Chantier

Sur les chemins

Escalade

Matos

2014-07-20

Si certains voudraient faire croire qu'à la TL²Bleau on ne fustige que les sites hors de Bleau (voir ici), l'actualité de nos éco-respondants et leurs témoignages prouvent tout le contraire ! 
Heureusement que nous étions bien assis en ouvrant les pièces jointes du mail reçu hier soir car là, on atteint des sommets de stupidité. Voilà quelques photos hallucinantes d'un petit site d'escalade près d'Ermenonville où les accompagnateurs ont balisé à la bombe de peinture trois pseudo circuits de découverte et d'initiation à l'escalade. Et dire que depuis 1977 l'éducation à l'environnement est inscrite dans les textes de l'éducation nationale !



Un texte présenté comme ceci sur la page officielle :
"L'éducation au développement durable (EDD) permet d'appréhender la complexité du monde dans ses dimensions scientifiques, éthiques et civiques. Transversale, elle figure dans les programmes d'enseignement. Enseignants et personnels d'encadrement y sont formés et l'intègrent dans le fonctionnement des établissements.  (...) L'éducation est un volet essentiel de la stratégie nationale de développement durable. L'EDD fait partie intégrante de la formation initiale des élèves, dans l'ensemble des écoles et des établissements scolaires."

Il y a 3 semaines, un mardi, notre éco-respondant va se balader avec des amis dans ce coin très sympa de l'Oise, le site de Bruyères Frais vent situé entre Ermenonville et Baron... Généralement pas un chat, il est 10 h tout va bien, tout est propre... Puis arrive un gars, plutôt sympa et la discussion s'installe. "Il nous annonce qu'il prépare une séance d'escalade pour une école maternelle". (ndr : école proche de la croix verte dans le val d'Oise) ce qui n'a rien d'extraordinaire puisque le site dispose d'un circuit jaune et un circuit enfant. Le car doit arriver 30 mn plus tard à 500 m du massif ( normal ce sont des maternelles ça ne marche pas beaucoup à cet age là). 

Pour ceux qui connaissent l’accès voiture, il faut savoir qu' il y a environ 3 km de chemin boueux quasiment impraticable ! Une bonne heure plus tard, notre éco-respondant faisant demi-tour, repasse aux départs des circuits pour récupérer ses affaires. Et là, surprise ! Et de taille !  En gros ( TRÈS GROS) : une centaine de balises tracées à la bombe, 3 "circuits" blanc, jaune, orange d'une trentaine de numéros chacun! 

"J’étais tellement soufflé par la bêtise et l'inconscience du mec que j'ai pris mes photos et que je suis parti sans rien dire !! . Je suis revenu 2 semaines plus tard pour voir l’état bien entendu rien n'avait été effacé... Je referais des photos en septembre pour voir l’évolution".

Effectivement !
Et dire qu'on allait taper sur ceux qui balisent à la craie des parcours identiques à Apremont Dames...







Si les publications sur ce portail dédié à la Cordée de Rédaction de la TL²B se font de plus en plus rares c'est sans doute parce que nous avons tous mieux à faire... et notamment, en ce qui me concerne, une fois par mois, pondre une Tribune de 3900 signes pour le magazine Grimper que son Rédac' Chef, Fred Labreveux souhaite "à charge". Cette tâche, dont je m'acquitte depuis bientôt deux ans me vaut parfois quelques mails bien sympathiques mais aussi de vives critiques. Alors, quand celles-ci viennent directement du Rédacteur en chef de Grimper... je m'interroge ? En effet, suite à quelques remarques d'un ami bleausard que je ne comprenais pas,  j'ai foncé chez le marchand de journaux ce matin pour lire l'Edito de Fred dans le n°157... Et là, surprise, "mon" Rédac' Chef me taille un costard en me prêtant des idées qui ne m'auraient même pas effleuré l'esprit.


Voici donc l'Edito du Grimper n°157...


Commençons par cette histoire de désherbant. 
Voici donc une image prise à Annot dans la zone du rassemblement 2014 sur indications d'un propriétaire... 



Mais soyons bien clair. Que se soit à Annot où ailleurs, ça change quoi Fred ? Rien ! 
Alors pourquoi lancer cette comparaison complètement stupide entre Annot et Bleau qui, au passage, va à l'inverse des propos de ma Tribune ? Quant aux trois raisons qui feraient selon toi que la mousse repousse plus vite là-bas...

1° la mousse et les lichens poussent très bien à Bleau vu le climat ! Par ailleurs, je ne suis pas inquiet, je connais dans cette forêt, des dizaines de site bien plus moussus que tu peux l'imaginer depuis ton sud.
2° le 8c et la poignée de grimpeurs qui s'y frottent serait selon toi la clé de la popularité de Bleau.  Allez, juste pour prendre un exemple dans ma Tribune et dans le sud, crois tu sincèrement qu'Orpierre a attendu d'avoir son 8c pour devenir le site de renommé international au succès économique que l'on connait ?
3° pas de circuit à Annot. Tant mieux pour eux ! Cela fait aussi moins d'érosion... Mais en même temps, cela peut vite changer vu les volontés de la Municipalité de faire d'Annot un site populaire et familiale. Je ne serai donc pas surpris que des ouvreurs locaux propose un circuit pour enfant et un circuit de découvert dans les mois qui viennent.

Alors, Fred, rassures toi, nos mousses vont bien y compris au cœur des sites les plus fréquentés. Tiens, regardes, à quelques mètres du Surplomb de la Vallée de la Mée (Potala) dans l'aride et désertique forêt domaniale des Trois Pignons !



Pour vous permettre d'en apprécier l'honnêteté rédactionnelle de l'Edito de Fred à sa juste valeur, je me dois de publier le texte de ma Tribune tel qu'il fut envoyé à Grimper :

Ouvrir… mais à quel prix ?

Les grands rassemblements en sites naturels sont autant d’occasion de faire la fête, de promouvoir nos activités, de découvrir de nouvelles voies équipées pour la circonstance… que de dégrader massivement un site.

En 2013, à travers diverses Tribunes dans Grimper je soulignais certains de ces impacts négatifs  en évoquant le triste bilan carbone de nos trips internationaux ou la nécessité d’organiser des Clean up Days à Kalymnos, pour ramasser nos déchets sur une Ile jusqu’ici peu fréquentée. Il y a aussi l’accroissement du phénomène d’érosion qu’entraîne inévitablement la présence de milliers de grimpeurs et de spectateurs lancés à l’assaut d’un chaos de blocs dans la boue et sous une pluie battante comme lors des dernières éditions de Mello Bloco. En falaise, bien entendu, une surfréquentation entraîne aussi inévitablement une dégradation. Le rocher se patine, les sentiers se creusent, le pied des voies se transforment…

Mais après tout, c’est le prix qu’ont choisit de payer les municipalités concernées pour faire de leurs rochers le dernier spot à la mode comme leur a promis les organisateurs de l’évènement. En pleine crise économique, peut-on blâmer quelques élus de vouloir exploiter la nature pour faire vivre leur commune ? Cette utilisation d’une ressource paysagère « naturellement inutile », n’est-elle pas, finalement, une forme d’agriculture moderne ?

C’est en tous cas dans cette optique que l’exploitation des falaises d’Orpierre (05) avait repris dans les années 80. J’écris « repris » car, plus avant, elles ont été utilisées pour l’extraction de minerais ce qui a laissé bien plus de traces dans le paysage que nos pauvres sentiers de marche d’approche et quelques points d’ancrage. C’est aussi comme cela qu’une commune comme Vauchignon (voir l’article sur Cormot, en Bourgogne) peut faire vivre quelques habitants du tourisme. Oui mais, comme dans l’agriculture, prenons garde à ne pas tomber dans la surproduction, la surexploitation, l’industrialisation…

Trouver plusieurs centaines de nouveaux passages dans un site de blocs pour organiser une énième rencontre internationale suppose d’avoir le potentiel rocheux, d’en avoir la maîtrise du foncier et, dernier point, d’y organiser l’accueil (du stationnement à l’approche en passant par l’hébergement, le nettoyage et sécurisation du site). Et là, avec ces trois conditions, les choses peuvent vite déraper !

Ainsi, à Bleau, la petite commune de Mondeville (Essonne) qui souhaitait faire de son chaos rocheux (fréquenté depuis les années 50) un site exemplaire de la pratique de l’escalade a visiblement mis la charrue avant les bœufs ! En effet, ce n’est qu’après y avoir été invité par la municipalité que nos grimpeurs bénévoles  lancés dans le nettoyage et la remise en état du site pollué par plusieurs Raves party se sont trouvés confrontés aux véritables propriétaires du site : les chasseurs ! Du coup, le site tout propre est quasi interdit et les rapports sont maintenant assez conflictuels.

Mais il y a pire… Pour ouvrir en masse, et tenir les délais, certains n’hésitent pas à user de moyens dont l’impact sur la nature est conséquent ! Et tant que l’on y est, on fait ça en plein ENS ou réserve biologique… Oui, chers amis, il y a parmi nous des grimpeurs qui se disent respectueux de la nature mais qui n’hésitent pas à pulvériser désherbant et anti-mousse sur les blocs pour faciliter leur nettoyage ! Que voulez-vous, brosser une soixantaine de cailloux demande du temps et beaucoup d’huile de coude alors, si on peut se faire aider d’un quelconque défoliant… quitte à sacrifier un peu à la notion de développement durable. Que voulez-vous, c’est pour le développement économique du site !

 « Il y avait des plantes et insectes protégés ? Ah bon, je ne savais pas »… Jusqu’à l’arrivée d’internet, on pouvait encore prétendre être ignorant de certaines choses mais maintenant. Bien entendu, cette entorse à l’éthique ne sera pas mentionnée dans le topo ou sur l’affiche du rassemblement … Comme sur la carte de certains restaurateurs en quête d’argent, le « fait maison » n’est hélas parfois qu’une tromperie… Nous voilà donc bernés.

Les bénévoles associatifs représentants les grimpeurs ont souvent bataillé dur avec les ceux des lobbies naturalistes pour que les informations sur les espèces protégées soient plus accessibles. Par exemple, les documents d’objectifs (DOCOB) des sites natura 2000 sont maintenant faciles à télécharger et permettent de savoir quelles plantes ou espèces protégées sont présentes sur un site. Un ouvreur devrait toujours y jeter un œil pour évaluer l’impact de ses projets.





Nous avons déjà évoqué dans nos articles quelques uns des actes de résistance locaux lors de la Seconde Guerre mondiale et les monuments qui en témoignent. Ce 21 juillet 2014 est donc un bien triste anniversaire puisqu'il y a 70 ans, l'occupant exécutait 22 personnes dans une carrière de la plaine de Chanfroy (Arbonne-la-Forêt).  Découverts le 7 décembre suivant, les deux charniers renfermaient aussi les corps des fusillés du 17 août. Ils n'ont jamais été rebouchés. A ces tragiques dates, il faut hélas en ajouter d'autres dont les monuments en forêt sont l'une des rares traces de ce bien triste devoir de mémoire.

Nous avons déjà évoqué les charniers d'Arbonne, pudiquement rebaptisés Plaine des fusillés dans un autre article en faisant notamment référence à l'article le plus complet sur le sujet diffusé par notre ami photographe Jean Poule Debleau. Cette fois, c'est à Olivier Blaise, un autre photographe de Bleau que nous allons nous raccrocher. Dans son article, (dont provient la photo d'ouverture) il évoque très sobrement ce dramatique anniversaire. Pour préparer le débarquement, la résistance est à pied d'oeuvre. En juin 44, Melun et ses environs sont soumis à de très intenses bombardements. Voilà ce que nous rappelle Olivier :

"Plusieurs groupes sont à l’œuvre. Le maquis Bara de Moisenay, village près de Melun, est dirigé par un carrier, André Perret. Le groupe est arrêté le 11 juillet, suite à l’infiltration de faux résistants. 
Le maquis de Villebéon, village à l’est de Nemours, formé par les rescapés des maquis de l’Yonne Victoire et Liberté et Paul Bert, est démantelé le 7 juillet. Le maquis d’Achères-la-Forêt est fondé par André Prenant en avril 1944. Parmis ses résistants, le garde forestier Laurent Poli connaît parfaitement la forêt et cache des volontaires venant de Paris dans une grotte située au Rocher de la Reine, tout près de la plaine de Chanfroy. Ce groupe comprend aussi Robert Rius, Charles-Jean Simonpoli, Germinal Matta, les frères Ménégoz, tous issus du mouvement Surréaliste. Ce minuscule maquis, constitué de jeunes poètes, espère un hypothétique parachutage d’armes venant de Londres. Ils sont arrêtés le 4 juillet, suite à un guet-apens monté par la Milice et la Gestapo."

Le 19 août 1944, la troisième armée américaine pénètre dans Achères-la-Forêt et le 23, Fontainebleau est libéré juste avant la Capitale. La plaine de Chanfroy devient une base arrière pour l'armée américaine et sera bientôt un terrain d'entraînement pour leur aviation.
Le 7 décembre 1944, alors qu’ils viennent chercher du sable des soldats américains en creusant trouvent les premiers corps. Alertées, les autorités françaises découvrent alors deux charniers dont 36 corps sont exhumés. Ces corps sont ceux des civils et résistants exécutés les 21 juillet et 17 août 1944, le 14 décembre, des funérailles nationales se déroulent dans une chapelle spécialement aménagée sous le marché couvert de Fontainebleau.


Exhumation des corps du charnier de Chanfroy, le 7 décembre 1944.

En ce 21 juillet 2014, rappelons nous donc de ces "Justes" morts pour la France auxquels il faut ajouter les noms des 5 autres patriotes sommairement abattus par les allemands le 8 novembre 1941, sur le champ de tir de Fay, près de Chailly-en-Bière (PF n° 817) et bien entendu celui de George Mendel (sur Wikipédia), exécuté par la Milice française le 07 juillet 44, toujours en forêt de Fontainebleau (voir l'article d'Olivier Blaise sur ce sujet). De son vrai nom Louis Georges Rothschild, fut un homme politique majeur de l’entre-deux-guerres et un résistant très actif dont le souvenir est entretenu par ce monument au bord de la D607 (ex N7) inauguré en 1946. A noter, suite à la remarque d'Olivier Blaise que l'élève garde forestier Poli, lui aussi abattu le 21 juillet 44 dans la Plaine de Chanfroy est également honoré par l'ONF avec un monument et carrefour situé PF n° 688.





Loin de tout ((parcelle 532)),vous trouverez aussi une stèle à la mémoire des aviateurs tués en mission lors du "crash" de leur avion le 12 novembre 1944... 



Aujourd'hui, la plaine de Chanfroy est d'avantage reconnue comme un site naturel remarquable que comme un lieu de mémoire. Ce vaste espace plat s’étend vers l’est jusqu’aux hauteurs des « Gorges de Franchard ». Il est délimité par deux barres rocheuses : « le Rocher de Corne Biche » et le « Rocher de la Reine ». Cette plaine a des allures de steppe. Son sol jusqu’au début des années 80, était exploité comme carrière de grès et de sable. Désaffectée  la friche abrite maintenant des mares très sensibles qui ont été grillagées pour préserver la faune et la flore qui les ont envahis ! La nature mise sous cloche !!! Il faut dire que la configuration du lieu permet ici la présence d'un micro-climat considéré comme plus froid que le reste de la forêt en hivers et plus chaud l'été... A l’automne, la brume matinale y est persistante et l’été, la réverbération des rayons du soleil sur le sol sablonneux fait croître la température du cirque.


NATURE