Faire en sorte que les usagers puissent profiter pleinement du site en toute sécurité est une priorité. Dans ce contexte, nous vous invitons à ne pas réinstaller de balançoire. Si cela se reproduit, nous serions contraints de prendre des dispositions plus fortes comme élaguer la branche.


lundi 16 novembre 2020

Faut-il se réjouir d'un classement de la Forêt de Fontainebleau au Patrimoine de l'UNESCO ?

Il y a quelques semaines déjà, la presse se réjouissait de la nouvelle étape franchie par le dossier de candidature de la forêt de Fontainebleau à l'inscription au patrimoine de l'UNSECO. Mais est-ce vraiment une nouvelle réjouissante ? Cette forêt aux portes de la capitale, c'est déjà le site naturel le plus visité de France avec sans doute plus de 10 millions de visiteurs annuels ! On l'a constaté avec le premier déconfinement, la forêt peut attirer les foules et beaucoup de ces visiteurs n'ont absolument pas conscience de l'impact de leur visite sur la nature... Alors ce classement n'est-il pas l'arbre qui cache la forêt ? Est-ce un simple piège à touristes ou un gage de sauvegarde de l'une des plus belles forêts de France ?

Avec le réchauffement climatique, la flore qui couvre des sols est de plus en plus fragile
Avec le réchauffement climatique, la flore qui couvre des sols est de plus en plus fragile



« C'est une première étape importante. On rejoint la short list des biens nationaux dont le dossier est suffisamment étayé pour que l'Etat s'engage à le défendre devant les instances internationales de l'Unesco », s'est réjouit Frédéric Valletoux, le maire de Fontainebleau qui planche sur le dossier depuis 2016 avec l'ONF et l'Établissement public du château. Un projet qui a été longuement construit et par un conseil dit "scientifique" d'une trentaine d'experts pour démontrer sa cohérence sur le plan historique, culturel, paysager… Cette candidature a reçu un soutien de poids avec une marraine de choc, qui n'est autre que Brigitte Macron ! Une note plus politique que  le parrainage  économique du millionnaire américain Christopher Forbes Si, le ministère de la Culture vient de valider la candidature du « Domaine de Fontainebleau », où le massif forestier rejoindrait le château déjà classé (1981), le classement n'aurait pas lieu avant 2024. 

En attendant, les sites classés par l'UNESCO sont hélas très souvent victimes de leur succès ! Leur attractivité augmentant fortement avec ce précieux sésame, les touristes venus de pays de plus en plus lointains s'y pressent en masse et d'importantes dégradations les accompagnent ! C'est d'ailleurs aussi le cas des sites mis à la mode sur les réseaux sociaux comme nous l'avions longuement signalé dans ce dossier. La situation est telle que l'UNESCO elle-même a tiré la sonnette d'alarme en 2018.

En effet, le nombre de touristes a augmenté de façon exponentielle au cours des 20 dernières années, et certains endroits sont si populaires que leur intégrité est menacée. Pour certains sites, la question qui se pose désormais est doit-on fermer ces merveilles aux touristes pour les sauver ? Pour ceux qui en douteraient encore, voici quelques exemples concrets d'endroits labélisés UNESCO mais particulièrement menacés par leur fréquentation. 

Citons Venise et ces images des quelques 500 immenses paquebots qui menacent l'existence de la Cité des Doges. Venise est autant submergée par les touristes que par l’eau. Selon une étude réalisée en 1988, le nombre maximum acceptable de touristes par jour pour Venise était de 33.000, or aujourd’hui on est à 59.000 touristes par jour en moyenne, a indiqué l’architecte Cristiano Gasparetto, membre de l’ONG Italia Nostra.  Moins visibles, mais tout aussi grave, les Galapagos inscrites dès 1978 sur la liste du Patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco sont aujourd'hui en péril. Pourtant les visiteurs qui piétinent cet écosystème fragile ont un accès restreint à 200 000 personnes par an et la zone militaire équatorienne est très surveillée par la marine par souci de protection de l’environnement. 

Les incendies sont une des conséquences du tourisme de masse.
Les incendies sont une des conséquences du tourisme de masse.
Forêt de Fontainebleau, été 2020 



Les alpinistes le savent certainement mais le Kilimandjaro, le « toit de l’Afrique » et ses trois montagnes sont prises d'assaut par environ 25 000 personnes qui contribuent à l’érosion et à la pollution de la montagne tanzanienne, classée elle aussi au Patrimoine mondial. Et bien entendu, l’Everest n'est plus réservé à une élite. Son camp de base est sans aucun doute «le dépotoir le plus haut du monde». Sans l’escalader, près de 700 000 visiteurs se bousculent chaque année à son pied, ravinant ses sentiers escarpés. C'est aussi le cas de la Cité Inca du Machu Picchu. Alors qu’en 1992, moins de 10 000 visiteurs s’y rendaient chaque année, ils sont aujourd’hui 10 fois plus nombreux. De nombreux touristes s’écartent des chemins balisés pour avoir une vue unique si bien que ces milliers de pieds qui foulent le sol de la citadelle inca contribuent à en fragiliser la structure, et les équipes d’entretien peinent à réparer les dommages. Dès 2008, l’Unesco a lancé un avertissement au sujet du sanctuaire, soulignant les problèmes de déforestation, de glissements de terrain et d’accès illégal découlant du tourisme de masse. Au point qu'aujourd'hui, une limitation d'accès semble inévitable. Plus proche de nous, citons le cas du Mont Blanc et des limitations qui s'imposent depuis quelques années.

Hélas, ces limitations d'accès, pour ne pas mettre en péril l'industrie du tourisme qui s'est construite autour de ces sites ne peut que s'accompagner d'une très forte augmentation des prix. Voilà comment le patrimoine mondiale et culturel ne sera bientôt plus accessible aux masses mais réservé à une élite économique ! Ainsi, par exemple, l’accès à l'île de Pâques, qui appartient au Chili, est désormais organisée avec un Pass que gèrent les autorités locales avec les agences de voyage, pour réduire le nombre et la durée des séjours sur place. Les Moais de l’île sont désormais réservés aux happy few. Ce tourisme réservé aux riches serait même en passe de faire l'objet de contrebande ! 

Nous ne sommes pas les seuls à faire ce constat. Nos confrères de Tourmag ont eux aussi plusieurs fois dénoncé dans leurs colonnes les conséquences négatives sur le plan écologique et social de l’attribution par l’UNESCO du label « Patrimoine de l’humanité » à plus d’un millier de sites naturels et culturels à travers le monde.

Cette labellisation médiatisée provoque inévitablement l’arrivée des milliers de visiteurs dans des régions mal préparées à ce tourisme de masse et ses conséquences. En 2018, la prise de conscience par l'UNESCO du problème devait déboucher sur un outil de gestion du tourisme.

Cette avancée annonce très certainement des mesures coercitives qui encadreront le tourisme car il n'est plus possible de « lâcher » sans réglementation plus d’un milliard de touristes dans des régions souvent fragiles. Cette démarche préfigure aussi un changement de cap inéluctable du tourisme dans les prochaines décennies, et il est important pour les professionnels et élus d’anticiper ce mouvement en adhérant aux réflexions et à la mise en place d’un tourisme durable et lent !

Fontainebleau une forêt périurbaine légendaires
Fontainebleau une forêt périurbaine légendaires



Vous voyez certainement où nous voulons en venir. 

Classer la forêt domaniale de Fontainebleau déjà très menacée par sa fréquentation actuelle sans lui donner les moyens de se protéger n'est pas une solution souhaitable. De plus, un tel classement n'entraîne aucune obligation ! Pire, l'UNESCO n'aide pas financièrement les défenseurs de la nature. A Fontainebleau, comme dans le reste de la France, l'ONF est à l'agonie. Les moyens humains et financiers accordés à la sauvegarde du site sont dérisoires. Pire, le gros du budget est maintenant englouti pour réparer les conséquences d'une mal fréquentation et d'une sur-fréquentation de Bleau pour nettoyer les décharges sauvages ou sécuriser certains secteurs à cause d'une érosion galopante. C'est donc pour les mêmes raisons que nous avions contesté l'utilité d'un classement en Parc National que nous rejetons cette proposition.

Actuellement, 11 statuts environnementaux parmi les plus protecteurs ont été pris pour protéger notre forêt. Appliquons-les ! Ce sera déjà pas mal...

Autrement-dit, la manne économique que représente pour le Pays de Fontainebleau ce futur classement n'en vaut peut-être pas la chandelle pour la forêt. Mais les sirènes économiques chantent souvent plus forts que les défenseurs de la nature... On le voit bien avec la chasse et la chasse à courre.
 


 
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