Chantier

Sur les chemins

Escalade

Matos

2013-12-15

Par Pierre Délas sur www.kairn.com
Article saisi le Jeudi 19 Décembre 2013
Les accès aux falaises de Majorque ont toujours été compliqués et le compromis entre pouvoirs publics, propriétaires terriens et grimpeurs est de plus en difficile. On se rappelle dans le temps de l'interdiction de la grotte magique de Cuenco, située sur un terrain privé non-loin d'un grand hôtel. 

Aujourd'hui la pression se fait de plus en plus sentir avec la décision de la part de municipalités de rendre l'accès aux falaises payant. 

Sur la falaise mythique de Fraguel, la municipalité de Bunyola a fait voter une loi avec une permission de grimper la falaise pour 10 euros par jour. Idem pour aller grimper dans la cave de La Perxes au centre de l'île. Idem, les spots de deep water solo  sur la côte Sud de l'île dont la néanmoins célèbre "Cova del diablo" sont prohibés. 

Plus d'infos sur UK Climbing, avec le lien d'une pétition à signer d'urgence 

Photo : coll. Mike Fuselier 


Bien entendu, sur la TL²B, on ne peut que s'opposer à cette financiarisation de l'activité... Mais n'est-ce pas là un moyen de dissuader les grimpeurs ?
Si à la TL²Bleau on ne partage que peu de vidéos, cela ne veut pas dire qu'on n'en regarde pas ! Le "ouaibe" foisonne de sites où les grimpeurs partagent les films de leurs derniers exploits et certaines sont dignes de super production. Mais sur le net on trouve aussi quelques perles historiques et nous avions pris un immense plaisir à vous offrir ce printemps la numérisation du film Bleau sorti en 1999. L'occasion de revoir des têtes de grimpeurs plus ou moins absents de la forêt et de redécouvrir des sites et d'observer leur transformation. Quand on parle de l'histoire des grimpeurs bleausards, il y a forcément des noms de voies, des dates et des personnages qui nous viennent à l'esprit... Le passage de 2013 à 2014 ne pouvait se faire sans souhaiter quelques anniversaires histoire de mesurer le temps qui passe et de relativiser certaines de nos performances... Tiens, question perf' justement, à toutes celles et ceux qui font de leurs chaussons un facteur d'échec, ne manquez pas de jeter un œil à cette superbe vidéo de Philippe Le denmat dans la Super Prestat...



2013 s'en va, 2014 arrive, c'est l'occasion de faire le compte du temps qui passe !

En 1874, il y 140 ans, le Club Alpin Français (CAF) est fondé à Paris, certains membres commencent à s'intéresser aux blocs de Fontainebleau.

Il y a 100 ansLes frères De Lepiney rejoignent les Rochassiers. Le Groupe se bat pour faire reconnaître l'utilité de l'escalade en forêt de Fontainebleau comme terrain d'entraînement auprès des hautes instances du Club Alpin Français. 1913, c'est aussi l'année du décès de l'autrichien Paul Preuss (1886-1913). L'homme est réputé pour sa philosophie ultramoderne de l’activité prônant l’escalade libre (la corde ne devant servir qu’à assurer le second de cordée). Selon lui : «Un grimpeur ne devrait entreprendre que des projets qui sont en deçà de son plus haut niveau de compétence» et «doit toujours être capable de redescendre en désescalade par la voie d’ascension». Avec cet état d’esprit il réalise, sûrement le premier enchaînement de l’histoire, en escaladant en une seule journée les quatre voies existantes du Kleine Zinne (2.857 m) dans les Dolomites. Sa doctrine élitiste lui coûte la vie puisqu’il se tue en octobre 1913 lors d’une escalade en solo… En tout, il aura gravit plus de 1.200 voies dont 300 en solo intégral ! C'est aussi en 1913 que Hans Dulfer , bien connu des grimpeurs pour sa technique d'escalade en fissure, nous propose le premier 5è degré de l'histoire ! Mais dès l'année suivante, Jacques de Lepiney réalise le premier 4e degré en bloc à Fontainebleau. En 2014, vous fêterez donc les 100 ans de la fissure Presta au Bas Cuvier et de l'Arête de la Dame Jouane ! Cette première réalisation sans corde par Jacques De Lépiney est un passage majeur du légendaire circuit Mauve, tracé en 1958 par Maurice Martin, portant le n° 52.

C'est en 1924 (90 ans) qu'est fondé le Groupe de Bleau (GDB) rejoint très vite par des figures marquantes de l'escalade de cette époque comme Pierre Chevalier (inventeur en 1943 de la corde d'escalade en nylon)et Henri Brenot (inventeur du jumar).

Il y a 80 ans, Pierre Allain, le plus illustre des alpinistes bleausards ouvrait à Apremont, une drôle de fissure, celle dite la Fissure des Alpinistes. C'est sans doute le premier 5ème degré de Bleau, puis l'Angle Allain au Rempart du Cuvier. Il y a soixante dix ans, durant l'occupation allemande, les Trois Pignons furent incendiées (d'où les plages de sable actuelles). C'est aussi la date du premier classement du site.

Il y a 60 ans, en 1953, le grand Robert Paragot, ouvrait la célèbre Joker actuellement cotée 6c/7a ! Elle était cotée 6h avant la création du 7e degré.

Il y a 30 ans, en 1983, le premier 7c, l'Abbé Résina, est ouvert au Cuvier par Pierre Richard, grimpeur à l'éthique exigeante, avec la méthode du jeté. C'est aussi en 83 qu'apparaissent les premiers 8ème degré français en falaise.




En 1984, il y aura donc 30 ans demain le 8b est atteint en falaise par Wolgang Gullich sur ses terres allemandes. A Bleau, plusieurs voies majeures sont réalisées cette année là. Au Cuvier, Jean Michel Gosselin ouvre la Super Prestat, une dalle impressionnante en 7b+. Il y a la trilogie Big Boss, Tristesse et Fourmis rouges au rempart mais surtout, Jacky Godoffe ouvre, C'était Demain, le premier 8a de la forêt.

Dix ans après, il récidive avec Fat Man, premier toit en 8b à Bleau (quelques semaines après l'ouverture par Philippe Le Denmat d'Enigma, premier 8b de la forêt) restera longtemps la référence de cette difficulté. 

Côté féminin, en 1993, c’est Lynn Hill qui affolera toutes les chroniques en libérant au Yosemite les 1.000 mètres de paroi du «Nose» et ses 34 longueurs, pour des cotations allant jusqu’à 8a… Elle souffle par la même occasion la première à ces messieurs...

Voilà quelques uns des anniversaires pour 2013/2014... Du coup, on ne résiste pas à vous livrer les liens vers deux vidéos du clan Le Denmat !

Dans la première (4 minutes), Philippe nous fait une nouvelle démo dans la Super Presta Cette fois, le jeu n'est plus de la faire à une main mais de transformer une chambre à air en chausson d'escalade. Et là, c'est énorme. Et dire que certains d'entre nous accusent leurs chaussons quand ils zippent !

La seconde (plus d'une heure) est la compilation de films d'escalade à Bleau datant des années 80 et début 90 dont certains filmés au super 8. Une bonne diversité de massifs classiques y figurent. On y voit surtout Philippe Le Denmat, Nicolas Doignon & Patrick Gutel, mais aussi Olivier Carrière, Eric Létot, Christian, Alain Thibault, Charlie et plusieurs autres...
Lesquels font de sacrés bonds pour atterrir en souplesse ! Émouvant de voir surgir du passé ces lieux et amis.

Il y avait bien longtemps que nous n'avions pas parlé de l'administration forestière et de sa réforme. En effet, dans sa quête de réduction des dépenses publiques, l'Etat français accorde de moins en moins de moyens humains et financiers à l'ancienne administration des Eaux et Forêts (devenue ONF en ) et rattachée au Ministère de l'agriculture. Pire, les missions des hommes verts sont de plus en plus nombreuses et complexes et de moins en moins terrain. En 2011 et 2012, nous avons évoqué très régulièrement la grogne du personnel forestier (voir liens) confronté à des changements d'une telle ampleur que certains se sont suicidés. Aujourd'hui, avec la crise, dans les Parcs nationaux et régionaux les effectifs sont aussi en baisse et les manifestations de plus en plus courantes. Hier, pour le Conseil d'Administration de l'ONF, le SNUPFEN Solidaires, principal syndicat a de nouveau manifesté pour interpeller les représentants de l’Etat  avenue de St-Mandé Paris (12e).




Le SNUPFEN écrit dans son communiqué :


"Un profond malaise des personnels maintes fois démontré, et des questions d’emploi récurrentes ne suffisent pas à infléchir le choix des Ministères de tutelle. Pourtant tout le monde s’accorde aujourd’hui à dire que l’ONF n’a plus suffisamment de personnels pour assurer les missions qui lui sont confiées par la Loi. Le gouvernement déjuge donc les élus qui votent les lois en ne permettant plus que celles-ci soient appliquées.

Pour notre organisation il est illusoire de penser que les problèmes sociaux et organisationnels seront résolus en continuant de mener une politique de l’emploi aussi néfaste.

L’opportunité d’une future Loi agricole avec un volet forestier doit permettre de redonner les moyens à l’ONF d’assurer ses missions sur le long terme au-delà des contraintes et des annuités budgétaires. Sans cela le SNUPFEN Solidaires peut assurer que nos enfants paieront nos inconséquences d’aujourd’hui.

En cette période de fin d’année, les forestiers tiennent à signaler qu’ils ne croient plus à l’Etat Père Noël. Par contre ils conservent l’espoir que le gouvernement retrouvera le sens de l’intérêt général et le bon sens tout court pour redonner aux forestiers les moyens d’assurer une gestion forestière de qualité."

Bref, à la TL²B, nous nous associons aux vœux de nos amis forestiers de terrain tant il nous paraît de plus en plus évident que l'ONF n'est pas placé sous le bon ministère de tutelle ! 
En effet, depuis 2012, rien n'a changé. On réclame aux forestiers toujours plus de revenus du bois tout en leur accordant de moins en moins de moyens pour leur mission d'accueil du public et de protection des milieux forestiers.

A Fontainebleau, comme dans les autres forêts gérées par l'ONF, les grandes coupes rases se multiplient dans une logique productivistes alors même que la filière bois privée souffre...


Ici une des coupes rases de 2013 en Forêt de Fontainebleau dont nous parlions sur la TL²Bleau
Photo : PV/Le Parisien



Le SNUPFEN-Solidaires n'a pas signé le protocole d’accord - issu des négociations ouvertes entre la direction et les organisations syndicales - faisant suite aux résultats de l’Audit socio organisationnel.
Cet audit avait été diligenté consécutivement à la vague de suicides qui a endeuillé l’établissement en 2011. C’est en avril 2012 que les résultats, accablants, ont été connus. Puis il aura fallu attendre encore plus d’un an pour que la direction générale ouvre des négociations avec l’ensemble des organisations syndicales de l’ONF. Aujourd’hui, le SNUPFEN constate que les résultats de ces négociations ne sont pas à la hauteur des enjeux. Pour cette organisation il est impératif que le gouvernement prenne la mesure du problème et apporte des solutions rapides aux questions de l’emploi à l’ONF, cause majeure du malaise au sein de l’établissement.
A la veille de l’élaboration d’une Loi d’avenir pour l’agriculture et la forêt, il serait incompréhensible de ne pas redonner confiance aux personnels de l’établissement qui gère l’ensemble des forêts publiques.
Résultat des négociations : Chez les organisations syndicales de fonctionnaires, deux syndicats ont fait savoir qu’ils souhaitaient signer le protocole, soit une validation de moins de 20%. L’accord n’est donc pas validé. 

Contacts SNUPFEN Solidaires :
Philippe BERGER : pberger.snupfen chez orange.fr
Philippe CANAL : philippe.canal chez onf.fr



En Alsace, 25% des forêts appartiennent à des propriétaires privés. Alors que des grands domaines sont gérés de façon durable, des petites parcelles font actuellement l’objet d’échanges, puis d’exploitation industrielle. En divers endroits du massif vosgien, le scandale des coupes rases dresse certains forestiers et associatifs contre ceux qui considèrent « être chez eux ».

Exemple lu sous www.rue89strasbourg.com

Extrait :
« Lors d’une promenade samedi 19 octobre dans la région de Gresswiller, nous avons emprunté le superbe sentier balisé par le Club vosgien qui mène du « Verlorene Eck » au sommet du Heidenkopf. A mi-chemin environ du sommet, nous avons rencontré des panneaux d’avertissement sur des travaux forestiers en cours et soudain, le sentier a débouché sur une « autoroute » qui venait d’être taillée en pleine nature sur le flanc du Heidenkopf. Nous avons pris quelques photos du massacre (voir ci-dessous). Ce « chemin » fait plus de six mètres de large, deux semi-remorques pourraient s’y croiser sans problème. Il contourne le Heidenkopf sur au moins 2 à 3 kilomètres selon mes estimations et j’aimerais bien savoir quelle est l’autorité qui est à l’origine de cette monstruosité. Une telle abomination est-elle autorisée ? Bien entendu, le sentier du club vosgien a été interrompu, les panneaux déplacés et les signes ont disparu. On croit rêver ! Je comprends fort bien qu’il faille un chemin carrossable aux engins forestiers, mais de telles saignées sont totalement disproportionnées. »


Sélection à relire dans nos archives :

http://latribunelibredebleau.blogspot.fr/2011/11/vert-de-rage-ou-petits-arrangements.html


http://latribunelibredebleau.blogspot.com/2011/06/le-patrimoine-de-la-foret-de.html

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