Les Titres

mardi 16 avril 2002

[ARCHIVES]Interdiction des sites naturels d'escalade Responsabilité et principe de précaution

Depuis plusieurs années, et malgré la modification en 2000 du Code Pénal (article 121-3) dans le sens de la présomption d'innocence, beaucoup de maires, d'administrations et de préfets pensent se prémunir contre des accusations de blessures ou homicides par imprudence en prenant des arrêtés d'interdiction sur des sites présumés « à risques ».

En réalité, quand on regarde le Code général des collectivités territoriales (édition Dalloz, 1999) on voit que ce qui est reproché aux maires (en général aux autorités de police) en matière de sécurité n'est pas de n'avoir pas interdit mais de n'avoir pas informé du danger.

D'autres interdictions (par des maires et les Préfets) prennent prétexte de la défense de la nature pour interdire l'escalade, pour finalement masquer la peur de l'accident.
Ces affaires qui relèvent du Droit et, à défaut de solution amiable, font l'objet de recours aux tribunaux administratifs, que la FFME réalisent en commun avec la FCAF (même avocat). Chaque recours coûte environ 3000 euros et le délais d'intervention pour la contestation est très court !

Même en matière de sport de nature nous retrouvons la fameuse notion de principe de précaution pour justifier certaines interdictions soient disant liés à la protection de l'environnement.

Ce principe est pourtant défini de manière prudente et assez restrictive dans l'article L110-1 du Code de l'Environnement :
[...] le principe de précaution, selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable.

Nous regrettons aussi certaines imprécisions plus ou moins volontaires de défenseurs de l'environnement pour arriver à leurs fins, l'interdiction d'une pratique et notamment, lorsque l'on évoque l'avifaune la confusion entre la distance d'exclusion (importante pour rapaces d'une même espèce, concurrence alimentaire entre couples de faucons pèlerins) avec la distance de dérangement par les randonneurs ou escaladeurs, nettement plus faible en général.

La protection d'intérêts privés...


Un arrêté municipal du 30 août 2002 interdisait l'escalade dans tout la « réserve de chasse » de la commune de Gourdon (05). Contrairement au site de Rougon,  les falaises de Gourdon sont des sites sportifs très fréquentés et équipés « moderne » . Le prétexte de l'AM repose sur le classement Natura 2000 du site : « que l'ensemble formé par les différents lieux précités, classés parmi les sites inscrits [à l'inventaire des sites], constitue un patrimoine remarquable qui abrite des espèces végétales et animales sensibles dont la préservation relève de l'intérêt général, notamment inclus dans les propositions de sites d'intérêt communautaire de Natura 2000. »

La formule est dithyrambique, mais les arguments bien vides. Il n'y avait aucune précision sur les espèces concernées, la réglementation Natura 2000 spécifiait aussi que les activités antérieures au classement seraient maintenues comme la chasse...

En fait, il semble (selon les informations venues du CD FFME) que le Maire ait pris cet arrêté suite à la plainte d'un propriétaire dont la propriété est traversée par les grimpeurs allant au site de La Réserve, dont l'accès est mal codifié dans le topo.

Des négociations ont permis d'éviter un recours. D'ailleurs, en matière de sauvegarde de l'environnement ce n'est pas aux maires d'agirent mais aux préfets !

lundi 8 avril 2002

L'escalade interdite dans les Météores, c'est quoi cette histoire

Affaire des Météores (Grèce)


En 2001, divers grimpeurs se sont inquiétés de menaces d'interdiction de l'escalade aux Météores (Grèce) et ont réclamé l'intervention des fédérations.
Les questions ont été posées à l'Access and Conservation Commission de l'UIAA (dont malheureusement le fédération grecque ne fait pas partie). Toutefois, sachant qu'il y avait eu un grave incident avec des grimpeurs allemands, un représentant du DAV (Deutscher AlpenVerein) est allé enquêter sur place.


Analyse des faits

Le représentant du DAV a eu confirmation par la fédération grecque que la plainte vient du monastère orthodoxe (il y a plusieurs monastères au sommet des rochers des Météores) contre des grimpeurs allemands qui grimpaient très déshabillés (slip de bain dont une fille en topless) sur des voies d'escalade aboutissant à l'un des monastères.

Or les exigences vestimentaires des monastères orthodoxes sont très conservatrices : pas de pantalon pour les dames, pas de short ni de bras nus pour personne, etc. On a connu ça jadis en France dans les sites catholiques, on le voit encore dans les mosquées et les pays islamiques.

Les pèlerins et visiteurs, étant très choqués par la quasi-nudité des grimpeurs, risquent d'en déserter la visite qui, pour le commerce local, représente bien plus que les grimpeurs qui font leurs courses chez eux ou dans les villes voisines. Donc... on a choisi.

Les trois allemands (dont une femme) ont été sermonnés par le DAV. Toutefois l'interdiction ne reste qu'une menace. On conseille aux grimpeurs souhaitant grimper déshabillés d'aller grimper hors de la vue des monastères. Les trois fauteurs de trouble semblent bien avoir fait de la provocation.

Il faut aussi savoir que, si la Grèce est un pays officiellement laïc, l'Église orthodoxe grecque représente 98% de la population, ce qui entraîne une concurrence de pouvoir entre l'Église orthodoxe et le gouvernement laïc. En outre, comme presque toutes les Églises orthodoxes actuelles, elle est assez « nerveuse » envers la culture religieuse d'Europe occidentale, catholiques, protestants et libres penseurs inclus.

Pour les raisons politiques exposées ci-dessus, la fédération grecque ne fera rien de public, tout au plus des interventions discrètes pour calmer le jeu.


Recommandations de bonne conduite par la FFME

Nous rappelons donc un principe que tout touriste ou visiteur dans une région de culture différente doit se conduire comme un invité et non comme un conquérant ou un colonisateur qui se croirait « supérieur ». Il doit donc se plier aux mœurs et usages locaux, qu'ils lui plaisent ou non. Si ces mœurs (notamment vestimentaires ou alimentaires) lui déplaisent, le touriste (y compris sportif comme les grimpeurs) n'a qu'à « voter avec ses pieds » et aller dépenser son argent ailleurs. Le boycott économique est bien plus efficace pour faire évoluer que la provocation isolée.

Ceci dit, il est regrettable une fois de plus que lorsque des grimpeurs se conduisent mal ou de façon choquante pour les autochtones, on se venge sur l'ensemble de la communauté des grimpeurs, au lieu de réprimer de manière ciblée le délit. On a vu la même chose en France où on interdisait l'escalade à cause du stationnement gênant des grimpeurs, au lieu de mettre des PV aux voitures mal stationnées.
 
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