Chantier

Sur les chemins

Escalade

Matos

2014-10-12

D'après Wikipédia (pour ne pas chercher trop loin) "le land art est une tendance de l'art contemporain utilisant le cadre et les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, rocher, etc.). Le plus souvent, les œuvres sont à l'extérieur, exposées aux éléments, et soumises à l'érosion naturelle ; ainsi, certaines œuvres ont disparu et il ne reste que leur souvenir photographique et des vidéos." On a déjà abordé ce thème à plusieurs reprises (voir cet article de 2011), parfois de façon un peu provocatrice à propos des tags sur nos rochers. On vous avez aussi parlé rapidement du travail remarquable de la grimpeuse Catherine Miquel que l'on peut observer en divers endrois de notre forêt de Fontainebleau. Mais quand les oeuvres ne sont pas biodégradable à 100 %, peut-on les tolérer en forêt de Fontainebleau ?

"Avec les artistes du land art, la nature n'est plus simplement représentée : c'est au cœur d'elle-même (in situ) que les créateurs travaillent. Ils veulent quitter les musées et les galeries avec leurs tickets d'entrée et heures d'ouverture afin de véritablement « sortir des sentiers battus ». L'œuvre doit être non plus une valeur marchande vouée à une élite mais une véritable expérience liée au monde réel. [...] Les artistes utilisent les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, rocher, etc.) et creusent, déplacent, transportent, accumulent, griffent, tracent, plantent… Ils introduisent aussi des produits manufacturés : 400 poteaux en acier inoxydable dans le désert du Nouveau-Mexique (Walter De Maria, The Lightning Field), 2 700 parasols jaunes ou bleus simultanément sur la côte californienne et au Japon (Christo et Jeanne-Claude, The Umbrellas2), ou de gigantesques nénuphars de tissu rose autour des îles de Floride (Christo et Jeanne-Claude, Surrounded Islands)."
L'ami Chritian Charreau nous a fait passer ces photos prises à proximité de l'Antre aux druides (Franchard) sur le versant nord ouest du sentier bleu N°7 et pose la question : peut-on appeler ça du Land art, et le tolérer à Bleau... ? A vous de répondre.


C'est certain, de loin, ça attire l'oeil !
Photos ouverture et ci-dessus de Christian Charreau
Dans un registre beaucoup plus soft, Oleg nous a signalé celui-ci dans les Trois Pignons. Rien de bien grave, cela va partir assez vite dans ce cas.
Photo : Oleg



Et oui, on va encore parler du Bilboquet ! En juin dernier, on vous interrogeait sur l'aspect visuel de la barrière qui entoure désormais notre  célèbre bloc. L'ami Stephan lui a d'ailleurs consacré un article dans le dernier Grimper en nous offrant un nouveau logo. Cette fois, c'est Pof @ Bleau qui nous informe des évolutions possibles du paysage sur la plage de Sable du Cul de chien. En effet, lors d'une réunion de la Commission Accueil et Erosion de l'ONF, il a été envisagé une nouvelles série de travaux visant  permettre le retrait de la barrière. Mais ce bloc bouge t'il réellement ? Au vue de certaines mesures, ce n'est peut être pas certain.


La décision prise en mars 2014 de ceinturer le bloc du Bilboquet pour empêcher son approche fait suite à l'affirmation que le bloc, malgré les divers travaux menés depuis 2011, avait bougé de 8 mm environ. A la Tl²Bleau, nous avions souligné dès le 19 mars l'inefficacité des décisions prises alors et leurs impacts sur le paysage.

Dans un article du 27 septembre, Christian de Pof @ Bleau nous informe des travaux à venir qui devraient permettre de stabiliser le bloc et de retirer la barrière. D'après son article, un Arrêté Préfectoral serait en cours de rédaction et les travaux d'enrochement de 2011 seront complétés. 

Petite remarque sur le croquis de PAB (ci-dessous),  il nous semble qu'un bloc devrait être installé en position de "corps mort" (surface maxi dans le sens du mouvement) et qu'un autre, une dalle qui serait transportée depuis le Parking de la Croix St Jérôme et posée à plat sous le surplomb, pour éviter l’érosion de piétinnement, manque sur le dessin.

Schémas Article de Pof @  Bleau

Si ces travaux permettent le retrait des anneaux du Bilboquet qui gâche un peu le paysage, pourquoi pas ? Mais sont-ils nécessaires ?

Rappelez-vous, d'autres témoins de mesures ont été aussi posés dès avril et les mesures éffectuées depuis semblent, elles, confirmer qu'il n'y a pas eut de mouvement du bloc... C'est ce que nous a confirmé Oleg Sokolsky du Cosiroc : "Je n'ai constaté aucune variation (dans la barre d’erreur de +- 1,5 mm) dans la série des 5 mesures principales ces 6 derniers mois. Je ne connais pas la procédure pour les deux points FFME donc là je me mesure rien à ce niveau. Pour moi,  le Bilboquet est immobile par rapport au « blocouest » (celui au sol)."

Les méthodes et résultats des mesures semblent donc différents... 
Celles du Cosiroc réalisées à l'aide d'un câble et de repères fins nous paraissent plus fiables et précises que celles sur les écrous ou repères peints utilisés par le CD FFME77 qui trouvait une variation de 8 mm.

Photos ONF : Mesures effectuées par Oleg du Cosiroc


Quelques ramarques complémentaires d'Oleg :

"Les divers croquis , très simplificateurs de l’ensemble (celui joint n’est pas contenu dans un plan mais au moins dans deux avec une brisure de définition assez complexe à définir), ne peuvent que très imparfaitement rendre compte d’une réalité mécanique très complexe : mouvement, vers le bas la seule chose évidente (sauf voir plus bas), mais dans quelle direction?, d’un bloc présentant un porte à faux certain. 
Pour ce bloc une interaction très complexe avec un fluide (le sable) pas vraiment fluide, on peut même dire très visqueux (avec un coefficient de viscosité évolutif en fonction de l’humidité du sol) et avec la présence d’un corps solide (bloc ouest) sur lequel semble talonner le Bilboquet (et si le talon d'appui cassait?).

            Vu la différence constatée des mesures d’évolution des divers repères,  entre juste après la première intervention de stabilisation (en faisant confiance aux deux entités mesurantes, sans constat d’huissier mais avec photos pour l’une d’entre elle) et plus tard, un seul mouvement (très lent) pouvait expliquer les différences : une mesure stable, l’autre pas (aux erreurs de mesures et à la précision de lecture près). Une réunion entre « spécialistes » aurait due s’imposer avant de déclencher une alarme vers l’ONF. Cela n’a pas été le cas.

            A la suite de ces divergences constatées, j’ai, pour le COSIROC, scellé quelques points de repère avec l’idée de vérifier si le seul mouvement possible (j’élimine une poussée des sables vers le haut par suite du fluage de la butte. Peut être ai-je tord?) se confirmait et ce avec, grâce à un bras de levier important, une amplification » de la valeur lue . Résultat sur 6 mois : actuellement immobilité totale (aux erreurs de mesures près). 
            Les travaux de retenue du sable étant en principe actés et budgétisés dans l’ONF, pour l’instant, et à mon seul avis, inutile de remuer le bouillon qui avait commencé à s’apaiser...


            Si l’on veut vraiment quelque chose (un diagnostic et une intervention conforme), une seule solution. Quelque soit la qualité des intervenants actuels (moi compris et pourtant beaucoup connaisse mon niveau incontestable) il faut une intervention d’une entreprise agrée dans les contrôles de sécurité de ce type de relief (c’est pas donné) et j’ai bien peur que le résultat nous soit un peu défavorable (le principe de précaution prendra forcément le dessus à cause des inconnues du système -cf croquis) à par la réalisation d’une colonne dorique (en blocs de grès autochtones quand même) pour soutenir le surplomb.
À compter du 16 octobre 2014, et jusqu'au 24 octobre, l’entreprise Eiffage, va lancer, pour le compte de l’Office national des forêts, les travaux de restauration du Carrefour et du parking du Bas Bréau sur la commune de Barbizon.



"Réalisés dans le cadre d’un projet global de réaménagement du site de Barbizon en forêt domaniale de Fontainebleau, cette phase de travaux visent à :
- matérialiser la zone de retournement du carrefour avec un pavage en grès ;
- rénover et délimiter les 20 places de stationnement du parking du Bas Bréau.

Dans ce cadre, les conditions de circulation et d’accès à ce site se trouveront modifiées. Ce chantier nécessite, en effet, la fermeture temporaire du parking du Bas Bréau jusqu’au vendredi 24 octobre inclus.

Afin d’assurer l’accueil du public sur ce site fréquenté, l’ONF incite les automobilistes à stationner sur les accotements, prévus à cet effet, le long de l’Allée aux Vaches. Toutes les dispositions seront prises pour garantir la réalisation des travaux dans les meilleures conditions de sécurité. 

En l’occurrence, l’entreprise Eiffage signalera le chantier par la mise en place de rubalise et de barrières sur le site.
Conscient que ces modifications peuvent perturber temporairement les automobilistes et déranger quelque peu les activités de loisirs, une information in situ avertira les usagers de la forêt. Ces derniers sont invités à la plus grande prudence.

Cette opération est financée par le Conseil général de Seine-et-Marne, l’Agence des espaces verts d’Île-de-France, l’Europe et l’ONF. L’ONF remercie les automobilistes et les usagers pour leur compréhension."
Au mois de juin 2013 nous vous avions parlé des perturbations sur la faune engendrées par les partiques de loisirs nocturnes à Fontainebleau au travers de l'exemple d'un célèbre grimpeur Basque. Des remarques qui vallaient tant pour les grimpeurs tentés par l'expérience que pour les autres pratiques (randonnée, trail, VTT...) de plus en plus proposées de nuit. Difficile alors pour nous de ne pas réagir à la vidéo du moment, "Paris by night", un projet artistique autour des monument de Paris et quelques blocs de la forêt, largement sponsorisé par la marque aux trois bandes. Nous avons hésité, regardé plusieurs fois la vidéo (15 minutes), échangé avec Clément Perroti avant de vous donner notre avis...

Après un an et demi de travail, Julie La Guigne et Clément Perotti (Sandstones Media) viennent de boucler ce projet cinématographique. Clément décrit le projet ainsi :
"Notre idée était d'explorer les côtés plus sombres et "adultes" de la pratique du bloc ; l'obsession, la détermination, la visualisation. Pour cela, nous avons créé des séquences dans lesquelles les grimpeurs, errant dans Paris en attendant le premier train du matin pour Bleau, se retrouvent dans une situation étrange qui leur rappelle une belle ligne de la forêt."


Jusque là, pas de soucis mais la suite nous laissait perplexe : "nous avons filmé de nuit, avec tous les moyens du cinéma : une tonne de groupe électrogène, lumières, trépieds, une équipe d'une dizaine de techniciens... Bref, une belle aventure nocturne avec de super pic-niques sous les blocs ! Nous tenons à préciser que toute la grimpe de nuit à été tournée sous la supervision de l'ONF, en respectant les périodes qui impactaient le moins possible la faune de la forêt. L'escalade de nuit n'est pas à conseiller et nous ne voulons pas en faire la promotion : la forêt est fragile, et notre tournage a été toléré de manière exceptionnelle."

Grimpe de nuit donc...  Aïe, aïe, aïe !
"Cette histoire de tournage nocturne nous a pas mal pris le choux. On était conscient que l'on montrait quelque chose qui n'était pas conseillé, tout en sachant que l'on avait tout fait pour minimiser les impacts sur l'écosystème..." [...] "On a fait de notre mieux pour un projet dans lequel on croit. au nom de "l'art" et sans faire n'importe quoi, et en essayant de sensibiliser les gens à notre petit niveaux."

On a donc visioné et, très franchement, au delà du côté un publicitaire lié au principal sponsor, le moins que l'on puisse dire c'est que le résultat, artistique, est plutôt convainquant... C'est sombre (comme décrit plus haut) mais cela offre rééllement une belle ambiance.

On a véritablement aimé la démarche artistique. Mais voilà, cette démarche nous autorise t'elle à faire à transgresser les règles ? En effet, une petite partie du tournage s'est faite dans le Coquibus, un site riche et fragile que l'ONF souhaite préserver des foules et pour lequel il a déjà adressé aux associations de grimpeurs, sites internets ou éditeurs de topos des courriers dans ce sens. Un sentiment aussi un peu partagé par Clément.

"Ce n'est pas grand chose, mais cette histoire de Coquibus nous a pas mal inquiété.
Nous avons tourné à The Island le 2 décembre, par -2°C et sous un fin crachin... malgré tout ça, notre contact à l'ONF avait oublié de mentionner que il y avait une battue sur la zone... J'ai du appeler le responsable de la battue pour éviter tout accident et au final, on a mis ça sur le compte d'une mauvaise communication ONF en Interne." (...) "Après, pour la suite du tournage, on a choisi des zones moins sensibles : Petit bois et Rocher Gréau, Buthiers et Recloses qui est en limite de zone protégée. The Island était le bouquet final de notre projet, sans celà on aurait évité."


Toutes les images viennent de la vidéo...
On comprend la décision de l'ONF car, à la différence de ce que nous écrivions en juin 2013, une équipe de tournage par -2°C en décembre n'a effectivement que peu de chance de perturber la faune (chauves-souris, avifaune et grosses bêtes) donc pas de soucis. Cette décision est aussi assortie du paiement d'un droit à l'image... Reste que malgré tout le soins apporté à la réalisation et au montage, ce film suscitera sans doute des vocations... 
C'est le pouvoir de l'image et, hélas, on y peut pas grand chose. Et ça, cela nous inquiète...un peu.

Au programe de la vidéo : quelques cadors du team Adidas (sponsor principal) : Guigui Glairon-Mondet, Mélanie Sandoz, Melissa Le Nevé, Shauna Coxsey, Mayan Smith-Gobat, Benjamin Rueck et le slovène Klemen Becan. Le Fodacim a également apporté son soutien.

Pour visionner le film de 15 minutes, c'est ci-dessous.

http://www.kairn.com/fr/escalade/93241/film-paris-la-nuit.html

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