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[MATOS] Comment brosser un bloc en respectant l'environnement ?

Mis en ligne par TL De Bleau on mardi 20 janvier 2015 | 08:58:00

Si les ouvreurs de blocs ont tendance à sous estimer leurs impacts sur l'environnement, c'est très souvent par méconnaissance de ceux-ci. Nous avons déjà beaucoup écrit dans nos portails sur l'érosion liée aux activités physiques et sportives de pleine nature que se soit à pied, à cheval ou en deux roues. Le processus d'érosion anthropique est d'ailleurs le même, seul quelques facteurs étant plus ou moins aggravant. En escalade, entre le décapage et le brossage d'une voie, il y a une différence. outre l'action érosive sur le site et les rochers, le nettoyage d'un nouveau secteur peut aussi avoir des conséquences sur la faune et la flore que le chasseur de prise peut méconnaître... Voici donc quelques conseils techniques mais surtout environnementaux.


Au commencement donc, il y a un petit chaos de rochers posés dans une pente plus ou moins sableuse et végétalisée. Seul quelques sentes faites par le passage répété de gros animaux permet de le traverser. Puis les découvreurs de cailloux (randonneurs, coureurs, Vététistes, grimpeurs...) arrivent et en explorent le potentiel, d'abord en suivant les cheminements les plus faciles (ceux créés par les animaux) ensuite en raccourcissant les trajets en créant de nouveaux sentiers. A Bleau, il ne faut que quelques passages pour créer une trace dans la callune. Très fragiles les branches de cette plante casse comme du verre. Une fois brisée la branche et son feuillage sèche en quelques jours et termine sa vie en mille morceaux laissant un sol vide de toute végétation. Le phénomène d'érosion est lancé ! 

Nous avons déjà décrit ce phénomène dans l'article "attention : Bleau s'écroule ! " mais nous n'avons pas évoqué l'impact directement lié au nettoyage des cailloux. Bleau, comme de la plupart des sites rocheux (y compris les falaises) abrite une faune et une flore spécifique, fragile et parfois protégée. Bien peu d'entre nous en ont conscience et connaissent les plantes à préserver. C'est donc aussi  par méconnaissance que l'on participe à leur destruction et ce d'autant plus que certaines plantes ne font que quelques centimètres ou semblent très banales. 

Prenons l'exemple de la callune et de la bruyère. Ces deux végétaux sont très souvent confondus par les visiteurs de Bleau malgré leurs différences (revoir l'article photos de Greg Clouzeau à ce sujet). Si la callune est très présente à Bleau, les bruyères le sont déjà un peu moins. Notez le pluriel ! En effet, il existe de nombreuses variétés de bruyère et certaines, peu communes sont protégées. Du coup, en piétinant allègrement les abords d'un nouveau site, on risque de détruire celles-ci sans même s'en apercevoir ! Pour le coup, en respectant les chemins, on évitera facilement le problème. 

Les choses se corsent avec les mousses, lichens, fougères et autres petites plantes méconnues. Les grimpeurs ouvreurs de nouvelles voies se contentent rarement d'un brossage minimaliste des blocs et des prises nécessaires à leur progression. En général, pour la recherche de celles-ci, le bloc est décapé sur toute sa surface et certains poussent le nettoyage jusqu'au sommet arrachant les formidables jardins sommitaux ! Pire, on a vu des grimpeurs utiliser des produits chimiques (anti-mousse, désherbant....) pour aller plus vite et obtenir un résultat plus durable ! Là, en plus de l'impact massif sur la flore et la faune, il y a un risque sanitaire évident pour les grimpeurs suivants qui, non informés de l'utilisation de produits hautement toxiques, peuvent être empoisonnés ! 

Voici un bloc dont le "nettoyage" a fait polémique ! Il est situé à Mondeville...

Le même bloc, après, pour quelques voies d'un intérêt discutable. (Photos JJN)

Il y a par exemple une petite fougère de rocaille (l'asplenium bilotti) qui n'est présente que sur quelques cailloux de la forêt de Fontainebleau et notamment dans le Coquibus ! On la trouve par exemple dans les fissures de la Roche Feuilletée... Sauriez-vous la distinguer ? 

Le Cosiroc a, dans les années 80 et 90, demandé à plusieurs reprises la diffusion d'une plaquette sur ces espèces et leur localisation mais les scientifiques et naturalistes ont préféré garder le secret de peur que certains collectionneurs viennent les cueillir pour enrichir leur herbier. Une hypothèse qui s'est d'ailleurs vérifier à plusieurs reprises avec les gravures rupestres préhistoriques !  Pour autant, avec l'arrivée d'Internet et la diffusion des documents officiels touchant à l'environnement, ce type d'information est de plus en plus accessibles (voir par exemple les listes rouges UICN).



Rien de tel qu'un exemple pour vous montrer l'importance de ces documents pour les profanes que nous sommes. Les illustrations ci-dessous sont extraites du DOCOB sur les Platières gréseuses de l'Essonne dont celle de Bellevue est située non loin des Grands Aveaux (ex-Beauvais). C'est sans aucun doute l'un des plus complet et précis que nous ayons eu à lire. Il concerne la zone Natura 2000 située non loin des rochers d'escalade que nous avions présentée ici. Plusieurs biotopes fragiles  y sont décrits avec précision.


Donc, avant d'aller prospecter un nouveau secteur mieux vaut se renseigner sur celui-ci. Après quelques recherches sur internet, vous trouverez certainement de la documentation sur ses richesses floristiques et faunistiques avec, si vous avez de la chance, un descriptif de celles-ci, voir une localisation précise. A la TL²Bleau nous vous proposons la lecture de nombreux documents accessibles depuis boîte àoutils. Notre page consacrée aux cartes de la forêt de Fontainebleau vous aidera aussi à localiser certaines espèces étant entendu qu'il ne s'agit que d'extraits d'un document de plus de 300 pages !   
Notez que si certaines plantes souffrent de nos activités (marche, escalade, VTT, chevaux...) d'autres en profitent ! Difficile donc d'être catégorique sur le sujet mais globalement les premières sont plus nombreuses. Pour illustrer le propos, lisez attentivement les documents ci-après... Vous découvrirez que l'Orpin blanc (Sedum album)  souffre énormément de son piétinement en bordure du GR alors que la Crassula Vaillantii semble en profiter...

Et un peu plus loin dans le même doc.





A la TL2B on est souvent contre les interdits et "la mise sous cloche" de certains secteurs. Ainsi, Grégoire et de nombreux représentants d'associations du monde vertical se sont opposés en 2009 à un projet de Convention rédigée par l'ONF77 qui menaçait gravement notre activité et sa liberté de pratique. Pour ne citer que deux phrases parmi les très nombreuses qui nous avaient fait réagir :
le signataire s'engage à :
"- ne pas arracher la flore sauvage se trouvant sur les blocs ou à proximité (fougères, mousses, lichens), l’éviter en grimpant ;"

"L’ouverture et le balisage de nouvelles voies d’escalade sont strictement interdits dans le cadre de l’activité du signataire, en vertu du statut de protection du Massif Forestier de Fontainebleau."

Pour éviter donc que ce type de projet refasse surface, il est impératif que les grimpeurs prennent conscience de la nécessité de respecter la faune et la flore lors de leur prospection. Voilà donc nos quelques recommandations pour une grimpe plus verte, résolument tournée vers le développement durable et la préservation du milieu.

Brossage des blocs : Comment faire alors ?

Phase de prospection :
- se renseigner au maximum en fouillant sur internet
- lors des premières visites, marcher au maximum sur les sentes existantes.
- aller lentement en identifiant au mieux les plantes et insectes. En cas de doute, faites quelques photos. De nombreux forums naturalistes peuvent vous aider dans l'identification de vos trouvailles. 

Phase de nettoyage :
Vous avez identifié une ou plusieurs lignes intéressantes ? Commencez par un brossage minimaliste (se limitant aux prises). Si le potentiel se confirme, il sera toujours temps de brosser le bloc correctement. 

Si votre but est d'offrir un nouveau secteur, il faudra porter une attention particulière au cheminement des grimpeurs en aménageant éventuellement les sentiers avec des matériaux naturels pris sur place pour canaliser la circulation et lutter contre l'érosion. Le brossage des blocs pourra être plus complet... Si au contraire, c'est un jardin secret, limitez le brossage au strict nécessaire. 

La coupe d'arbres, même morts, est interdite et punit par le code forestier (en domaniale) . Les bois morts par ailleurs, abritent de nombreuses espèces sensibles (du champignon aux insectes) et peuvent faire le bonheur de quelques oiseaux. A Bleau, ils permettent le maintien d'insectes protégés comme les Lucanes cerf-volant et avec eux toutes les espèces de pics. En conséquence, évitez autant que faire ce peut de détruire leur habitat. Dans les zones où sont tracés les circuits d'escalade, les associations font parfois un peu d'élagage en prenant soin de ne pas couper de branches de plus de 10 cm de diamètre. 

Le haut des blocs est souvent couvert de petits jardins "anglais ", véritables micro-biotopes qui sont à préserver au maximum. Certains les arrachent systématiquement sans se soucier de ce qu'ils abritent. En effet, ceux-ci font parfois plusieurs centimètres d'épaisseur qui se gorgent d'eau à chaque pluie et provoquent un ruissellement important même plusieurs jours après la pluie. Outre les mousses, lichens, fougères et autres bruyères, ce tapis riche en humus permet l'implantation de très gros bonsaïs naturels qui mettent des années à se développer. Il faut absolument les préserver. Si vraiment les coulées sont gênantes, essayez de ne retirer que le strict nécessaire pour limiter le ruissellement. 

Enfin, si vraiment la zone est fragile et que vous souhaitez la préserver, mieux vaut ne pas y grimper. Si vous ne pouvez résister, limitez au maximum votre impact et surtout, ne faite pas de publicité. Ainsi, Greg Clouzeau nous a conduit sur un ensemble de trois cailloux exceptionnels où il avait ouvert au milieu des années 90 une vingtaine de voies dont trois longues traversées avec la promesse de ne pas en faire la promotion. En effet, la géologie particulière du site a permis l'implantation et le maintient d'une flore exceptionnelle et protégée mais difficilement identifiable. Pour ce faire, le brossage a été minimaliste, l'usage de la magnésie proscrit et les prises de sortie n'ont fait l'objet d'aucun nettoyage... Nous n'en dirons donc pas plus. S'il nous est arrivé de contester l'utilité de certaines Réserves Biologiques Intégrales, il va de soit qu'elles doivent être respectées. C'est aux pratiquants de se renseigner sur leur localisation, intérêts...

Le matos du petit brosseur de blocs :

Dans les années 90, à Bleau, sévissait un certain Jean Claude Valluet qui nous a laissé quelques secteurs remarquables. Merci JCV ! Il nous a aussi donné de nombreux conseils et sa boîte à outils était impressionnante. Outre de nombreuses brosses on y trouvait divers crochets, spatules, poires...pour nettoyer jusqu'au fond des trous et fissures.

Avant de commencer, protégez-vous ! En effet, le brossage peut se révéler dangereux. Outre le risque de chute (encordement parfois recommandé et/ou échelle dont la stabilité aura été assurée) les projections de grains de sables, la poussière et dérapages peuvent vous causer de vrais soucis de santé. Il est impératif de porter des gants de protection (nous préconisons ceux en cuir souple) des lunettes et un masque. En effet, outre les petits bobos habituels, notez qu'inaler la poussière peut être la cause de graves problèmes respiratoires et que les projections dans les yeux (y compris une paille d'acier en provenance de la brosse) sont de vrais dangers ! 

Le grès est une roche fragile. Il convient donc de le brosser avec délicatesse en utilisant le moins possible la brosse métallique, notamment dans les sites du sud de la forêt ou par temps humide. Pour mémoire, voici deux article que nous avions publiés sur les conséquence d'un brossage excessif et la fragilité du grès (Ici et ) Certains lichens nécessitent quand même une brosse bien dure (notamment les noirs et ceux en forme de champignons) . Nous préconisons donc l'utilisation de grosses brosses en nylon type "bouchon" ou "étrille " pour faire le gros oeuvre. Dans l'enseigne aux produits bleus, au rayon équitation, on trouve de bonnes grosses brosses à des prix très raisonnables (à partir de 3€). Les finitions se font parfois à la brosse métallique (avec attention) non cuivrée. Balais brosse, balayette... seront des alliés utiles pour les grandes surfaces. Certains lichens et mousses se retirent beaucoup plus facilement lorsqu'ils sont humides. Il faut ensuite attendre que la terre sèche pour finir le brossage. 








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1 commentaire :

  1. Merci pour tous. Je dois me préparer un bloc dans le sud de la France à Dun, mais avant je chercher un article traitant du respect des sites.

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