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ESCALADE

Sur le chemin

2020

Hier, se tenait la première réunion de la « nouvelle » Commission Escalade Bellifontaine (CEB) co-présidée par l’ONF et le COSIROC suite à la signature de la Convention dont nous avons déjà largement parlé. Nous écrivons « nouvelle » car cette commission est en fait une renaissance après plus de 3 longues années de vacances. L’occasion pour l’Office National des Forêt de présenter le périmètre couvert par cette convention et les enjeux liés au développement de la pratique de l’escalade en forêt devant la trentaine de représentants des associations (AFF, CAF, Cosiroc, FFCAM, FSGT, GUMS, Respect Bleau…), Office de tourisme de Fontainebleau, représentants du sport et de l’enseignement et, bien entendu, grimpeurs – ouvreurs indépendants. Premier doute levé, le périmètre de la convention et de la CEB se limite à la gestion des sites autorisés au balisage des circuits d’escalade en forêt domaniale de Fontainebleau (inclus Trois Pignons, Commanderie, Nemours). Les autres sites franciliens seront traités directement par la Commission des circuits du Cosiroc.

La première réunion de la Commission Escalade de Bleau se tenait mercredi soir à l'Ermitage de Franchard
La première réunion de la Commission Escalade de Bleau se tenait mercredi soir à l'Ermitage de Franchard
Photo : François Lesin


L’ONF nous a rappelé qu’il doit faire face, en tant que gestionnaire, au formidable développement des pratiques sportives « outdoor » qui conduisent à une très forte fréquentation des forêts périurbaines par un public pas toujours au fait des risques et usages en milieu naturel. Si les forêts domaniales sont ouvertes au public, elles le sont sous conditions et le niveau d’exigence du gestionnaire est d’autant plus important que la domaniale de Fontainebleau fait l’objet de très nombreuses mesures de protection. L’ONF Fontainebleau a donc mis en place des conventions avec les usagers à commencer par les randonneurs, les vététistes et les grimpeurs et souhaite poursuivre la réflexion avec les cavaliers. De son côté, le Cosiroc a rappelé l’exceptionnelle autogestion du parc de circuits d’escalade par les bénévoles depuis les années 70 et notamment les travaux entrepris pourla diminution de la taille du balisage, son harmonisation et sa qualité qui ont donné naissance à la publication d’un livret de recommandations régulièrement mis à jour depuis les années 80.

Le rôle de la Commission Escalade bellifontaine est de coordonner les travaux de balisage et d’entretien des circuits dans les zones d’escalade équipées et validées par le gestionnaire avec 3 objectifs prioritaires pour l’ONF : assurer un équipement de qualité, éviter les conflits d’usages et répondre aux exigences de protection de l’environnement et du patrimoine. En effet, pour l’ONF, il est impératif que les infrastructures proposées dans les sites accueillant du public répondent à des exigences de qualité et de sécurité, l’accueil des touristes étant un fort enjeux économique sur le territoire. Il est donc important de veiller à ce que l’équipement des sites ne se fassent pas à l’exclusion d’autres usagers ou entraînent des conflits entre usagers. Enfin, outre les Réserves Biologiques Intégrales, le massif forestier est un territoire où les enjeux environnementaux (protection faune, flore mais aussi érosion, déchets...) et patrimoniaux (gravures rupestres, abris de carriers…) sont très importants notamment du fait des directives européennes du réseau Natura 2000, de son classement en forêt de protection mais aussi en vue de son futur classement UNESCO. 

L’escalade étant un sport en fort développement et où de nombreux pratiquants ne sont pas fédérés, la CEB aura aussi pour mission de participer à l’éducation ces individuels aux bonnes pratiques (relire notre article sur "faire ses premiers pas de grimpeur à Bleau"). Pour ce faire, le Cosiroc et l’ONF ont élaboré une cartographie détaillée des surfaces de l’ensemble secteurs où le balisage est autorisé et où les pratiquants sont incités à venir. La réunion s’est poursuivit sous forme de questions-réponses autour du fonctionnement de la CEB, les critères de validation et acceptation des autorisations de balisage, les moyens techniques (prise en charge des frais par le Cosiroc, nature des produits décapants et peintures autorisés, durabilité des balisages), le nombre de circuits et secteurs, la coordination des travaux, la gestion des ouvertures individuels non balisées…

La première réunion de la Commission Escalade de Bleau se tenait mercredi soir à l'Ermitage de Franchard sous la présidence conjointe de l'ONF et du Cosiroc. Photo Greg Clouzeau
Le Cosiroc a déjà mis en place sur son site internet un certain nombre de pages sur le sujet (bonnes pratiques, mémento des recommandations de balisage) et vous pourrez y enregistrer vos demandes d’autorisation d’entretien de balisage, modifications de circuits ou si le besoin s’en fait sentir, ouverture de nouveau secteur étant entendu que si l’ONF n’est pas fermé sur le sujet, il attend des grimpeurs et du Cosiroc une gestion « raisonnable » du développement des circuits. Le balisage en forêt est une activité réglementée et soumise à l’autorisation de l’ONF. La plateforme du Cosiroc aura pour but de coordonner les travaux d’entretien et d’ informer les techniciens forestiers de chaque secteur tout en protégeant les baliseurs des éventuels tracas administratifs.

Retrouvez les zones autorisées avec le Communiqué officiel de l'ONF sur la Convention dans cet article.

Les pins morts de la Forêt de Fontainebleau en juillet 2019
Les sécheresses estivales de 2018 et 2019 ont durement touché les pins dans certaines zones du massif de Fontainebleau. Affaiblis par les températures élevées puis le manque d’eau, ces pins ont séché sur place et sont morts. En septembre dernier, pour caractériser l’ampleur du phénomène, l’ONF a lancé une prospection généralisée sur l’ensemble du massif de Fontainebleau. Différentes observations y ont été déployées par les forestiers : un survol en drone a permis de caractériser précisément les secteurs touchés, puis un examen visuel au sol est venu confirmer la mortalité des résineux (rougissement des aiguilles, trous de perforation sur l’écorce, chute brutale des aiguilles, décollement de l’écorce) et leur dangerosité. Au total, cette crise sanitaire touche une surface d’environ 40 hectares de peuplements de pins, parmi les 22 000 hectares du massif forestier.

La prise en compte de ces deux inventaires permet aujourd’hui de prioriser les interventions. Les risques sanitaires (propagation des insectes ravageurs à d’autres résineux) mais aussi sécuritaires (chutes d’arbres et de de branches) obligent l’ONF à intervenir rapidement en enlevant mécaniquement les pins les plus impactés, prioritairement sur les sites recevant du public : secteurs de Franchard Isatis, du centre pédagogique forestier à Fontainebleau et de l’hippodrome de la Solle. Les travaux débuteront à la fin du mois de janvier.

Selon leurs potentialités naturelles, ces zones pourront faire l’objet d’une recolonisation naturelle par le pin sylvestre. Ces phénomènes susceptibles de se répéter appellent aussi les forestiers à innover, à diversifier les essences, à accompagner la nature pour avoir des massifs plus résilients. A l’échelle nationale, l’ONF et l’INRA mènent actuellement des réflexions sur l’adaptation des essences d’arbres de la forêt au changement climatique.

Si on vous dit Jean-Jacques Naels ou Pépito, vous nous répondrez très certainement Ah oui, celui qui balise les circuits d'escalade de la forêt de Fontainebleau depuis plus de 40 ans ! Voilà près de 50 ans que JJN fréquente les rochers de Fontainebleau et autres hauts lieux de l’escalade. Un demi siècle durant lequel il a été témoin et acteur de l’évolution de l’escalade à Bleau. Et le voilà auteur historien de ce qu'il qualifie la "vraie histoire de Bleau, celle qu’aucun ouvrage sur Bleau n’a encore rapportée". Sa Bleaugraphie, "contient [plus] le récit sensible d’une longue itinérance pastorale, culturelle, passionnelle et sportive en pays de Bleau qu’un véritable ouvrage historique sur l’escalade à Bleau, mais un peu tout de même, car il semble impossible de traiter de l’action des ouvreurs-équipeurs, de témoigner de son histoire sans considérer les spécificités économique, culturelles et sociologiques de notre sport à chaque époque, comme on ne peut pas parler de l’histoire de l’escalade à Bleau sans l’associer à l’histoire générale de l’escalade en France..."

Dans son billet de présentation à l'association d'escalade ASL91 Pépito nous explique que "c’est pour tenter de sauver un peu de « savoir » sur le Bleau des grimpeurs « sans histoire », un savoir lié au temps passé qu’on ne retrouvera jamais qu’avec des mots à présent, à condition de prendre le temps de l’écrire. C’est ce que j’ai fait, d’autant plus humblement que je n’avais ni prouesse, ni exploit à rapporter qui auraient marqué son époque." 

On n'en sait pas beaucoup plus pour le moment si ce n'est que l'ouvrage devrait être disponible prochainement au prix de 19 €.

Si vous voulez en savoir plus, contactez Pépito : bleaupassion@gmail.com ou via son site TopoBleau (dont la nouvelle version laisse entrevoir ce que pourrait contenir l'ouvrage...)

Première et 4e de couverture de Bleau, 120 ans d'escalade... Illustration de la première de couverture : Dessin de Noél Rotillon (1984).
Première et 4e de couverture de Bleau, 120 ans d'escalade...
Illustration de la première de couverture : Dessin de Noél Rotillon (1984).


Malgré une invitation tardive, plus de 150 personnes étaient présentes le dimanche 12 janvier 2020 au soir dans une salle un peu petite répondant ainsi à l’appel de l’Avenir du Vaudoué pour la constitution d’un Collectif des Trois Pignons. On pouvait noter la présence du maire du Vaudoué, accompagné de deux des adjoints et d'un adjoint et deux conseillers municipaux de Milly-la-Forêt. En période électorale, c'était le moins qu'ils puissent faire, non ? Dans l'assistance, on a remarqué aussi la présence de nombreux amis, riverains, randonneurs, coureurs et grimpeurs dont Christophe Laumône et Catherine Miquel, tous très attachés à cette forêt des Trois Pignons. 

Photo : Manuel DOS REIS pour l'Avenir du Vaudoué


Après un exposé par le président de l’Avenir du Vaudoué des raisons qui ont conduit à la mobilisation contre le  projet de l’ONF en Forêt des Trois Pignons, suivi d’interventions du public, il a été procédé à la constitution du Collectif des Trois Pignons avec pour objet :
“Le collectif des Trois Pignons a pour objet la préservation de l’environnement de la Forêt des Trois Pignons, de sa beauté, de ses paysages et de leur singularité. Le collectif s’efforcera de réunir toutes les réflexions, qu'elles émanent d’institutions, d’associations ou d’individus, pour contribuer au  devenir du massif des Trois Pignons, à la façon de l'entretenir de manière durable et raisonnée, et trouver les moyens nécessaires à la préservation de ce patrimoine commun d’intérêt global.”
Un noyau de trente personnes désirant s’investir fortement dans le collectif s’est dégagé et la candidature de Jacques Laskar comme coordinateur du Collectif des Trois Pignons  a été approuvée à l’unanimité des présents.

Nous leur souhaitons bon courage car la marge de manœuvre pour négocier à l'ONF est très limité, le Plan d'Aménagement étant déjà approuvé et ne pouvant être facilement révisé. En effet, rappelons que si les Trois Pignons sont ouverts au public, ils sont rattachés au domaine privé de l'Etat et placés sous gestion de l'Office National des Forêt (voir notre précédent article sur l'histoire des Trois Pignons).

Pour contacter le Collectif des Trois Pignons : contact@c3pi.fr

Le XXIe siècle a ceci de formidable qu'il permet de mobiliser rapidement des milliers de personnes autour d'une cause environnementale. Il suffit pour cela d'appeler, à grand renfort de vocabulaire catastrophique contre une supposée atteinte à l'environnement. C'est ce qui vient de se passer une nouvelle fois dans les Trois Pignons où le chantier de coupe annoncé en novembre est suspendu depuis ce matin avant même d'avoir débuté ! "une nouvelle fois" car ce type de polémiques est récurent à Bleau ! A la Tribune Libre de Bleau, pour une fois, on était plutôt favorable aux forestiers. Retour sur les événements de ces derniers jours...et sur cent ans d'histoire des Trois Pignons et leurs conséquences sur la forêt.

Donc, fin novembre, nous apprenons qu'une grande coupe doit avoir lieu dans les Trois Pignons par le Collectif Avenir du Vaudoué. Dans notre article nous tentons d'expliquer pourquoi cette coupe ne nous parait pas inutile et tentons d'en savoir plus auprès de l'ONF. Rapidement, l'ONF nous répond et nous indique préparer une communication du le sujet que nous avons relayé entièrement dans cet articleL'onf se veut rassurant et organise plusieurs réunions pour tenter de désamorcer le conflit avec les riverains. Le collectif n'en démord pas. Cette coupe sera un "massacre" ! Les Trois Pignons seraient même carrément "en danger" de "déforestation" comme le laisse entendre la communication autour de la pétition lancé par le collectif ! On parle de ces 120 hectares comme si on allait les raser (ce qui est loin d'être le cas). On souhaite en faire un "sanctuaire"... En quelques jours, plus de 7 000 personnes signent cette pétition souvent sans même savoir de quoi on parle. Bienvenue dans un monde où c'est le patient qui dicte au médecin son diagnostic inspiré par sa lecture du web. 

Ensuite, on fait appel à des personnalités pour lancer le débat dans le journal Libération. En résulte le texte reproduit ci-après. Il est très beau. Mais est-il en phase avec la réalité des choses. Ce n'est pas parce que l'on est écrivain, astronome ou cinéaste que l'on s'y connaît en forêt et sylviculture. Ces 120 ha des Trois Pignons ne représentent même pas 4% de la surface de ce secteur du massif forestier. Et si on les rapportent à l'ensembles des domaniales de Fontainebleau, Trois Pignons et Commanderie... Alors faut-il se mobiliser pour sauver ces quelques arbres ? Et de quels arbres parle-t-on ? Les Trois Pignons c'est une forêt plutôt jeune où très peu d'arbres dépassent les cent ans. Et pour cause, elle est couverte majoritairement de pins et bouleaux auxquels, quand le sols le permet, se mêlent des châtaigniers et des chênes rabougries. Et il y a plusieurs raisons à cela, à commencer par l'histoire récente de cette forêt.

"Il faut sauver la forêt des Trois Pignons


Un collectif citoyen, soutenu entre autres par l'écrivain Jean-Christophe Rufin et le cinéaste Lucas Belvaux, se mobilise contre cette opération de déforestation près de Fontainebleau, et interpelle le nouveau directeur-général de l'Office national des forêts.

   Ce 6 janvier, vous prendrez officiellement la direction de l’Office national des forêts. Au même moment, commencera un chantier de coupe de 120 hectares dans la forêt des Trois Pignons.
Connaissez-vous cette forêt extraordinaire ?
En réalité, peu importe. Ce qui importe c’est que chaque année des millions de personnes viennent se promener, grimper, jouer dans le sable avec leur bébé, faire du cheval, se reposer, trouver du calme, du bonheur gratuit à moins de cent kilomètres de Paris.
Ce qui importe, c’est que cette forêt est d’une beauté inouïe, parsemée de rochers, de chaos envahis de mousses et de lichen, traversée de vallées couvertes de bruyère. C’est ici que des dizaines d’enfants des écoles de la banlieue sud viennent découvrir que la vie n’est pas que béton, immeubles, voitures, bitumes, bruits et fureur.
Ce qui importe, c’est qu’on y vient de toute l’Europe pour escalader ses rochers, faisant de cette forêt une vitrine de la France.
Les Trois Pignons est un morceau de poésie pure, l’endroit ou l’imaginaire devient réalité.

Cet endroit, Monsieur le directeur-général, devrait être un sanctuaire dédié à la beauté du monde. Et cela devrait faire consensus d’autant plus facilement que sa rentabilité économique est quasi nulle.

Car ici, le sol est pauvre. Ce qui pousse est chétif, tordu, bancal. C’est justement ce qui fait sa beauté. Rien n’est droit, rien n’est plat. Les sentiers s’enroulent autour des blocs comme s’ils hésitaient sur la direction à prendre et chacun des virages révèle un nouveau rocher, une nouvelle grotte, une marre.
Si quelques arbres ont réussi malgré tout à devenir «remarquables» les couper n’en serait que plus grave.
Car ces arbres, tous, seront vendus à un prix qui couvrira à peine le prix de leur abattage. Huit euros le stère, nous dit-on.
Si on peut aisément chiffrer combien ce chantier pourrait rapporter, on peut aussi facilement évaluer la perte en regard. Elle est immense.
La valeur de cette forêt n’est pas financière, elle est poétique. Elle est sociale.

Les 3 000 signataires de la pétition mise en ligne il y a quelques jours en témoignent dans les récits qu’ils font de l’histoire qu’ils partagent avec cette forêt, certains depuis des dizaines d’années.
Pourtant, le 6 janvier, jour de votre entrée en fonction, cet endroit enchanté va devenir une «usine à bois».
Des saignées de plusieurs mètres de large seront ouvertes tous les 24 mètres pour ouvrir le passage à des engins toujours plus lourds et encombrants. Dans ces cheminements, rectilignes, plus aucun arbre ne subsistera. Des zones «mises à blanc» qui représenteront plus de 16 % de la surface totale. Plus d’arbres. De bruyère. De champignons. Plus de mousses. Plus de lichen. Dans ce véritable quadrillage, ne resteront que des ornières dans le sable, un sol tassé et des restes de branches coupées.
A ces surfaces sur lesquelles il ne restera rien, il faut rajouter les 20 à 30 % d’arbres abattus dans les parcelles.

Une année comme celle-ci où vos services ont compté entre 100 et 200 hectares d’arbres morts pour cause de sécheresse, est-il indispensable d’en rajouter ?

Comme vous le disiez lors de votre récente audition au Sénat, une nouvelle ambition pour la forêt est possible. Vous disiez aussi avoir cru comprendre que les intentions du gouvernement et du chef de l’Etat étaient de formuler, dans les mois qui viennent, une ambition pour les forêts françaises, une ambition qui ne pouvait se construire que sur les attentes des citoyens.

Dans quelques mois, il sera trop tard pour la forêt des Trois Pignons.
Monsieur le directeur-général, sous quels auspices déciderez-vous d’ouvrir votre mandat ?

Il est encore temps d’empêcher cette catastrophe. De faire de cette forêt exceptionnelle un laboratoire de ce que pourrait être la forêt de demain et des rapports plus harmonieux entre les usagers de la forêt et ceux qui la travaillent.
Soyez celui qui prend le temps de s’arrêter et qui regarde avant d’agir.
Ils sont si rares les endroits où la beauté s’incarne et vit.
Ne laissez pas disparaître celui-ci. La perte serait irrémédiable."

Jean-Christophe Rufin Ecrivain , Lucas Belvaux Cinéaste , Jacques Laskar astronome, directeur de recherche au CNRS, membre de l’Académie des Sciences


Voilà donc un texte qui s'inscrit bien dans la tradition des polémiques sur la gestion de la forêt domaniale de Fontainebleau et de son appendice, celle des Trois Pignons. Un texte qui en rappelle beaucoup d'autres écrits lorsque les associations locales s'opposèrent avec moins de succès à la création de l'A6, puis à la soit-disant privatisation des 3 Pis ou plus récemment, entre 1993 et 2009, lorsque les éco-guerriers tentaient d'obtenir un classement en Parc National pour cette forêt !


La semaine dernière, lors de la première réunion avec l'ONF, plus de 140 personnes étaient présentes. Trois représentants de l'ONF, dont Pierre-Edouard Guillain, le directeur de l'agence de Fontainebleau en charge de la Forêt des Trois Pignons, avaient fait le déplacement mais aussi, Michel Tanant, directeur de publication de la CGT Forêt et secrétaire du collectif SOS Forêt Ile-de-France. Les débats ont été vifs, parfois houleux, mais toujours intéressants. Les représentants de l'ONF ont pu évaluer l'unanimité de la désapprobation du chantier actuel, et le regret du manque de communication qui a pu avoir lieu avec les communes riveraines.  Après près de 3 heures de débat, P.-E. Guillain a  reconnu qu'il était décisionnaire sur ce chantier, et qu'il avait la possibilité de l’arrêter. Il  a laissé entendre que si les municipalités du Vaudoué et de Noisy-sur-Ecole en faisait la demande explicite, en s'engageant à la concertation sur l'exploitation  de la forêt, avec les autres partenaires alors il pourrait arrêter  le chantier. La lettre de la Mairie du Vaudoué, et celle de l'Avenir du Vaudoué  ont été envoyées le samedi 4 janvier au matin. Les Noiséens (Noisy-sur-Ecole) présents à la réunion de vendredi se sont organisés pour rédiger un texte à soumettre au maire pour qu'il envoie lui aussi une lettre à l'ONF. Dimanche, plus de 110 personnes se sont rassembler à Noisy pour faire un point sur les actions en cours, et une distribution de tract sur le parking, avant de parcourir une partie des parcelles visées pour faire un inventaire documenté. Pour certains, c'était la première fois qu'ils découvraient l'ampleur de ce chantier absurde. 
Source photographique : Avenir du Vaudoué


Ce matin, le Collectif nous annonçait que PE Guillain avait suspendu le chantier et que les bénévoles qui s'étaient mobilisés dès 8 heures sur le site pouvaient rentrer chez eux sans crainte...

Source photographique : Avenir du Vaudoué


Que faut-il penser de ce nouvel épisode pour la Sauvegarde des Trois Pignons ?


A la TL2B, une fois n'est pas coutume, on va se faire l'avocat du diable et apporter notre soutien à l'ONF et aux bûcherons ! Quitte à prendre une volée de bois vert de la part de nos lecteurs... Retarder une nouvelle fois ces coupes, c'est reculer pour mieux sauter !

En effet, rappelons que cette forêt n'a rien de naturelle. Il y a 100 ans, les deux-tiers des 3 Pis n'étaient que des déserts couverts de bouleaux et pins épars et landes et de chaos rocheux couverts de callune. Dans certains secteurs, la mousse tapissait le sol sous le couvert de ces quelques arbres. Les cartes postales de l'époque en témoignent. Vous montiez sur un des pignons et vous aviez une vue imprenable sur les sables et les chaos rocheux ! Rien à voir avec le tapis vert d’aujourd’hui provoqué par un enrésinement massif de notre forêt qu'il était de bon ton de critiquer dès 1830 et jusqu'en 1990 ! Rappelons aussi que les 2/3 des Trois Pignons, à la sortie de la seconde guerre mondiale, il y a 75 ans avaient entièrement brûlés. Entièrement rasés ! Et ceux d'entre nous qui venaient grimper ici dans les années 60-70 peuvent vous dire combien les rochers séchaient  vite parce qu'il n'y avait pas un arbre ! Les temps changent et on s’habitue à la nouvelle physionomie des paysages. Ici et là, l'ONF est intervenu pour dégager quelques points de vue que la végétation avait gâché... Mais depuis quelques années, il est de bon ton de s'opposer à toutes les coupes demandées par l'Office.  

Grands Sablons ou Bois Rond ? En tous cas, difficile de voir ce type de paysage aujourd'hui en dehors de la zone
incendiée il y a quelques années au Rocher Cailleau / JA Martin par exemple


Comment en est-on arrivé là ?


Entre 1952 et 1956, de nombreux groupes ont tenté de s'opposer au projet d'autoroute en proposant un tracé qui évitait les Trois Pignons pour traverser l'immense plateau de la Beauce. Sans succès, hélas. Les Trois Pis sont alors un ensemble de propriétés privées que se partagent quelques 2 000 personnes. Cette nouvelle proximité de l'autoroute augmente considérablement la valeur immobilière des terrains et attise bien des convoitises. Commence alors le mitage progressif des lisières de la forêt notamment autour de Noisy-sur-Ecole et du Vaudoué ! Plusieurs associations se réunissent pour créer, en 1962, un Comité de liaison (le Cosiroc) ; il était alors indispensable de rassembler toutes les énergies afin d'aboutir à la reconnaissance d'utilité publique de ce domaine exceptionnel où, à côté d'activités militaires et scientifiques, une intense activité de loisir sportif s'était développée. 

Dans son guide, dès 1935, Loiseau nous apprend quel devait être l'avenir des Trois Pignons : un champs de manœuvres ! " A la libération, les américains transformèrent le massif en parc à munition et matériel, installant des écoles de tirs à Franchard et ailleurs, funestes obligations de la guerre ! Mais le coup le plus dur porté à l'idée même de la constitution d'un Parc National le fut par l'Etat. L'armée française exigeait la cession d'un terrain de 160 ha dépendant de la Forêt de Fontainebleau au sud d'Avon et de part et d'autre de la Route de Moret et appartenant en grande partie à la série artistique. A cette exigence, le Ministère de la Guerre, ajoutait la transformation des presque 4 000 ha des Trois Pignons en champ de manœuvres ! L'idée était d'y installer l'Ecole toutes armes de St Cyr. L'Armée possédait déjà l'ancienne propriété Vollard."

En effet, en 1952, les 747 ha de la propriété Vollard sont achetés par l’Etat qui y créé le terrain militaire du Bois Rond ! Une convention est tout de même signée avec l’Administration des Eaux et Forêts pour ouvrir le domaine au public les jours où il n’y a pas de manœuvres… Une situation totalement intolérable pour les usagers et riverains au premier desquels se trouvent randonneurs et grimpeurs.

Peu après la construction du monument... un paysage impossible à photographier aujourd'hui


A grand renfort de pétitions, signées par près de 500 000 personnes, l'Etat renonce à faire des Trois Pignons, un vaste terrain militaire pour les Saint-Cyriens mais le conservera pour y faire de nombreuses manœuvres. Quelques années plus tard, l’Etat s’empare du Coquibus mais cette fois, c'est bien pour sa préservation. En juillet 1964, Paul Delouvrier constitue un groupe de travail sur les Espaces Verts et les Sites Touristiques qui sera présidé par Henri de Ségogne et qui comptera parmi ses membres un autre alpiniste célèbre : Lucien Devies. Ils proposent l’acquisition par l’Etat de la totalité du massif des Trois Pignons. Une mesure également inscrite dans le plan d'aménagement du district de Paris qui prévoit de rendre à l'ONF la gestion des Trois Pignons, terrains militaires inclus.

Pour exproprier les 2 000 propriétaires des Trois Pis, l'Etat doit recourir à une enquête d'utilité publique qui est lancée durant l’année 1966. Elle va bien entendu engendrer de très nombreux débats… La commission d’enquête rendra son rapport le 12 février 1966 assorti de plusieurs recommandations dont la plus importante est la suivante : « la commission croit devoir recommander instamment l’éviction des militaires le plus rapidement possible. » Suivant l’avis du rapport, le Ministre de l’Agriculture, Edgar Faure signe la DUP le 22 septembre 1967 pour permettre l’acquisition de 2 400 ha dans les cinq ans qui suivent. Les oppositions sont nombreuses, notamment chez les propriétaires (un vieux réflexe français) et, en mars 1968, Minute publie un brulôt sous le titre « Trois Pignons et 1 500 pigeons » qualifiant l'opération de préalable à la création d’un vaste « Luna Park » !

Au fil de l'eau, les plus grandes propriétés privées sont acquises par l'Etat mais il reste l'épineux problème des terrains militaires dont celui du Bois Rond qui ne peut être totalement ouvert au public contrairement à ce que prévoit la Déclaration d'Utilité Publique (DUP). Le Ministère de l'Agriculture tente de trouver un terrain à échanger et dévoile en 1972 une possibilité à Nanteau ce qui ne manque pas de provoquer dans ce tranquille coin de Seine-et-Marne une nouvelle levée de boucliers...

Pendant ce temps, deux gros propriétaires, messieurs Michelin et Veyret, ont posé une requête d'annulation de la DUP pour "excès de pouvoir". En 1969, le tribunal la déclare irrecevable mais Monsieur Michelin, loin de se décourager, porte l'affaire devant le Conseil d'Etat qui se prononce le 6 juillet 1973. La conclusion de la Haute Assemblée est la suivante : "...considérant que, tant en raison de son importance que de sa place dans le massif des Trois Pignons, l'exclusion du Domaine du Bois Rond de l'ensemble des terrains destinés à être ouverts au public ôte à l'opération son caractère d'utilité publique (...) annule l'Arrêté du Ministre de l'Agriculture du 22 septembre 1967 déclarant d'utilité publique l'acquisition par l'Etat du Massif des Trois Pignons".

Les bouleaux, espèce pionnière, grignotent petit à petit la pelouse protégée de Chanfroy
Nous voilà donc revenu à la case départ sauf que 1 310 ha ont déjà été acquis, disséminés au travers du site. Les acquisitions ne peuvent plus se poursuivre qu'à l'amiable sans aucune garantie d'aboutir. Le ton monte entre le Ministère de l'Agriculture alors tenu par Jacques Chirac et celui des Armées de Robert Galley, propriétaire du terrain militaire. Monsieur Chirac écrit à son collègue : (...) " Je suis amené à vous demander de bien vouloir consigner un nouvel arrêté déclarant d'utilité publique l'acquisition par l'Etat du Massif des Trois Pignons (...) et de retenir favorablement le principe de changement d'affectation du Domaine du Bois Rond". Cette affaire d'Etat nécessitera un arbitrage du Premier Ministre qui fait signer au deux protagonistes le nouvel arrêté le 10 mai 1974, préalable à la reprise des achats. Les propriétaires cèdent progressivement mais en 1979, les deux ministères n'ont toujours pas réussi à trouver une solution d'échange de terrains. L'arrêté est donc reconduit jusqu'en 1984. En 1979, un protocole est quand même signé entre les militaires et les forestiers qui prévoie des restrictions aux manœuvres des premiers "ne faisant appel ni à des engins chenillés, ni à des tirs de munitions réelles"... Enfin ! De plus, "l'espace en question sera ouvert au public et l'entrée sera gratuite..." Le terrain sera tout de même fermé une vingtaine de jours par an. Cette même année, l'une des dernières grandes propriétés, celle des Cordier (140 ha) est acquise. 

Au fil des ans, notamment sous la pression des AFF et du COSIROC, l'ONF obtiendra d'avantage de restrictions d'usages des terrains militaires sur son domaine. Les champs de tirs seront fermés et les terrains des Trois Pignons verront leur surface se réduire progressivement. On trouve toujours de nombreux déchets militaires (balles à blancs, grenades à plâtre, boîtes de ration...) ainsi que des trous de combats dans les pentes du 95,2 ou aux abords de la Canche aux Merciers mais, pour l'essentiel, le massif est désormais préservé. D'autant plus que dès 1979, les allées forestières sont fermées à la circulation automobile.

Pendant toutes ces années, il n'y eut que très peu de coupes dans les Trois Pignons. Progressivement, suite à la fermeture des routes forestières à la circulation automobile, la nature a pensé ses plaies. D'abord timidement en couvrant les sables de plantes colonisatrices comme la callune et le bouleau, puis massivement avec les pins. En moins de 50 ans, les 2/3 des déserts ont été recouverts. 

Sans intervention de l'ONF sur les platières du Larris qui Parle, de la Touche aux Mulets ou du Coquibus, il n'y aurait plus ici que des pinèdes... Petit à petit, la mer de sable du Cul de chien rétrécit encerclée de bouleaux et de pins. Idem pour la cuvette de la Vallée Close ou la réserve biologique de Chanfroy et la Plaine des Fusillés. Bref, à trop vouloir empêcher les forestiers de faire leur travail qui s'inscrit sur des générations pour préserver le confort de son petit paysage, la forêt recouvre les paysages rocheux des Trois Pignons. C'est peut être une bonne chose que cette évolution presque naturelle mais en est-on certain ? Des dizaines d'espèces végétales et animales ont déjà disparus de ce secteur. C'est le cas de celles qui ont besoin de milieux ouverts et sableux.  Citons l'emblématique Engoulevent d'Europe, les pouillots, les bouvreuils, la mésange boréale, l'alouette Lulu mais aussi la bostryche lunaire, la spiranthe d'automne, de nombreuses orchidées, la sabline à grandes fleures, des dizaines de papillons, criquets...

Les rares anémones pulsatilles sont encore visibles dans certains secteurs des Trois Pignons
Mais pour combien d'années encore ?


A la TL²B on s'est d'abord étonné des réactions presque épidermiques à l'annonce de ce chantier qui pourtant n'est pas très différent de celui conduit à quelques centaines de mètres de là en février 2018 et dont, aujourd'hui, il ne reste plus beaucoup de traces y compris dans les mémoires et notre appréciation du paysage. En dehors de quelques ornières et tas de branches, rien ne choque quand on visite les parcelles de la Roche aux Sabots, du parking de Noisy de la Roche aux Oiseaux et du Mont Pivot... Sans doute est-ce un problème de communication de la part de l'ONF ou les conséquences des coupes rases conduites dans la domaniale pour dégager les chaos rocheux. et puis, il y a les municipales... Bon en attendant la suite, on espère que certains reviendront à la raison pour éviter une mise sous cloche de cet espace de loisirs car vraiment, on ne souhaite pas que cette forêt deviennent un sanctuaire. Un sanctuaire, en forêt, c'est une Réserve Biologique et dans bien des cas cela se traduit par une exclusion des activités sportives. Fini le trail des 25 bosses. Terminé l'escalade au cœur des chaos rocheux... Il n'y a qu'à faire un toujours sur la Plaine de Chanfroy et de regarder l'espace des mares coincé par le grillage pour voir les bouleaux envahir ce qui était autrefois un des espaces les plus riches des Trois Pignons en terme de biodiversité...

Heureusement, nos amis de l'Avenir du Vaudoué nous écrivent pour nous rappeler qu'ils ne sont pas opposés à cette coupe mais aux méthodes employées pour les réaliser et notamment le maillage de débardage tous les 24 mètres... C'est certain, on peut sans aucun doute élargir à 50 m et plus...
2018, A quelques mètres du parking de Noisy sur Ecole...

Ces ornières de 2018 ont presque disparu... Roche aux Oiseaux

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