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jeudi 15 avril 2021

Que penser du projet d'usine de méthanisation à Larchant ?


Des habitants de Larchant, charmant petit village gaulois du sud du Pays de Fontainebleau, s'opposent à un projet de construction d'une unité de méthanisation agricole  à moins d’un kilomètre des habitations du village… Que faut-il penser de ce projet et de la méthanisation en générale ? D'un côté il y a les sirènes de la transition écologique et du développement durable qui vous chantent les louanges de cette technique qui produit du gaz naturel tout en assurant le recyclage de déchets et d'importants revenus aux agriculteurs. Mais, sur le revers de la médaille, cette technique en plein boom cache de vrais problèmes économiques et écologiques à moyen terme qui vont bien au-delà des simples nuisances aux riverains. Petit tour d'horizon sur la question avant de s'engager auprès du CDASL (comité de défense, d’action et de sauvegarde de Larchant) !

Le CDASL s’est engagé à défendre les intérêts des habitants de Larchant (77) face au projet d’implantation d’une usine de méthanisation. Un projet de petite surface (une cinquantaine de mètres carrés) déposé assez discrètement en Mairie par un groupe d'agriculteurs, et qui n’a donc fait l’objet d’aucune information préalable des habitants.

La méthanisation des déchets est un procédé simple qui peut s'appliquer à toutes sortes de matières organiques et dont la fermentation naturelle produit du gaz et de la chaleur. Papier et cartons, déchets de cuisine et restes de repas, déchets agricoles, fumiers et lisiers d'animaux domestiques, boues de stations d'épuration, tout y passe. Génial, non ? On va enfin recycler et valoriser nos déchets en les faisant disparaitre. Disparaître ? Peut être pas tout à fait car comme le dit si bien Lavoisier, rien ne se perd,... tout se transforme...

En effet, la méthanisation produit elle aussi des déchets, hélas polluants et qui plus est, le méthane est un gaz dangereux !

Côté installation, la première chose qui saute aux yeux c'est le stockage des matières à injecter dans le méthaniseur. À droite, une montagne de fumier, à gauche un tas de déchets végétaux, ici des graisses issues de l’agroalimentaire, etc. Étonnamment, ces tas de déchets ne dégagent pas d’odeurs franchement gênantes. Tout du moins pour ceux qui vivent depuis longtemps à côté d'une ferme. Vient ensuite le dôme avec son couvercle de marmite géante. C'est dans ce "digesteur" que ce produit la réaction produisant gaz, chaleur mais aussi déchets appelés le digestat. Un vrai chaudron magique. Là encore, peu ou pas d'odeur, le méthane est naturellement inodore (explications ici) ! En revanche, ce gaz est hautement explosif et peut causer l'asphyxie...

Le digestat, résidus de la fermentation sera valorisé et épandu dans les champs comme engrais. Une bonne idée en théorie. En théorie seulement... Car ce qui produit chaleur et méthane par fermentation, c'est le bain de bactéries à l'intérieur du digesteur. Cela inclut les bactéries, spores, parasites mais aussi les résidus médicamenteux administrés aux animaux d'élevage par exemple.

Dans un travail de synthèse bibliographique, l’Irstea montre qu’une méthanisation à 40 °C maximum réduit moins le nombre de pathogènes qu’une méthanisation à 50 °C ou un compostage qui peut grimper à 70 °C. Et les systèmes les plus utilisés s’arrêtent aux 40 °C. À titre de comparaison, la teneur en pathogènes d’un digestat, via une méthanisation à 40 °C, est comparable à celle contenue dans un lisier épandu sur les champs. Du coup, on va retrouver dans le sol de nos champs plein de petites "bêtes" que l'on n'a pas vraiment envie de connaître. Pire, suivant la nature du sol, ces pathogènes filent tout droit dans la nappe phréatique. On comprends donc les réticences de nos gaulois !

Autre problème, ... les gaz ! Si la méthanisation est réputée vertueuse pour sa faible émission de gaz à effet de serre, certains physiciens s'alarment car le digestat contient de l’ammoniac qui se disperse très facilement dans l’air. A son contact, il s’oxyde pour former du protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2. » À cela s’ajoute, l’apparition de l’oxyde d’azote, un polluant pris en compte dans les mesures actuelles de la pollution de l’air. Mais aussi, le développement de particules fines. Et puis, il y a les risques liés aux fuites de l'installation que ce soit au niveau du digesteur ou des canalisations. L’enjeu est de taille car le méthane a un potentiel de réchauffement climatique 28 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2). Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) estime que le taux de fuite potentiel se situe entre 0 et 10 %. Une belle marge d'erreur et selon certains collectifs d'opposants, il y aurait déjà une quinzaine d'incidents chaque année en France. C'est beaucoup pour moins de 700 installations mais la faiblesse des données disponibles rend cette évaluation délicate.

Enfin, il y a le risque d'explosion. Bah, oui, un méthaniseur, c'est une bombe en puissance. De fait, l’implantation d’un méthaniseur relève du régime des ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement). Mais selon la réglementation (assouplie en juin 2018) si le méthaniseur consomme moins de 100 tonnes de matières par jour, un simple enregistrement auprès de la préfecture suffit. Au-delà, il faut réaliser une enquête publique d’un mois pour recueillir les avis. Dans la mesure où un gros méthaniseur de 610 kW consomme environ 30 tonnes par jour, peu de projets font donc l'objet d'une telle procédure... Et c'est bien le cas à Larchant. 




Le CDASL a tout de même fait appel aux services d’une avocate spécialisée en droit administratif, Maître Héloïse AUBRET, pour déposer un recours auprès du Préfet de Seine-et-Marne afin qu’il revienne sur sa décision d’accorder le permis de construire, puis dans un deuxième temps si le Préfet maintenait sa décision, d’attaquer ce permis devant le Tribunal Administratif. Le 12 mars, ils étaient une trentaine à manifester devant la Préfecture à Melun.

Il faut dire que dans le département, les projets fleurissent. Si l'unité de Larchant nous semble très petite, celle de Moret, actuellement en construction, a de quoi inquiéter ! Elle devrait engloutir 25 000 tonnes de matière organique par ans et produirait 15 % de la consommation de gaz naturel des habitants de l'agglomération soit la consommation de 4 000 personnes. Il y a là matière à spéculation foncière, nuisances liées au transport, risques de pollution mais aussi un risque paysager et sociétal.

En effet, la transformation progressive des agriculteurs en méthaniers n'est pas sans risque pour le paysage agricole. La petite centaine d’éleveurs bretons qui se sont lancés dans la méthanisation l'on fait pour survivre. Entre un prix du lait non garanti qui, depuis un moment, est passé en dessous du prix de revient et un prix du gaz stable et garanti, il n’y a pas photo. Il y a donc un risque a ce que de nombreux agriculteurs laissent tomber la production de lait ou de porcs pour ne faire que du méthane... Pire, il va bien falloir les alimenter ces usines. Et là, figurez-vous que certains se sont mis à cultiver avec engrais et pesticides dans le simple but de compléter les matières organiques à décomposer. On marche sur la tête !

Pierre Aurousseau agronome à la retraite et membre du Collectif scientifique national pour une méthanisation raisonnée (CSNM) estime que si l'on continue sur cette voie, de nombreuses terres seront consacrées à la production de cultures directement destinées au digesteur. « Avec le CSNM, nous avons fait le calcul à partir des projections de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Si les objectifs gouvernementaux sont atteints, l’équivalent de trois départements seront consacrés à 100 % aux cultures intermédiaires (avoine, orge, etc.) pour alimenter les méthaniseurs. Et lorsque nous n’aurons plus assez de place pour les élevages, nous importerons des effluents à l’étranger. C’est ce qu’a fait l’Allemagne en achetant des effluents en Pologne. » Pierre Aurousseau cite à l’appui de ses propos un documentaire d’Arte diffusé en 2013.

Bref, il y a méthaniseur et méthaniseur... Si nous comprenons bien l'intérêt pour les agriculteurs de se procurer par ce biais un vrai revenu, nous pensons qu'il vaut mieux que cela reste à l'état de petites structures plutôt que de grosses usines type "1000 vaches"

En attendant, si vous souhaitez vous opposer à la structure de Larchant, la pétition est ici :

PETITION

Vous devriez aussi consulter le dossier sur le sujet sur le site de Reporterre










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