Chantier

Sur les chemins

Escalade

Matos

2015-12-13

Hier nous avons consacré notre premier volet sur le dossier du Nouveau Plan d'aménagement forestier de Fontainebleau et des Trois Pignons à sa première caractéristique : la Sylviculture. 
Mais ce document qui fixe les règles de gestion de la forêt domaniale pour les 20 prochaines années comprend aussi un volet consacré à l'accueil du public. En effet, le massif de Fontainebleau, situé aux portes de la Capitale a une fonction sociale sur-développée par rapport à sa fonction économique. 
En clair, c'est d'avantage une forêt de récréation péri-urbaine qu'une forêt de production sylvicole. L'ONF y dépense plus d'un million d'euros en travaux divers et retrait des détritus ! Du coup, avec ses 17 000 000 de visites annuelles, c'est aussi un espace naturel très menacé et une source de conflits entre usagers mais aussi avec les défenseurs de la nature.

Après la présentation du volet sylvicole, Sylvain Ducroux a amorcé la présentation du volet accueil du public en rappelant que cette forêt doit rester accessible librement et gratuitement, doit permettre le partage des espaces en privilégiant les activités les moins traumatisantes pour l'environnement et les plus naturellement intégrées à la forêt, le tout en conciliant les impératifs de sauvegarde de l'environnement, de sécurité des usagers et de gestion sylvicole.

A la demande des associations de défense de l'environnement dont l'ANVL, nos forestiers se sont fixés plusieurs objectifs dont celui d'agrandir les zones de quiétudes pour la faune et la flore. Mais on se demande bien avec quels moyens ? D'ailleurs Sylvain Ducroux n'a pas caché les limites de l'exercice quand on a aucune certitude sur le financement des mesures sur 20 ans. Le plan d'aménagement sera donc une feuille de route pour l'ONF définissant quelques grands principes mais détaillant assez peu les mesures à prendre, celles-ci étant soumises à une recherche de financement et à divers réglementations extérieurs. Toutefois, trois objectif ont été un peu détaillés.


Moins d'équipement et moins de sentiers balisés.


La première mesure concerne la limitation du balisage. Il n'y aura sans doute pas d'autorisation de création de nouveau sentier et probablement quelques suppressions. Cette mesure concerne donc directement les randonneurs et promeneurs mais aussi sans doute les circuits d'escalade, bien qu'à aucun moment l'escalade n'est été citée (contrairement à ce pourrait laisser croire l'article de Pascal Villebeuf du Parisien qui évoque en parallèle le problème de la magnésie sur lequel nous reviendrons en janvier). Ainsi, il a été rappelé la nécessité, outre les RBI (Réserves biologiques intégrales) de préserver au maximum de tout aménagement conduisant à une augmentation de la fréquentation des secteurs comme le nord des Trois Pignons ou le Coquibus.

Les randonneurs auront  tout de même eut en 2015 leur 20e circuit bleu (Recloses) et les cavaliers, la nouvelle boucle du PNRGF. Reste donc l'épineux problème des vététistes qui, finalement, a soulevé bien peu de commentaires lors de cette présentation.
D'un côté on leur interdit l'usage des sentiers piétons et notamment les célèbres sentiers bleus, de l'autre on leur fait miroiter de possibles nouveaux sentiers... 

Il y a là deux contradictions. La première vient du fait que l'ONF a rappelé dans sa présentation qu' "une activité ne doit pas conduire à un usage privatif et exclure les autres même s'il peut y avoir des espaces ou itinéraires dédiés" ors, ici presque 100% des itinéraires sont "exclusifs" ! La seconde tient au fait que l'ONF s'est engagé vis à vis des vététistes mettre en place un ou plusieurs sentiers de test. Mieux, l'ONF fait les yeux doux aux organisateurs du projet de Roc Bleau, un énorme rassemblement très contesté par les autres usagers, pour obtenir des financements substantiels.


Ré-étudier l'emplacement des parkings


Deuxième idée, refouler les aires de stationnement aux abords des réseaux routiers secondaires tout en préservant sécurité et accessibilité. A ce stade, même les forestiers s'interrogent sur sa pertinence. Et on les comprend ! 

D'après l'ONF, un parking en bord de route fréquentée devient inévitablement "une annexe du réseau routier", comprenez une aire de repos pour routiers et automobilistes fatigués, un lieu de rendez-vous coquin et ou une décharge potentiel, bref, un carrefour de l'Epine bis (parking du Bas Cuvier). C'est une des raisons invoquées par l'ONF pour refuser le déplacement du parking d'Isatis Cuisinière en bordure de la départementale...


Redonner de la profondeur à certaines parcelles


Troisième et dernier objectif du plan, redonner de la profondeur aux paysages forestiers. On a  évoqué le sujet hier avec les coupes mais il y a aussi l'idée d'abandonner une trentaine de kilomètres de chemins et allées forestières. Rassurez-vous, la forêt en compte plus de 1500 km. En effet, du fait de la constitution de nombreux carrefours en étoile nécessaires aux chasses à courre royale, certaines parcelles rectangulaires ou triangulaires offrent très peu de profondeur. On peut facilement y voir au travers et observer d'autres promeneurs sur un chemin parallèle. L'idée est séduisante mais aussi notablement insuffisante selon l'avis Jean Philippe Siblet, président de l'ANVL qui voudrait plus de grands espaces vierges et peu fréquentés, ou inutile et préjudiciable notamment aux vététistes selon d'autres avis.

En outre, avec cette mesure, l'ONF devrait économiser un peu sur son deuxième poste de dépenses : l'entretien des routes et chemins forestiers (environ 250 000 €/an), le premier étant celui consacré au retrait des déchets en très forte croissance. Les déchets d'ailleurs devraient aussi grâce à l'abandon de certaines allées, trouver moins de lieu de dépose (on peut rêver) !


De nombreux chemins et routes forestières n'ont pas forcément une grande utilité.
Voici par exemple quelques routes de notre choix (Carte IGN)


Bref, ces trois mesures laissent quelques questions en suspend et notamment celle des moyens accordés à l'ONF pour conduire sa mission d'accueil du public ! Pour conduire les travaux de restauration des sentiers, d'aménagement des parking, de lutte contre l'érosion... l'office se tourne systématiquement vers des partenaires financiers extérieurs dont le réseau européen Natura 2000, la Région, l'Agence des Espaces Verts... D'ici là, peut être que l'UNESCO en prendra aussi une partie à sa charge...

Mais surtout, en off, l'aménagiste croit que la solution passe aussi par une intensification des opérations des bénévoles sur des modèles associatifs anglo-saxons ou américains tel que l'access fund. Actuellement, la lutte contre l'érosion, la lutte contre les invasives, et même la lutte contre les déchets ou le balisage avancent grâce aux efforts des bénévoles associatifs et individuels. Demain, il faudrait qu'ils soient plus nombreux et surtout plus structurés...


carte de la forêt de fontainebleau IGNF
Mardi soir nous étions invités, aux côtés des élus et des associations d'usagers de la forêt domaniale de Fontainebleau et des Trois Pignons, à la présentation en avant première du futur Plan d'aménagement forestier pour la période 2016-2036 ! Ce document de gestion qui fixe les orientations du gestionnaire, c'est à dire l'ONF, est à Fontainebleau la source de nombreuses polémiques à travers les siècles derniers. Qu'en sera-t-il pour ce dernier qui annonce quelques révolutions sylvicoles intéressantes ?

Mais c'est quoi un Plan d'aménagement forestier ?

Les Plans d'Aménagement forestier sont donc les règles de gestion des espaces forestiers qui font suite aux anciens Actes de réformation royaux. Dans le Code forestier, l'article 1er dispose que « la politique forestière a pour objet d'assurer la gestion durable des forêts » et que celle-ci « garantit leur diversité biologique, leur productivité, leur capacité de régénération, leur vitalité et leur capacité à satisfaire, actuellement et pour l'avenir, les fonctions économique, écologique et sociale pertinentes (...), sans causer de préjudices à d'autres écosystèmes ».
Le Code forestier donne aussi force de loi aux aménagements (Art. L 6) pour tous les espaces boisés qui relèvent du régime forestier.
Sylvain Ducroux
Sylvain Ducroux expose
son aménagement

Dans la préparation des aménagements forestiers, il doit être tenu compte, entre autres textes de référence, du Code de l'environnement, des schémas de cohérence territoriale, du plan local d'urbanisme ou des chartes forestières de territoire. Voilà donc 2 ans que Sylvain Ducroux assisté de ces collègues de l'ONF collectent des données (plus de 6000 arbres échantillons), analysent l'état sanitaire des parcelles, des sols... bref compulsent des données sur la base du logiciel Canopée et des infos de IGNF (Pour en savoir plus, relisez cet article basé sur les textes publié par l'ONF).


Celui qui nous a été présenté pour Fontainebleau annonce quelques changements importants pour les 20 prochaines annéesà commencer par la surface couverte. En effet, c'est le premier plan qui traite à la fois des Trois Pignons et la domaniale de Fontainebleau. Pour les bois de la Commanderie et Nemours, il faudra encore patienter, la procédure d'acquisition n'étant pas terminée. Au total donc, ce plan couvre plus de 20 000 ha d'une des forêts les plus emblématiques de France.

Autre petite révolution, l'aménagement a cette fois fait l'objet d'une très large concertation avec certaines associations comme l'AFF et l'ANVL et devrait donc être mieux accueillit. 

Bref, on s'attend à une présentation sans polémiques dans le salon d'honneur de la Mairie de Fontainebleau. 

La tâche incombait à l’aménagiste Sylvain Ducroux (ONF) qui, après avoir déroulé sa présentation pendant une bonne heure eut à défendre les choix des forestiers pendant encore une bonne heure en répondant aux questions de ce public averti et plutôt sage.
Sylvain Ducroux présente le nouveau Plan d'aménagement forestier pour Fontainebleau et les Trois Pignons
Sylvain Ducroux présente le nouveau Plan d'aménagement forestier pour Fontainebleau et les Trois Pignons






Le Nouveau Plan signe la quasi fin des fameuses "coupes rases"

Pourtant, dès l'annonce de la révision du Plan, les traditionnelles critiques (relire celles de la SSFFVSsur la gestion des coupes ont refait surface et notamment celles sur les fameuses "coupe-rases" auxquelles la TL²B dit NON.

Il convient de rappeler quelques notions de sylviculture et d'histoire pour bien comprendre les changements contenus dans ce plan. 


Pour commencer, rappelons que la forêt de Fontainebleau s'est construite aux bons vouloirs des rois à partir du XIXE siècle. En effet, c'est en constituant cet immense domaine de chasse que nos rois ont fait façonner nos paysages actuels qui, au fil des siècles ont considérablement évolué. Nous vous invitons à relire nos pages sur la sylviculture et sur l'évolution des paysages bellifontains. Rappelons juste ici que les paysages actuels de notre forêt sont le résultat ‎des plantations débutées à partir de 1830 notamment en ce qui concerne les pinèdes ! 

Ajoutons aussi que la forêt de Fontainebleau et des Trois Pignons est une mosaïque très complexe de milieux hétérogènes. Si les sols y sont majoritairement pauvres, ils présentent tout de même une très grande diversité ce qui implique qu'il ne peut exister ici une seule manière de gérer les peuplements forestiers.


Les coupes rases vont-elles vraiment disparaître.
Le changement, c'est maintenant !
Les coupes rases vont-elles vraiment disparaître.
























A quoi faut-il s'attendre avec ce nouveau plan ?


Première grande surprise, on note dans ce plan : plusieurs changements assez heureux de paradigme chez nos forestiers ! 

Tout d'abord, notez qu'à l'inverse des plans précédents, celui-ci a une forte tendance à dé-zoner la gestion sylvicole. Là où hier on résonnait en séries, parcelles et traitement collectif, on va penser plus globalement en cherchant à redonner de la profondeur aux espaces forestiers, quitte, ici ou là, à abandonner de vieilles allées forestières peu utiles.

Jeunes pousses devant un vieux peuplement Mont de Fays (Rocher Canon)
Jeunes pousses devant un vieux peuplement
Mont de Fays (Rocher Canon)
Ensuite, on arrive enfin à un vrai traitement en futaies irrégulières sur environ 8 500 ha (presque 40 %). Un vrai bonheur ! Une futaie irrégulière c'est un mélange d'arbre de plusieurs générations différentes et donc des hauteurs variables. Si nous sommes nombreux à trouver un intérêt à cette méthode, elle a tout de même une limite : elle entraîne indubitablement une banalisation du paysage. Il est clair qu'une belle parcelle de chênes arrivée à maturité est aussi très apprécié esthétiquement. C'est le cas d'environ 1100 ha de futaies régulières où des récoltes devraient intervenir rapidement. Seul problème, ces vieilles futaies héritages des deux derniers siècles sont plutôt concentrées et du coup, un traitement collectif de récolte dite "régénération en plein" serait sans aucun doute critiqué par les riverains. Du coup, même dans ces futaies, l'ONF va procéder par grignotage et sans respecter totalement le zonage des parcelles forestières.


Chênaie en régénération après coupe d'éclaircie (limite nord de la forêt) Un paysage en futaie régulière est également très apprécié
Chênaie en régénération après coupe d'éclaircie (limite nord de la forêt)
Un paysage en futaie régulière est également très apprécié


Troisième bonne nouvelle, le chêne reste une priorité mais sera traité en peuplement mixte notamment associé au bouleau dans sa jeunesse. Cette méthode a un double intérêt : les bouleaux ayant une croissance rapide et un feuillage léger, ils protègent efficacement les jeunes plans de chêne (gel, vent, déshydratation) tout en les tirant vers le haut...

Enfin, les futaies "ruinées" au sens du forestier, ne seront pas toutes rasées ! Ouf ! Une vraie bonne nouvelle pour la faune et la flore inféodée au vieux bois. Ces vieilles futaies seront préservées  sous forme de trames assurant une continuité de milieu. De toutes manières, ces vieux arbres ne sont pas vraiment exploitables et les parcelles difficiles à mettre en régénération. A cela s'ajoutent 2600 ha hors opération sylvicole (dont nos RBI) et 3497 ha où les récoltent de bois ne seront faites que de manière opportuniste ou pour prévenir de la banalisation des paysages notamment enrésinement. Ceci étant, le pin restera l'essence majoritaire dans une grande partie centrale de la forêt alors que le chêne sera exploité plutôt sur la périphérie. 

Quant à la rumeur d'introduction de nouvelles espèces d'arbres plus adaptées aux changements climatiques à venir, aucune expérimentation n'est envisagée dans les 20 prochaines années à Fontainebleau ?

Pinède en forêt de fontainebleau
Les pinèdes et peuplement mixtes où le pin est majoritaire
couvrent une grande partie de la zone centrale de notre forêt.
Le pin sera exploité sans doute plus qu'autrefois mais c'est une essence économiquement peu intéressante.
D'autres mesures plus anecdotiques sont aussi au programme comme l'abandon de certains chemins (30 km sur les 1500 km d'allées forestières)... Nous n'avons pas abordé l'âge d'exploitation des arbres mais un traitement en futaie irrégulière laisse présager un abaissement des seuils. 


Pour conclure, parlons des chiffres de la récolte et des zones d'ombre.


Dans le Document d’Objectifs de Natura 2000 (DOCOB, voir notre base), la production moyenne de la forêt de Fontainebleau était estimée à 3.70m3/ha par an. C’est assez faible nous dit-on mais normal vu la pauvreté et l’acidité des sols. Sur les 17 000 ha de la domaniale, 9 903 étaient classés en « série de gestion sylvicole patrimoniale ». C’est là que devaient se faire les coupes. Avec 3.7 m3/ha, les coupes devraient donc atteindre un volume de totale de 36 600 m3 ha annuel.

Mais que constate t’on ?

La moyenne annuelle depuis 1996 tournait autour des 68 000 m3 prélevés. Cette moyenne intègre bien entendu le pic  lié aux tempêtes de 1999. Pour les 20 prochaines années, l'ONF table plutôt sur 47 000 m3.

Il reste cependant quelques zones d'ombre.

La première concerne les clôtures de protection des parcelles en régénération. Nous avons évoqué à plusieurs reprises leur multiplication et les entraves qu'elles peuvent constituer. Les clôtures sont nécessaires d'après l'office pour protéger les jeunes plans de chênes jusqu'à ce qu'ils atteignent 3 mètres de haut. Sur certaines parcelles, les grillages sont en place depuis près de 40 ans ! Nous avons posé la question du suivi de celles-ci (nombre, surface encloses, durée... et attendons la réponse). Dans le cadre d'un traitement plus diffus et sous forme de futaies irrégulières, on s'interroge donc sur leur éventuelle multiplication et la taille des enclos à venir.


Parcelle en régénération = clôture pendant 20 à 40 ans !

Autre point noir : le financement de l'ONF dans les années à venir !

Entretenir une forêt comme celle de Fontainebleau et des Trois Pignons destinée en priorité à l'accueille du public coûte cher...très cher. Sa gestion est déficitaire et l'ONF dépense ici plus d'un million d'euros par an pour l'accueil du public.

Ce Jeudi 17 décembre 2015, le Conseil d’Administration de l’ONF va valider un Contrat d’Objectif et Performance (COP) État/ONF/FNCOFOR que certains forestiers contestent lourdement !

Depuis 23 jours, des personnels de l’ONF occupent en effet le site du campus ONF de Velaine-en-Haye (54) pour protester contre ce projet de l’État et de la direction générale de l’ONF, ainsi que la vente du seul centre de formation national.

On peut légitimement s'inquiéter des pérennités du financement de certaines mesures... 
Bref, d'un point de vue sylviculture, ce plan nous semble aller dans le bon sens en ne faisant pas du hêtre un bouc-émissaire à éradiquer, en intensifiant la pression sur le pin et en valorisant une sylviculture du chêne plus raisonnée.
Dans notre épisode, nous évoquerons la partie "accueil du public" c'est à dire la place accordée aux usagers et aux éventuelles contraintes imposées aux usagers loisirs.





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