Chantier

Sur les chemins

Escalade

Matos

2000-10-01

Quel statut pour le Massif forestier de Fontainebleau ?

L'autre grand sujet de discordes, c'est le choix du statut du domaine. Au fil du temps, il s'est constitué un véritable mille feuilles juridiques qui n'a fait que diluer les responsabilités et surtout les crédits nécessaires à sa protection. Il s'agit de choix très politiques faits au plus haut sommet de l'Etat.

Commençons par rappeler les fonctions de la forêt tel qu'elles sont définies aujourd'hui par l'Office National des Forêts. La priorité à Bleau est toujours donnée à la fonction de "récréation" et à son usager le moins gênant pour les autres : le piéton. Toutefois, la forêt bellifontaine a aussi un rôle de protection du sol, de l'air, de l'eau, de la faune et de la flore ce qui s'illustre notamment au travers des réserves biologiques et du code forestier. Enfin, la forêt a bien entendu, une fonction de production, le forestier étant un cultivateur.

Nos forêts ont très tôt fait l'objet de mesures de protection. Les premières avaient pour but de maintenir la plus importante densité de gibier possible pour que les rois ne rentrent jamais bredouilles de leurs chasses avec les conséquences que l'on connaît sur la régénération naturelle de la forêt. Le code forestier d'alors n'allait pas sans engendrer des heurts violents entre forestiers et paysans, le braconnage étant puni de mort !

La constitution de la 21è série a marqué une étape décisive dans l'adoption des premières mesures de protections des paysages. Bien que très clair, ce texte n'a pas suffit et le législateur a pris des mesures complémentaires. Les séries "artistiques" d'hier sont devenues des réserves biologiques intégrales au sein des quelles toutes actions humaines est interdites sans validation par des scientifiques.

Lors de la rédaction du projet d'aménagement en 1995, la surface du domaine forestier s'établissait ainsi : 21 562 ha au total contre 19 398 ha au 1er janvier 1975. La domaniale de Fontainebleau faisait 17 073 ha (+ 121 ha) répartis en 748 parcelles forestières. La plus grosse part de cette extension provient du rachat en 1989 des 88 ha des anciennes sablières de Bourron. Le massif des Trois Pignons comprenait désormais 3 306 ha soit 1 128 ha de plus qu'en 1975. En effet, la Déclaration d'Utilité Public donnée le 22 septembre 1967 et confirmée le 10 mai 1974 a permis l'acquisition en 15 ans de 5 400 parcelles cadastrales pour un total de 2 570 ha. Enfin, les bois de la Commanderie autour de Larchant étaient encore en cours d'acquisition par l'Etat qui doit racheter 1 700 parcelles cadastrales réparties entre quelques 220 propriétaires dont celle qui abrite la célèbre Dame Jeanne.

Nous avons vu au chapitre sylviculture la nécessité de préserver ces forêts. Le Législateur a multiplié les textes et à Bleau, c'est un vrai mille-feuilles que nous avons aujourd'hui.

Les différentes étapes de la protection

Vous trouverez au chapitre de la protection des sites naturels, l'inventaire des statuts en Seine et Marne ainsi que de nombreuses cartes. Nous n'allons pas faire ici l'historique de toutes les mesures (on pourrait en faire plusieurs livres) mais simplement nous attarder sur les dernières années.

Les années 1900

La Loi Beauquier du 21 avril 1904 organise la protection des sites et monuments à caractère artistique. Insuffisante, elle fut complétée à diverses reprises notamment le 04 janvier 1929 par le député Join-Lambert, puis en 1960.

Le 25 juin 1943, deux arrêtés ministériels avaient permis d’inscrire à l’inventaire des sites « les immeubles, les rochers, groupe de rochers, cavernes et plantations situés sur les communes de Achère-la-Forêt, Arbonne, le Vaudoué, Noisy-sur-Ecole et Milly-la-Forêt… » Une mesure qui se révellera totalement insuffisante et inefficace.

En 1965, la forêt de Fontainebleau est classée au titre de la loi du 2 mai 1930. Appliquée à 100%, cette Loi assurerait déjà une large protection. Il convenait donc de classer à ce titre les Trois Pignons et autres espaces domaniaux. 

En 1982 débute les travaux d'inventaire des zones naturelles d'intérêt écologique pour la flore et la faune (ZNIEFF). Toute la domaniale de Fontainebleau y est incluse.

Un dispositif qui sera complété en 1992 par la directive européenne "habitat" qui vise à la protection de quatorze espèces et treize habitats sensibles intégrés dans les zones dites "Natura 2000".

Dans leur Livre vert, en 1990, les AFF proposaient des alternatives comme le statut de « forêt de protection» utilisé notamment en montagne puis récemment pour les forêts périurbaines ou l’application d’une protection sur la base de la loi du 10 juillet 1976 sur les zones naturelles sensibles.
Ils rejettaient les statuts de Parc Naturel Régional (PNR) orienté plutôt vers la réanimation rurale et l’accueil des touristes et celui de Parc National peu adapté.
De la protection des Trois Pignons vers un projet de Parc National

En vue des cérémonies organisées pour le cinquantième anniversaire de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), en 1998, certains trouvèrent l'occasion trop belle de faire de Bleau le premier Parc National de plaine ! Une demande récurrente depuis le début du XXè siècle qui, à chaque fois, déchaîne les esprits.
L'UICN fut créée à Fontainebleau le 05 octobre 1948. A l'époque, les américains souhaitaient organiser la conférence chez eux en arguant que le premier Parc National au monde y avait été créé en 1872 (celui de Yellowstone). Les autorités françaises firent elles valoir que les premières mesures de classement des bois, notre fameuse 21ème série ou série artistique, était son ainée de 19 ans ! Un demi-siècle plus tard, l'UICN c'est : 130 nations, 950 associations et un réseau international de plus de 9 000 experts ! On lui doit entre autres, la Convention de Washington (1973) sur le commerce des espèces menacées ou celle de Rio (1992) sur la diversité biologique.

L'idée d'un Parc National à Fontainebleau fut défendue par de nombreuses personnalités depuis plus d'un siècle. Citons ici l'ouvrage du docteur Henri Dalmon : Un Parc National en forêt de Fontainebleau, imprimé à Roanne en 1914, véritable pamphlet contre l'administration forestière. L'étude est très bien documentée et les positions de l'auteur démontrent s'il en était besoin, toute la passion de cet homme pour Bleau. Il ne réclamait pourtant qu'un quart de la surface des bois pour faire son Parc ! Cette idée ne fut pas retenue mais le dossier refait surface très régulièrement...

Les dates principales sont 1892, 1913 (commission d’étude PN), 1948 (demande conjointe de l'UICN et l'ANVL d'un texte législatif), 1957 (débat à Assemblée Nationale), 1965 (classement site naturel).

L'idée d'un Parc National fut aussi reprise par Albert Mary dans ses Notes de géographie physique sur les grès de Fontainebleau.

In Guide Loiseau de 1935
L'étude des Guides Loiseau me fut très utile pour mesurer les changements qui se sont accélérés avec la fin de la deuxième guerre mondiale. En effet, une rapide comparaison de la première édition de son guide en 1935 et de la quatrième en 1970 nous confirme au moins deux choses. En 35 ans, la forêt, son voisinage et ses visiteurs ont bien changé ; la nécessité de protéger la forêt est devenue une évidence pour l'auteur.

Il consacre donc un chapitre entier à cette idée de Parc National et y revient à de nombreuses reprises dont voici quelques morceaux choisis.


"Le Massif de Fontainebleau déborde très largement des limites de la forêt domaniale ; ses frontières géographiques apparaissent aisément : (...). Ces limites naturelles assez précises ont le mérite de déterminer un vaste ensemble, en grande partie forestier, que nous avons appelé Massif de Fontainebleau, eu égard à la forêt Domaniale qui en constitue le plus bel ornement. (...) Cette configuration, essentiellement pittoresque, charme le voyageur et constitue un ensemble caractéristique, paré de beauté, ce qui l'appellerait à la vocation justifiée de Parc National. (...) Le monde intellectuel et scientifique s'est ému des agressions graves qui menacent notre massif et dont nous parlerons plus loin, si bien que l'Assemblée Nationale, dans sa séance du 24 février 1957, adoptait une proposition de résolution invitant le gouvernement à défendre activement la forêt de Fontainebleau contre les empiètements de toutes sortes (...) et à rendre à l'Administration Forestière tous les sites (...) qui ne sont pas absoluement nécessaires aux autorités militaires." 

Soulignons ici deux choses. La première, c'est qu'à cette époque, le premier accusé de détruire la forêt n'est pas l'administration gestionnaire mais bien l'armée.  La seconde, c'est que Loiseau demande le classement en Parc National non pour protéger la faune et la flore mais bien pour sauvegarder un ensemble pittoresque à l'esthétique remarquable.

Monsieur Deisonnel qui fut le rapporteur de ce dossier à la Chambre des députés déclarait à propos de nos futaies : " Trésor inestimable, miraculeusement échappé à l'emprise des villes tentaculaires, paradis des campeurs, des randonneurs, des estivants, des alpinistes, des mycologues, des peintres et de tous les citadins affamés d'air pur, avides de détente, épris de beauté, la forêt de Fontainebleau devrait être érigée depuis longtemps en Parc National. Ce ne sont pas seulement les amis de la forêt de Fontainebleau qui nous y convient, mais l'étranger lui même qui nous presse de le faire. " 
Loiseau affirme aussi que le rapporteur insérât dans son exposé le Manifeste de l'UICN et complétait son exposé, lui aussi, sur la nécessité d'exclure l'armée de Bleau, notamment des terrains militaires des Trois Pignons. "Je répète que le maintien du Bois Rond à l'autorité militaire ne se concevait que dans l'hypothèse où l'Ecole de Saint Cyr serait implantée ici, cette hypothèse écartée, il convient de rendre la forêt à sa véritable vocation".

A cette époque, outre la polémique qui va naître avec le percement de l'autoroute, l'avenir des 3 000 ha des Trois Pis va bientôt cristalliser toutes les attentions.

Massacre aux Trois Pignons (1935-1979)

Le projet de création d'une autoroute vit le jour en 1935 et fut vivement critiqué. Entre 1952 et 1956, de nombreux groupes ont tenté de s'y opposer en proposant un tracé qui évitait les Trois Pignons pour traverser l'immense plateau de la Beauce.

Ce tracé était pourtant beaucoup plus facile à équiper et aurait permis d'économiser près de 70 millions de nouveaux francs ! Hélas, ils n'eurent pas gain de cause et la construction eut lieu, détruisant au passage le magnifique site des Cavanchelins. C'est à cet endroit décrit dans le guide Loiseau de 1935 que se trouvait l'un des plus beaux ensembles de grottes sous platière.
 
 
Les Trois Pis sont alors un ensemble de propriétés privées que se partagent quelques 2 000 personnes. La proximité de l'autoroute et de Milly-la-Forêt augmente considérablement la valeur immobilière des terrains et attise bien des convoitises. Commence alors le mitage progressif des lisières de la forêt notamment autour de Noisy-sur-Ecole.

Carte des zones protégées dans les Trois pignons en 2011
Avec l'échec, en 1957, des opposants à la saignée de l'autoroute, grimpeurs et randonneurs prennent conscience que pour lutter efficacement contre les menaces qui pèsent sur ce lieu unique, il est indispensable de se regrouper. Plusieurs associations se réunissent pour créer, en 1962, un Comité de liaison ; il était alors indispensable de rassembler toutes les énergies afin d'aboutir à la reconnaissance d'utilité publique de ce domaine exceptionnel où, à côté d'activités scientifiques, une intense activité de loisir sportif s'était développée. Ce Comité deviendra officiellement le COSIROC (Comité de défense des sites et rochers d'escalade) cinq ans plus tard. Rappelons que ses membres fondateurs étaient le Club Alpin Français (CAF), la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), le GUMS (Groupe Universitaire de Montagne et de Ski), les AFF et le TCF soit les plus importantes associations de l'époque en matière d'escalade et de randonnée ! Parlant d'une seule voix, elle offrait à l'ONF et aux administrations le choix d'un interlocuteur unique.

Outre le COSIROC et ses associations, Loiseau souligne le combat de Pierre Doignon (ANVL), de Robert Lagrange, Inspecteur Régional des Sites et d'autres personnalités locales.

Il souligne aussi, que durant cette affaire des Trois Pis qui va nous occuper pendant plus de 20 ans, la 21e série fut menacée et sauvée notamment par la formidable campagne de presse orchestrée par André Billy.
Parmi les nombreuses tentatives de dérogation à l'Arrêté de 1943, les carriers firent la plupart des demandes dont celle étonnante d'une marbrerie. Le Ministère des Beaux-arts n'y vit aucun problème si l'on en croit la réponse qu'il a fait à Loiseau : "...des assurances ont été données selon lesquelles le tonnage de sable extrait sera relativement faible et le site reconstitué à mesure du déplacement des exploitations."  On croit rêver. J'aimerai bien un jour que l'on me montre des blocs "reconstitués" ! Il n'y a qu'à observer les sablières de Larchant, Maisse, et autres villages pour voir les plaies qu'elles ont laissé dans le paysage malgré tout les efforts de plantations de leurs propriétaires... Là encore ce projet fut stoppé grâce aux interventions de bleausards passionnés comme Loiseau, Doignon, ou Maunoury.

Mais revenons aux affaires militaires et au résumé qu'en fait Loiseau. " A la libération, les américains transformèrent le massif en parc à munitions et matériel, installant des écoles de tirs à Franchard et ailleurs, funestes obligations de la guerre ! Mais le coup le plus dur porté à l'idée même de la constitution d'un Parc National le fut par l'Etat. L'armée française exigeait la cession d'un terrain de 160 ha dépendant de la Forêt de Fontainebleau au sud d'Avon et de part et d'autre de la Route de Moret et appartenant en grande partie à la série artistique. A cette exigence, le Ministère de la Guerre, ajoutait la transformation des presque 4 000 ha des Trois Pignons en champ de manœuvres ! L'idée était d'y installer l'Ecole toutes armes de St Cyr. L'Armée possédait déjà l'ancienne propriété Vollard."

En effet, en 1952, les 747 ha de la propriété Vollard sont achetés par l’Etat qui y créé le terrain militaire du Bois Rond ! Une convention est tout de même signée avec l’Administration des Eaux et Forêts pour ouvrir le domaine au public les jours où il n’y a pas de manœuvres… Une situation totalement intolérable pour les usagers et riverains au premier desquels se trouvent randonneurs et grimpeurs.

A grand renfort de pétitions, signées par près de 500 000 personnes, l'Etat renonce à faire des Trois Pignons, un vaste terrain militaire pour les Saint-Cyriens mais le conservera pour y faire de nombreuses manœuvres.


 Quelques années plus tard, l’Etat s’empare du Coquibus mais cette fois, c'est bien pour sa préservation. En juillet 1964, Paul Delouvrier constitue un groupe de travail sur les Espaces Verts et les Sites Touristiques qui sera présidé par Henri de Ségogne et qui comptera parmi ses membres un autre alpiniste célèbre : Lucien Devies. Ils proposent l’acquisition par l’Etat de la totalité du massif des Trois Pignons. Une mesure également inscrite dans le plan d'aménagement du district de Paris qui prévoit de rendre à l'ONF la gestion des Trois Pignons, terrains militaires inclus. Les grimpeurs, en concertation avec l'ONF, renoncent au traçage de circuit dans la réserve du Coquibus et laisse mourir les circuits qui s'y trouvaient, notamment au Nid d'Aigle.

Pour exproprier les 2 000 propriétaires des Trois Pis, l'Etat doit recourir à une enquête d'utilité publique qui est lancée durant l’année 1966. Elle va bien entendu engendrer de très nombreux débats… La commission d’enquête rendra son rapport le 12 février 1966 assorti de plusieurs recommandations dont la plus importante est la suivante : « la commission croit devoir recommander instamment l’éviction des militaires le plus rapidement possible. » Suivant l’avis du rapport, le Ministre de l’Agriculture, Edgar Faure signe la DUP le 22 septembre 1967 pour permettre l’acquisition de 2 400 ha dans les cinq ans qui suivent. Les oppositions sont nombreuses, notamment chez les propriétaires (un vieux réflexe français) et, en mars 1968, Minute publie un brulot sous le titre « Trois Pignons et 1 500 pigeons » qualifiant l’opération de préalable à la création d’un vaste « Luna Park » !

Au fil de l'eau, les plus grandes propriétés privées sont acquises par l'Etat mais il reste l'épineux problème des terrains militaires dont celui du Bois Rond qui ne peut être totalement ouvert au public contrairement à ce que prévoit la Déclaration d'Utilité Publique (DUP). Le Ministère de l'Agriculture tente de trouver un terrain à échanger et dévoile en 1972 une possibilité à Nanteau ce qui ne manque pas de provoquer dans ce tranquille coin de Seine-et-Marne une nouvelle levée de boucliers...

Pendant ce temps, deux gros propriétaires, messieurs Michelin et Veyret, ont posé une requête d'annulation de la DUP pour "excès de pouvoir". En 1969, le tribunal la déclare irrecevable mais Monsieur Michelin, loin de se décourager, porte l'affaire devant le Conseil d'Etat qui se prononce le 6 juillet 1973. La conclusion de la Haute Assemblée est la suivante : "...considérant que, tant en raison de son importance que de sa place dans le massif des Trois Pignons, l'exclusion du Domaine du Bois Rond de l'ensemble des terrains destinés à être ouverts au public ôte à l'opération son caractère d'utilité publique (...) annule l'Arrêté du Ministre de l'Agriculture du 22 septembre 1967 déclarant d'utilité publique l'acquisition par l'Etat du Massif des Trois Pignons".

Nous voilà donc revenu à la case départ sauf que 1 310 ha ont déjà été acquis, disséminés au travers du site. Les acquisitions ne peuvent plus se poursuivre qu'à l'amiable sans aucune garantie d'aboutir. Le ton monte entre le Ministère de l'Agriculture alors tenu par Jacques Chirac et celui des Armées de Robert Galley, propriétaire du terrain militaire. Monsieur Chirac écrit à son collègue : (...) " Je suis amené à vous demander de bien vouloir consigner un nouvel arrêté déclarant d'utilité publique l'acquisition par l'Etat du Massif des Trois Pignons (...) et de retenir favorablement le principe de changement d'affectation du Domaine du Bois Rond". Cette affaire d'Etat nécessitera un arbitrage du Premier Ministre qui fait signer au deux protagonistes le nouvel arrêté le 10 mai 1974, préalable à la reprise des achats. Les propriétaires cèdent progressivement mais en 1979, les deux ministères n'ont toujours pas réussi à trouver une solution d'échange de terrains. L'arrêté est donc reconduit jusqu'en 1984.

En 1979, un protocole est signé entre les militaires et les forestiers qui prévoie des restrictions aux manœuvres des premiers "ne faisant appel ni à des engins chenillés, ni à des tirs de munitions réelles"... Enfin ! De plus, "l'espace en question sera ouvert au public et l'entrée sera gratuite..." Le terrain sera tout de même fermé une vingtaine de jours par an. Cette même année, l'une des dernières grandes propriétés, celle des Cordier (140 ha) est acquise.

Au fil des ans, notamment sous la pression des AFF et du COSIROC, l'ONF obtiendra d'avantage de restrictions d'usages des terrains militaires sur son domaine. Les champs de tirs seront fermés et les terrains des Trois Pignons verront leur surface se réduire progressivement. On trouve toujours de nombreux déchets militaires (balles à blancs, grenades à plâtre, boîtes de ration...) ainsi que de dangereux trous de combats dans les pentes du 95,2 ou aux abords de la Canche aux Merciers mais, pour l'essentiel, le massif est désormais préservé.  

Durant ce combat pour la sauvegarde des Trois Pis, les bois de Buthiers - Malesherbes disparaissaient sous le quadrillage des lotisseurs et le Cirque de Larchant était la proie des pelleteuses. Le COSIROC intervint rapidement avec d'autres pour faire stopper les constructions de Buthiers et seul quelques rochers ont disparus dans l'enclot de la piscine de la base de loisirs ! 
Une fois l'affaire des Trois Pignons plus ou moins réglée, les naturalistes et les associations d'usagers portèrent leurs attentions sur le travail de l'administration forestière. Quand on parle sauvegarde des forêts, suivant que l'on est utilisateurs ou observateur, le combat se porte soit sur le mode de gestion, soit sur le statut...

Le lobby des naturalistes ne cesse lui de réclamer d'avantage de mesures de protection et obtient d'autant plus de résultats que notre conscience écologique s'éveille ! S'il y a bien longtemps que le mouvement vert est en route, sa montée en puissance depuis quinze ans est extraordinaire. Nous avons évoqué la création de l'UICN en 1948. Que s'est il passé depuis à l'échelle de la planète ? Petit à petit, scientifiques et écologistes ont appris à utiliser les médias portant à la vue de tous leur combat en le rendant plus populaire. Il y  les combats contre le nucléaire, les GPDS, contre la disparition des espèces menacées, contre la déforestation... jusqu’aux OGM et le réchauffement climatique. A Bleau, après la lutte contre les militaires et les méthodes de l'ONF, c'est le choix d'un statut plus protecteur qui va cristalliser les tensions. 
Les mentalités ayant évolué, les bleausards sont il prêt à accueillir un Parc National ? 

L'idée est séduisante et politiquement correcte. L'état pourrait donc peut être compter sur une large adhésion des associations écologiques et d'un public tout acquis à la protection de l'environnement. Dès le début des années 90, certains élus entraient en campagne pour promouvoir cette idée. Par ailleurs, quelques individus décident de faire entendre leur voix et fondent en 1993 le Comité pour un parc national à Fontainebleau. Militant activement, ils lancent quelques pétitions pour recueillir le soutien de personnalité et distribuent des tracts sur les marchés.

Quelques élus locaux à cette même période, ont fait le choix de se regrouper en syndicat pour étudier la faisabilité d'un Parc Naturel Régional dit du Gâtinais français à cheval sur l'Essonne et la Seine-et-Marne. Il s'est dissout après avoir rendu un rapport de 700 pages. A sa suite, une charte fut établie et soumise à ratification des élus souhaitant adhérer au nouveau PNR qui prit forme fin 96. Mais un PNR n'est rien de plus qu'un très beau logo placé sur les panneaux à l'entrée des communes qui le composent ! Car vous le savez certainement, ce label a une vocation plus touristique qu'écologique.

"L'affaire Bleau-combat"
La fin des années 90 est donc l'occasion de préparer le cinquantenaire de la création de l'Union International pour la Conservation de la Nature. Un tel évènement ne pouvait qu'appeler à d'importantes manifestations à Fontainebleau. Pour lui donner plus de poids, outre les différents monuments commémoratifs, conférences et expositions, il fallait proposer une mesure de grande envergure. C'est l'occasion pour le comité pour un parc national de promouvoir son idée. Sa campagne politique et médiatique débute plutôt bien. De nombreuses personnalités du monde des arts, de la culture, des sciences... soutiennent le mouvement et la presse s'empare petit à petit du sujet. Mais déjà, certaines associations font entendre une voix discordantes soulignant que le PN n'est peut être pas le meilleur choix à faire pour Fontainebleau. Dans la forêt, on commence à voir fleurir, notamment sur tous les panneaux ONF, des stickers blanc et vert prônant la création du parc.
Certains usagers n'apprécient que moyennement cette pollution visuelle qui nuit à la bonne lecture des panneaux directifs. Bleau Combat regroupe une poignée d'activistes issus du Comité pour le Parc National de Fontainebleau. Entre les AFF et eux, le ton monte d'autant plus vite que les propos de Bleau Combat se radicalisent. Une relecture de la presse quotidienne et hebdomadaire régionale permet de se faire une idée du climat de tension qui régnait en forêt de Fontainebleau de 1995 à 1999.
En effet, fin 1994, ce groupuscule, outre les tracts et les pétitions qu'il fait circuler passe à l'action plus musclée. Ils entrent en guerre contre les travaux forestiers, tout d'abord en taguant de tous les noms d'oiseaux certains panneaux et bâtiments de l'ONF, puis en saccageant les chantiers d'exploitation de la forêt. Ils vont ainsi incendier des véhicules, crever des pneus, sabler les réservoirs des tracteurs, arracher les semis et stopper certaines coupes d'arbres en plantant des clous dans les troncs... Pris en flagrant délit, plusieurs membres du Comité, dont son président, passeront les fêtes de Noël en prison.

Leur mouvement se veut inspiré de méthodes utilisées aux Etats Unis comme le revendique leur site internet. C'est oublier un peu vite l'étêtage des pins par les peintres de Barbizon au XIXe, véritables précurseurs en la matière ! L'ONF ne décolère pas et c'est sans parler de celle des exploitants.

Les bûcherons, rappelons le, travaillent pour des sociétés privées et indépendantes de l'Administration. En effet, celle-ci met en vente aux enchères les coupes à venir sous forme de lots. Une fois vendues, le rôle de l'Office se borne au contrôle des coupes (abattage des sujets sélectionnés, respect du cahier des charges...) En plus des pertes financières qu'entraînent ces actes de vandalisme pour les bucherons, ces derniers craignent désormais pour leur santé. En effet, lorsqu'on manipule des tronçonneuses, on sait qu'un clou qui rencontre une chaîne peut la faire éclater quoi qu'en disent les éco-terroristes. L'accident s'il n'est pas mortel peut, sans aucun doute, entraîner de très graves blessures et là, plus personne ne rigole.

Devant la multitude d'actions conduites par nos éco-guerriers et les dépôts de plaintes qui s'en suivent, la justice ne pouvait attendre. Ainsi, les trois principaux membres actifs de Bleau Combat se retrouvèrent devant les tribunaux non sans faire la Une des journaux mettant sur le devant de la scène la polémique autour de la création d'un Parc National. En attendant leur jugement, les "éco-guerriers" campent dans les arbres de la ville de Fontainebleau, histoire d'être vus au congrès de l'UICN où vont bientôt défiler d'importantes personnalités françaises et étrangères dont le Président Chirac et le Ministre de l'Environnement Dominique Voynet.

 
Un Parc national à Fontainebleau longuement étudié en 1998
Heureusement pour nous la plupart des associations locales sont elles aussi mobilisées depuis plusieurs années. Le COSIROC par exemple, publie dans un communiqué de son Conseil d'Administration daté du 13 avril 1995, sa position motivée en 6 pages. Le comité a choisi de défendre le statut de forêt de protection. Cette prise de position ne variera pas, même si les arguments avancés seront légèrement modifiés au fil des mois. Les AFF hésitent dans un premier temps avant de s'engager eux aussi, contre le Parc National.
 
L'Etat, par la voix de son Préfet, met en place le comité ad-hoc tant réclamé par les AFF pour que les associations d'usagers mais aussi de naturalistes se prononcent sur le choix du statut. Pour présider ce Groupe de réflexion sur l'avenir de la forêt de Fontainebleau, il fait appel au Professeur Jean Dorst du Muséum d'histoire naturelle. Ce dernier connait bien notre forêt et a publié en 1991 un rapport sur sa sauvegarde à la demande du ministère de l'environnement.

Le COSIROC y est représenté par Oleg Sokolsky. Le premier travail du Groupe est d'établir un Procès Verbal d'état des lieux. Ce préalable aux travaux engendre de vives discussions notamment sur la place des activités humaines en forêt et surtout, sur le périmètre à étudier. En effet, parle t'on de massif tel qu'il a été défini par Loiseau ou simplement des forêts domaniales ? En tout état de cause, chaque association y travaille et agit pour préserver au mieux les intérêts de ses adhérents. Ainsi, le COSIROC a adressé le 29 juin 1998 un courrier pour rectifier la liste des zones où l'escalade est autorisée (45 sites au lieu des 15 comptés dans la future Notice de gestion). Mieux, il fait acter que l'escalade se pratique librement à l'intérieur des parcelles forestières en dehors des RBI.

En parallèle de la réflexion en cours dans ce groupe, le 16 septembre 1998, il est ordonné par arrêté préfectoral l'ouverture d'une enquête publique du 9 au 31 octobre sur le projet de classement en forêt de protection du massif de Fontainebleau.


Dans le trente cinquième numéro de la revue ENEE s'adressant aux élus et décideurs, on pouvait lire en 1998 un très intéressant article intitulé :"Le classement en Forêt de Protection pour une préservation durable du massif de Rambouillet". Preuve que ce statut intéressait de nombreux sites franciliens. En dehors du parallèle évident avec notre affaire, l'article rappelait notamment que : " le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la région d'Ile-de-France (SDAURIF) a été publié le 26 avril 1994. Il consacre le début de son chapitre 3 à la préservation et à la valorisation des espaces boisés et paysagers (...) Le SDAURIF prévoit en effet, le classement en Forêt de Protection des massifs forestiers les plus sensibles : Fontainebleau (20 000ha), Rambouillet (23 000 ha) et Sénart (3 400 ha), afin d'assurer leur conservation et leur protection comme composante du patrimoine naturel régional." (...) "Au 1er janvier 1994, soixante six forêts pour 80 000 ha (surtout situées en montagne) étaient classées à ce titre et celle de Sénart était en cours de classement." L'article était signé de J.P. Blanchelande, "chargé de mission au Ministère de l’Environnement, Conseiller Régional et élu des Yvelines."

On peut légitiment s'interroger sur le choix de ce statut visiblement plutôt destiné aux forêts de montagne. Son intérêt réside dans le fait qu'il rend totalement inaliénables les bois classés c'est à dire qu'il est impossible d'en changer l'affectation ou de les rendre "constructibles" sauf à passer par une action en justice devant le Conseil d'Etat! 
L'enquête publique attire de très nombreuses personnes physiques et morales qui donnent leur avis sur la question en allant consulter les documents mis à leur disposition.   A cette date plusieurs personnalités scientifiques et artistiques se sont engagées pour la création du premier parc national de plaine ou périurbain. Nous pensons que bon nombre d'entre eux ont signé sans avoir une idée très précise du sujet et de notre forêt. Il est plus valorisant de soutenir un label aussi prestigieux que celui d'un PN que de défendre l'obscure statut de forêt de protection. C'est pourtant le choix de la plupart des associations locales d'usagers.

Enfin, pendant que les associations, les naturalistes et les élus locaux planchent sur le choix d'un nouveau statut, le monde bleausard observe avec impatience la transformation de la ville de Fontainebleau en capitale mondiale de l'écologie. Du 3 au 5 novembre,   le Président Chirac y accueillera les représentants des 138 pays membres de l'UICN et les 300 scientifiques qui les accompagnent. Bien entendu, les pro-parc mais aussi les anti ONF sont présents et la polémique envahie la presse nationale où les propos partisans sont de plus en plus nombreux. Ainsi, le magazine Terre sauvage publie un article au parti pris remarquable en faveur d'un Parc National. Le courrier de la nature, dans son n° 173 de septembre 1998 publiera un article sérieux et complet sur le massif de Fontainebleau. On en lira beaucoup d'autres à cette période... comme par exemple l'article de L'évenement du jeudi du 11 novembre 1998 sur les éco-guerriers. 

Mais au fait, pourquoi un statut aussi prestigieux que celui d'un parc national n'a t'il pas fait l'unanimité ?

D'après la Loi du 22 juillet 1960, un PN est un territoire classé en vue de protéger sa faune, sa flore, son sol et sous-sol. "Il importe donc de préserver ce milieu contre tout effet de dégradation naturelle et de le soustraire à toute intervention artificielle susceptible d'en altérer l'aspect, la composition et l'évolution. "

L'article L.241.3 du décret précise que le Conseil d'Etat peut choisir un régime particulier pour le PN en matière de droit de chasse, de circulation du public et toute action nuisible à la conservation du site.

Dans un article du Monde signé par Sylvia Zappi, on pouvait lire, qu'en l'état actuel des textes et notamment en se basant sur la Loi du 22 juillet 1960 ou le Code Rural, "rien ne peut s'opposer à la création d'un Parc National à Fontainebleau sur une surface évaluée à 32 000 ha." Une affirmation renforcée par la Division de la Nature et des Paysages (DNP) du Ministère qui estimait que :" Rien n'est interdit dans cette Loi. Si on voulait, on pourrait classer le Bois de Boulogne". Des propos modérés ensuite par le cabinet de Madame Voynet qui rappelait que "le site de Fontainebleau est assez éloigné de l'idée que l'on peut se faire d'un Parc National." C'est peu dire !

Les PN ont été bâtis autours d'une zone centrale interdite ou très limitée en accès et d'une zone périphérique destinée à l'accueil du tourisme et à l'exploitation de certaines ressources notamment agricoles. Compte tenu de la surface de la forêt et de sa géographie actuelle (présence de villages, de routes, d'autoroute, de voies ferrées) de nombreux usagers se sont légitimement interrogés sur les contraintes qu'auraient un tel statut sur leur forêt et leur vie quotidienne. Il leur est vite apparu comme une évidence qu'il serait impossible de créer ici une zone centrale interdite au public et qu'accepter un PN traversé par autant de voies de circulation constituait un précédent dangereux pour la pérennité des autres parcs. De plus ce label très touristique ne manquerait pas d'entraîner un surcroît de fréquentation dans sa périphérie mettant inévitablement en danger l'équilibre écologique du site déjà fort menacé. Il faut aussi ajouter l'immanquable spéculation immobilière que cela engendrerait et que le statut de PNR comme celui de Forêt de Protection n'ont su d'ailleurs éviter !
 
Chose intéressante, le statut de parc national a été modifié en 2006. Ainsi, "la réglementation du parc national et la charte peuvent, dans le cœur du parc (...) soumettre à un régime particulier et, le cas échéant, interdire la chasse et la pêche, les activités commerciales, l'extraction des matériaux, l'utilisation des eaux, la circulation du public quel que soit le moyen emprunté, le survol du cœur du parc à une hauteur inférieure à 1000 mètres du sol, toutes les actions susceptibles de nuire au développement naturel de la faune et de la flore, et plus généralement d'altérer le caractère du parc national."
Il s'agit donc bien de réglementer strictement au cœur des parcs l'ensemble des activités humaines afin de sauvegarder les espèces et milieux naturels qui s'y développent.

En 2012, la France compte 10 parcs nationaux dont deux sont situés en outre-mer. A l'exception de celui de l'île de Port-Cros et des Calanques, tous sont situés en moyenne et haute montagne dans des zones de faible densité démographique, assez peu fréquentées et aux activités économiques à faible impact sur l'environnement.

La protection au cœur des parcs est assurée par un établissement public dépendant du Ministère de l'écologie. En dehors de celui des Cévennes, la chasse y est interdite. Placés à l'écart des grandes agglomérations, ils constituent de vastes espaces sauvages, assez difficiles d'accès ce qui permet le développement d'espèces rares ou menacées telles le loup, le lynx ou l'ours. Si juridiquement rien ne s'oppose à la création d'un parc national de plaine périurbain en forêt de Fontainebleau, cette mesure nous parait toujours inadaptée, inopportune et totalement inutile.

Le professeur Jean Dorst et les trente membres de son comité avaient rendu en 1999 leur rapport motivé dans ce sens. Dix ans après, leurs arguments sont toujours valables. Pour nous (AFF, Cosiroc...) comme pour eux, la création d'un tel parc à Bleau risquerait de brouiller dangereusement l'image des autres parcs nationaux en instituant un précédent grave. En effet, notre forêt resterait traversée par 144 km de routes et autoroutes à très fort trafic. Sauf à exclure les grimpeurs, randonneurs, promeneurs de Bleau, la fréquentation de ce parc serait dix fois supérieure à celle du plus fréquenté des PN français : celui des Pyrénées. On peut aussi s'interroger sur la possibilité de créer une zone centrale en forêt de Fontainebleau, complètement incompatible avec la fréquentation actuelle, et sur la cohabitation entre l'ONF et un nouvel organisme.

On l'a vu, durant cette période de débats une partie des forêts de l'Essonne constituant le vaste domaine des Bleausards firent l'objet d'une mesure de classement en Parc Naturel Régional. Il s'agit du PNR du Gâtinais Français. 

L'UICN ne pouvait fêter son anniversaire sans recevoir un cadeau ! Il fut donc décidé de classer un très vaste territoire (70 000 ha), appelé Pays de Fontainebleau en réserve Man and Biosphère (MAB) et inscrit comme tel au patrimoine de l'UNESCO. Peu connu, cette grande réserve internationale visant au maintient de la biodiversité devrait être beaucoup plus valorisée. C'est assez symptomatique mais à aucun moment, lorsque vous traversez ce territoire, vous n'apercevrez de panneau vous indiquant que vous êtes sur un site classé UNESCO. D'ailleurs, en dehors des panneaux des réserves biologiques, les seuls visibles sont ceux du PNR du Gâtinais.

En 2002, l'ensemble du massif forestier, c'est à dire, y compris les Trois Pignons, la Commanderie, et les bois privés et communaux environnants, soit 27 000 hectares, a été classé en forêt de protection après dix ans de lutte des plus grandes associations locales. Hélas, les permis de construire délivrés avant n'en sont pas pour autant annulés, d'où les nombreuses constructions récentes faites à Arbonne - la - Forêt mais aussi et surtout, à Noisy - sur - Ecole. Celles-ci ont considérablement rongé les lisères des Trois Pignons, prouvant une fois de plus qu'avec de l'argent, l'écologie devenait une préoccupation secondaire...
 
Au total, avec les ZNIEF, les zones Natura 2000 dont le document fixant les objectifs fut adopté en 2006 et les précédentes mesures, c'est plus de dix-sept textes et statuts qui veulent protéger Bleau mais sans aucun organisme pour réellement contrôler et coordonner leur application en dehors d'un Comité Consultatif des usagers siégeant en Préfecture et aux pouvoirs somme toute limités...

Enfin, l'ONF est bel et bien resté le gestionnaire des forêts domaniales. Bref, rien n'a vraiment changé et de nouveaux labels ont depuis été mis à l'étude ! A l'automne 2008, l'ONF lançait la Forêt de Patrimoine, label écologique et paysagé issu d'une réflexion avec quelques uns de ses homologues étrangers. En effet, depuis 2003 un projet européen baptisé INTERREG qui consiste à élaborer une politique d'accueil du public tout en préservant les milieux remarquables et les espèces a été lancé sur les sites pilotes de Fontainebleau et de New Forest en Angleterre. Les actions entreprises dans ces deux massifs seront comparées pour en mesurer l'impacte sur la biodiversité. Là encore, rien de bien nouveau mais un début de réflexion sur l'accueil du public, les moyens nécessaires pour le réussir et contraindre d'avantage les utilisateurs à respecter le milieu.

En 2008, l'Etat, ses collectivités locales, l'ONF, et des associations dont les AFF ont signé un protocole par lequel ils s'engagent à élaborer un programme d'actions pluriannuel valorisant notre patrimoine forestier. C'est à ce titre que Fontainebleau reçoit ce label de "forêt de patrimoine". D'autres forêts devraient suivre d'ici à 2011.


Enfin, le Grenelle de l'environnement et ses conclusions font craindre le pire aux associations. En effet, il y fut envisagé de créer trois nouveaux parcs nationaux dont un en milieu forestier de plaine... Voici l'amorce du retour de la grande polémique de 1998 ? Mais le contexte actuel est bien différent de celui de 1998.

En effet, depuis, la France a changé de Président. Les Ecologistes ont remportés plusieurs succès politiques notables et la sauvegarde de l'environnement est devenue une nécessité impérieuse pour bon nombre de personnes. La conscience écologique des français s'est peut être éveillée avec la diffusion des films de Nicolas Hulot et Yann Arthus Bertrand. On sait, le climat se réchauffe, la faune, la flore et l'homme sont en danger ! Les politiques ont eux aussi pris le sujet au sérieux et même si le Grenelle de l'environnement n'a pas donné grand chose, il a permis quelques avancées notables. Ainsi donc, on peut à nouveau étudier l'opportunité de créer un PN à Bleau...
 
En 2003, l'Assemblée Nationale étudie les modifications qu'il conviendrait d'apporter à la Loi sur les parcs nationaux.  L'ancienne loi est réputée trop dure par les élus, ce qui expliquerait pourquoi on a créé si peu de parcs en France. La nouvelle, tout en voulant donner plus de place aux hommes qui vivent ou fréquentent ces espaces remarquables, va introduire, du moins dans l'esprit, plus d'interdits notamment en matière d'urbanisme. Elle sera donc modifiée en 2006
 
Mais elle ne fait pas l'unanimité. En effet, son application à la Réunion fait craindre le pire aux insulaires. On parle de projets immobiliers, de privatisation des accès aux sites touristiques et notamment au cratère du volcan. Dans les Pyrénées, c'est Jean Vassale, député, et président de Montagne du Monde qui mène la fronde contre cette loi. Enfin, la création du Parc National des Calanques a cristaliser les tension pendant plus de 12 ans et l'opposition n'est pas terminée.

A Bleau, l'ensemble des associations de pratiquants de loisirs de pleine nature fut convoqué en novembre 2009, à la demande du Maire de Fontainebleau pour débattre à nouveau du sujet, sur la base de la Loi modifiée en 2006. Il faut dire qu'en mars avait lieu les élections régionales et que l'UMP comptait bien faire de Bleau le Parc National du Grand Paris ! Au secours...

Dès ette première séance, l'ensemble des usagers a clairement signifié à monsieur le Maire une vive opposition au projet. Même si la gauche a largement remporté ces élections, même si le Ministère de l'Ecologie a choisi une autre forêt pour faire ce nouveau Parc National, la Mairie de Fontainebleau n'a pas lâché le morceau. En février 2011, le Maire de Fontainebleau et le président de l'UICN France ont remis à la Ministre de l'Environnement le rapport très consensuel de 200 pages rédigé par le comité de pilotage.Bien que soulignant constamment le soit disant consensus autour de l'idée d'un parc national à Fontainebleau, les associations d'usagers (et notamment l'AAFF) montrent leur opposition. A tel point que le Maire nous promet maintenant la création d'un parc d'un nouveau genre à inventer pour 2020 ! Autrement dit, signons lui un chèque en blanc pour créer un parc national inadapté sur la base de la loi de 2006 et il se chargera de la contourner pour faire autre chose !

Bref, le débat autour de la création d'un Parc National à Fontainebleau en 2020 ne fait que commencer...

En 2011, Bleau est une des forêts de France qui cumule le plus de statuts et projets adoptés pour sa sauvegarde (réserves biologiques, classement Loi 1960, zone natura 2000, ZNIEFF, forêt de protection, Parc naturel régional du Gâtinais, réserve M&B de l'UNESCO, projet de label "patrimoine"...) !

Appliqués à 100%, l'ensemble de ces textes garantissent un très haut niveau de protection. Encore faut il que l'Etat dote le gestionaire de cet espace (l'Office National des Forêts) de moyens conséquents pour les faire appliquer.
Citons ici un exemple : la parcelle privée des Rochers de la Ségognole (Trois Pignons, sur la commune de Noisy-sur-Ecole) qui abritent de magnifiques rochers et trois circuits d'escalade était en vente depuis plusieurs mois fin 2010 (38 000 € négociables pour 7 000 m² de bois inconstructibles et classés). Le Cosiroc a alerté l'ONF mais l'Office n'avait pas les moyens d'acheter cette parcelle dans l'urgence !

Il faut dire que l'ONF dépend du ministère de l'Agriculture et non de l'Environnement. Cela signifique que sa vocation première est de produire du bois (rentabilité) et non de les protéger... C'est donc le Club Alpin Français qui a du se porter acquéreur pour soustaire ces 7 ha à l'appétit des promoteurs.

Bleau reçoit chaque année plus de 14 millions de visites !
Nous sommes situés à 60 km de la capitale et à quelques minutes de très grosses agglomérations (Melun, Evry, Corbeil...). C'est pour tous ces visiteurs  urbains l'un des rares espaces de liberté et de verdure encore libre d'accès et gratuit. Fontainebleau, c'est le poumon vert de l'île-de-France.

Le débat autour du choix du statut de parc national à Fontainebleau n'a rien de nouveau. Il est relancé très régulièrement soit pas des politiques à des fins éléctoralistes (défendre la nature c'est plutôt vendeur), soit les lobbies naturalistes qui réclament une meilleure protection. Nous souhaitons que cette protection se fasse dans le respect des hommes et des femmes qui viennent ici depuis des siècles en évitant la mise sous cloche de la forêt.




Affaire à suivre !
" Les forêt précèdent les peuples,
les déserts les suivent."
Chateaubriand

Un peu d'histoire pour bien comprendre l'évolution de la Forêt de Fontainebleau


Je ne vais pas faire ici le récit de la longue opposition des artistes Romantiques aux forestiers au XIXè. Leur combat a débouché en 1861 à  la création de la "21ème série" ou "série artistique" qui excluait des coupes une partie de la forêt. Cette série est par la suite devenue une réserve biologique, première du genre dans notre pays.
Nous allons le voir, l'Administration Forestière est toujours au cœur des débats.

A la suite des Eaux et Forêts, la gestion des forêts publiques a été confiée à l'Office National des Forêts (créé en 1966) qui dépend du Ministère de l'agriculture. Avant cela, l'administration forestière dépendait du Ministère des Finances, preuve que son intérêt était avant tout financier... Ainsi, la forêt "impériale" de Napoléon III (1853) devient "domaniale" en 1870 sous la seconde République. Ce nouveau statut fait de la forêt un domaine privé de l'Etat, c'est à dire dont il peut disposer comme bon lui semble ! Tous les 30 ans en moyenne, l'ONF rédige un plan d'aménagement qui prévoie et fixe les règles de gestion sylvicole du domaine. Ce document est la suite des actes de Réformation royaux.

Le cas de la forêt de Fontainebleau est typique d'une forêt ayant pour principale vocation l'accueil du public et dite « récréative ». Autrement dit, le budget alloué pour la forêt de Fontainebleau prévoie que les dépenses pour son entretien seront nettement supérieures aux recettes générées par son exploitation.

Toutefois, dans une logique de réduction des déficits publics, les crédits alloués sont très inférieurs à ce qu'ils devraient être pour le premier monument végétal de France et d'Europe en nombre de visiteurs. Cette logique a prédominé dans de nombreux choix de l'administration forestière notamment dans la gestion des forêts de Fontainebleau, des Trois Pignons et du golfe de Larchant, ce qui n'a pas manqué d'engendrer bien des polémiques. La première cible des critiques est donc tout naturellement l'ONF et sa gestion ou plus indirectement l'Etat.

Notons tout d'abord que les forestiers de terrains sont des hommes passionnés par leur métier et leur forêt. Pris directement pour cible, ils n'hésitent plus à contester les choix de leur hiérarchie en matière de réduction d'effectifs et de moyens allant jusqu'à des grèves assez dures. (Voir leur pétition sur le blog) Je ne blâme aucun d'eux car je sais qu'ils font le maximum avec les moyens du bord. Je tiens même à les remercier pour leur disponibilité et leur aide au cours de ces années de bénévolat !  
Certains comme les bûcherons ont un métier difficile et travaillent toujours dans des conditions assez dures malgré la mécanisation de l'industrie du bois. On ne peut donc les blâmer de défendre avec cœur leur ouvrage. On ne reprochera pas non plus aux usagers amoureux de leur forêt de manquer parfois de recul et de réagir sous le coup de l'émotion. Toutefois, même si l'amour rend aveugle, il ne peut justifier certaines erreurs.




Carte de l'IFN

Dans notre jugement du travail de l'ONF, tentons de toujours garder à l'esprit que les forêts s'apprécient sur des siècles, et que les hommes ne peuvent pas lutter contre certaines évolutions ou catastrophes naturelles. Nous ne sommes pas des spécialistes en sylviculture et nous vous livrerons donc des informations telles qu'elles ont été écrites par les dits spécialistes.

Au premier rang des reproches faits au gestionnaire, nous trouvons bien entendu ses méthodes de sylviculture.
Le décret instituant la création de la première réserve comportait déjà une porte de sortie pour le futur ONF mais surtout il contenait les germes des contestations futures puisque les forestiers pouvaient, dans une certaine mesure, y faire des coupes. Notons aussi que la vocation de l'ancienne 21ème série fut précisée comme suit : "Mais cependant, l'Administration Forestière doit veiller aux mesures de sécurité qui lui incombent. Elle aura le devoir d'abattre des arbres devenus un danger pour les promeneurs".

A Bleau sont nés l'écologie, l'éco-terrorisme et les premières association de défense !

C'est en effet dans cette forêt qu'ils voulaient défendre à tous prix contre l'administration forestière que les peintres inventèrent l'éco-terrorisme ! En effet, ils ne devaient pas rentrer à l'auberge sans avoir arraché ou saccagé les jeunes plantations de pins qu'ils jugeaient indignes de nos futaies. Si leur motivation était plus esthétique qu'écologique, la création de la célèbre 21ème série fut considérée comme la première mesure de sauvegarde de l'environnement ce qui permit à la ville de Fontainebleau d'accueillir en 1948 le sommet qui àa donné naissance à l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) ! Enfin, cette défense des forêts et de leurs usagers nécessitant une forte mobilisation du public, c'est ici que naquit les premières associations.

En effet, en 1874, Jean François Millet préside à la création du Comité de défense de la forêt. Ce comité est donc l'ancêtre de toutes les associations de sauvegarde comme la Société des Amis de la Forêt de Fontainebleau (1907) ou le Cosiroc créé en 1962. Le 23 juillet 1945, la SAFF obtient du Ministre de l'Agriculture la création de la Commission consultative des Réserves Artistiques et Biologiques de Fontainebleau.


Les études scientifiques menées dans ces réserves permettent le maintien en 1953, des 1 070 ha de série artistique, la constitution de 552 ha de nouvelles réserves et la création de la première réserve biologique intégrale (RBI) sur 141 ha. Les anciennes parcelles constituant la série artistique sont déclassées en 1967 à l'exception des plus belles qui avaient été transformées en RBI en 53. De nouveaux arrêtés ministériels sont pris le 7 août 1967 puis le 11 janvier 1972 instituant 415 ha de réserves dont 136 ha classées en RBI. A cette date, il est clairement établi que l'objectif prioritaire de notre forêt devient l'accueil du public, ce qui signifie que sa gestion en vue de produire du bois de coupe devient plus limitée.

Parmi les multiples documents qui m'ont été utiles dans cette enquête, ceux recueillis et publiés par Eugène Plouchart tiennent une place considérable. Cet homme a eut la chance de pouvoir consulter les archives personnelles de l'inspecteur Reuss. Mieux, le forestier l'a aidé à décoder ses archives.

Eugène Reuss a officié à Fontainebleau de 1898 à 1912 puis, par intérim durant la guerre de 1914 à 1919. Il est, avec Achille Marrier de Boisd'hyver, l'Inspecteur qui a exercé le plus longtemps à Fontainebleau où il a pu mettre en pratique les principes de sylviculture qu'il enseignait à l'Ecole de Nancy. Pour mieux appréhender la complexité de cette forêt, Plouchart n'a pas hésité à relire et étudier les archives consultées précédemment par Domet pour écrire son histoire de la forêt. Celles de monsieur Reuss contiennent notamment des copies intégrales des grandes réformations de 1664, 1716 et de 1754 auxquels il faut ajouter de nombreux morceaux des aménagements suivants et des courriers. Tous ces écrits sont commentés de notes techniques hermétiques et inutiles pour le profane mais qui permettent de se faire une idée des différents paysages qu'a connu Fontainebleau ainsi que des intentions de l'Administration Forestière.

La forêt de Fontainebleau, avant la grande réformation de 1664, est un ensemble de bois très hétérogènes dans leur esthétique. C'est le résultat de traitements incohérents et parfois contradictoires qui suivaient les bons plaisirs des rois, soit que ceux ci faisaient couper du bois pour renflouer le trésor royal, soit qu'ils y interdisaient les coupes pour favoriser la prolifération du gibier, lequel ne manquait pas alors de dévorer chaque pousse déséquilibrant un peu plus la régénération naturelle de la sylve bellifontaine.

Barillon d'Amoncourt, le réformateur de 1664, annonce 6 740 ha de forêt sans compter les vides. Or, en 1715, la superficie totale est calculée à 14 242 ha. Si on en retire les 6 740 ha de surface boisée, on obtient environ 7 500 ha de vides et rochers, soit plus de la moitié de la forêt, au milieu du XVIIe ! 


Cela revient à dire à tout ceux qui se veulent protecteurs d'une forêt millénaire qu'hélas ils se trompent, plus de la moitié des nos belles futaies ayant au maximum 400 ans !
Une étude des gravures du XVIIe ou une relecture de certains écrits de l'époque devraient achever le constat. En effet, sur les gravures du château de Fontainebleau, notamment la Veüe générale de Fontaine-bleau de Pérelle, on reconnait facilement le Mont Chauvet, le Mont Aigu ou le Rocher de Samois que l'on n'aurait pu dessiner si les alentours avaient été boisés comme aujourd'hui !

En 1631, un anonyme laissa un manuscrit racontant le Voyage raccourcy d'un Quidam à Fontaine Belle Eau, dans lequel on peut lire qu'il a traversé les "Gorges d'Aspres-Monts" qualifiées "D'affreuses monstaignes qui semblent esgaler le sommet du mont Olympe." On sait donc que les paysages actuels ont été façonnés par l'homme et ses plantations entre 1720 et 1850.

En 1796, plus du quart de la forêt était encore "vierge" de plantations et ne fut planté qu'à compté de 1818 notamment en résineux. De 1831 à 1848, ce sont près de 6 000 ha qui seront ensemencés !

De même, les photographies du début du XXe notamment celles prises lors de la grande campagne lancé en france en 1904 et qui servit à l'édition de milliers cartes postales, ainsi que les quelques films tournés à Bleau à cette époque donnent une assez bonne idée des déserts d'alors...





Personnellement, je regretterais presque que les forestiers n'aient pas conservé Franchard ou Apremont dans son état désertique. Cela devait être très impressionnant comme paysage.
 

Les travaux de l'ONF toujours remis en question

Si la longue polémique qui donna naissance aux réserves s'est apaisée avec le temps, l'ONF et ses travaux paysagers sont restés au cœur des débats.

En effet, l'utilisation des résineux et notamment des pins pour le reboisement fut critiquée dès le départ. En 1884, les autorités départementales réclamaient d'avantage de plantations en chêne, mais l'inspecteur Sainte-Fare proposait sur un reboisement total de 4 575 ha l'utilisation des résineux sur 1 663 ha !


Grotte Béatrix au Restant du Long Rocher
était bien dégagée en 1900 !
 Songez qu'en 1861 le chêne occupait encore plus de 53 % de la surface de la forêt contre seulement 24 % pour les résineux. En 1882, le chêne ne couvre plus que 46 % du territoire contre 34 % pour le pin. En 1904, la part du chêne est passée à 35 % et, surtout, les pins sont devenus majoritaires avec plus de 40 % de la surface de la forêt. Toutefois, ces derniers chiffres, bien que publiés par l'inspecteur Duchaufour, sont sujet à caution si l'on en croit ceux publiés en 1900 par M. Reuss qui propose des proportions autours du 50 % de chênes et 30 % de pins.

La deuxième guerre mondiale causa bien des ravages et la forêt de Fontainebleau en fit aussi les frais. Outre les gigantesques incendies des Trois Pignons, on préleva 500 ha de bois de chauffage pour Paris y compris au sein des réserves car la contribution demandée à notre forêt fut de 123 000 stères de bois ! De 1940 à 1946, c'est plus de 797 000 m3 qui furent prélevés soit presque le double de sa production normale.

En 1968, un rapport préalable à l'élaboration du Plan d'aménagement, estime qu'un tiers de la forêt a une durée de vie inférieure à une trentaine d'années. Une situation alarmante que le Plan d'aménagement de 1970 doit prendre en compte. En 1972, il est donc prévu de "rajeunir" 7 000 ha sur trente ans !

Les méthodes utilisées pour atteindre cet objectif vont faire l'objet de nombreuses contestations. Parmi les plus concrètes et sérieuses, citons celles formulées par l'Association des Amis de la Forêt de Fontainebleau (AAFF). Elle est l'héritière et gardienne du travail de Denecourt et Colinet. Cela signifie qu'elle s'occupe de l'entretien des sentiers bleus mais aussi qu'elle poursuit l'inventaire des arbres remarquables de la forêt qui sont marqués d'un rond bleu. Ces derniers sont constitués soit de très vieux spécimens à conserver, soit d'essences rares et protégées ou en dehors de leur aire habituelle de répartition géographique, auxquels s'ajoutent des arbres remarquables par leur forme ou présentant une anomalie génétique. On trouvera donc parmi les publications de l'association deux ouvrages de référence régulièrement mis à jour : le Guide des sentiers Denecourt et le Guide des arbres remarquables. Mais ce ne sont pas les seuls écrits de cette association. 
 
Cette association est l'une des plus vieilles de France et nous offre plus de cent ans d'analyse des paysages forestiers. Rappelons un peu ses débuts...   

Charles Moreau-Vauthier, un artiste peintre de la région fait remarquer que ses confrères ont quitté les belles futaies qu'ils défendent depuis 1830 pour peindre en plaine. Toutefois, ils se soucient encore de l'avenir des paysages forestiers. Charles Moreau-Vauthier va donc créer un groupement de défense forestière : les Amis de la Forêt. Cette association aurait pu commettre les mêmes erreurs que le Comité de Bois-le-Roi, divisé par des querelles de clochers, mais son fondateur su éviter cet écueil. Pourtant les débuts de l'association furent difficiles. En effet, si certains membres souhaitaient l'arrachage des pins nés dans la réserve artistique et même l'arrêt de leur utilisation, d'autres leur rétorquaient que ces pins sont très beaux lorsqu'ils se développent en futaies.

Nous n'avons pas parlé des bouleaux, arbre magnifique mais dont l'exploitation n'a que peu d'intérêt. Lui aussi a fait l'objet d'âpres discussions au sein de l'association entre détracteurs et défenseurs. Certains membres allaient même jusqu'à réclamer la suppression des bancs publics, des écriteaux et du balisage des sentiers Denecourt et Colinet ! Enfin, sur un terrain plus politique, certains demandaient le rattachement des Eaux et Forêts à l'administration des beaux-arts ! Bref, il régnait dans ce groupement d'artistes passionnés une véritable cacophonie.


Il va de soit que les forestiers ne voyaient pas d'un bon œil cette nouvelle arrivée de réclamations. Heureusement, plus sages que son prédécesseur, ce nouveau comité entreprit de collaborer directement avec les représentants locaux de l'Administration. Ces derniers prirent donc l'habitude de parcourir la forêt avec les artistes pour étudier sur le terrain les travaux à entreprendre. Il y eut bien entendu quelques tensions et incidents.

En 1912 par exemple, le futur ONF fut pris a partie par les Amis de la Forêt au sujet d'une future coupe Aux ventes à la Reine que réclamait le puissant syndicat des bois et charbon de Seine et Marne. La querelle fit grand bruit dans la presse locale et parisienne ! Et comme à chaque fois, les choses reprirent leur cour habituelle à une différence près, l'Administration sait qu'il faut compter avec la force de l'opinion publique car elle a déjà perdu quelques combats !

Fort du soutien de la presse, les usagers de la forêt se regroupent et bientôt, aux côtés de l'AAFF, il existe plusieurs associations de sauvegarde de la nature ce qui constitue à la fois une force et une faiblesse. Une force car lorsqu'elles s'unissent, ces associations constituent un véritable contre pouvoir dont les actions conjointes ont permis la sauvegarde de nombreux sites. A l'inverse, lorsqu'elles se mettent à prêcher chacune pour leur paroisse, c'est souvent l'Administration Forestière qui gagne... Heureusement, les AFF se sont presque toujours entendus avec les autres utilisateurs de Bleau pour faire valoir leur droit à la forêt.


Mais revenons à notre Bleau et à sa sylviculture.

Le plan d'aménagement de 1970 et ses directives d'application organisent les travaux de régénération forestière et les choix paysagés qui en découlent. A l'époque, l'ONF procède à de nombreuses "coupes rases" (dites à "blanc étoc") avant de replanter. Ainsi en quelques jours, des parcelles entières de vieux chênes sont entièrement rasées. Une plaie dans l'immense visage de la forêt qui mettra plusieurs siècles à cicatriser et un traumatisme pour tous les amoureux de belles futaies qui voient disparaître d'un coup deux à quatre hectares de leurs paysages favoris à chaque nouvelle coupe !


Certes, la forêt a bien des difficultés à se régénérer elle même et nos magnifiques futaies de Fontainebleau, Rambouillet ou Chantilly ne seraient pas ce qu'elles sont sans le travail de l'homme. Mais les choix réalisés à l'époque par l'Office ne pouvaient convenir aux bleausards. Les AFF ont longtemps mené la fronde contre les directives de ce Plan d’aménagement, multipliant leurs interventions dans la presse régionale et nationale dès 1972, non sans obtenir rapidement d'importantes victoires.

Ainsi, la méthode des coupes rases utilisée sur plus de 500 ha entre 1970 et 1972 a été modifiée. Toutefois, dix-huit ans après, ce point est toujours à l’ordre du jour et les travaux préparatoires à la rédaction du Plan d’aménagement pour les Trois Pignons aux débuts des années 90 ont été l’occasion de relancer le combat.

Entre 1972 et 1990, c’est plus de 2 700 ha (soit près de 15% de la domaniale) qui ont fait l’objet de ce traitement avec par exemple la destruction des futaies sur cinq parcelles forestières contiguës (n°322, 316, 323, 333 et 334) pour près de 100 ha !

Dans leur Livre vert de 1990, les AAFF commentent fort justement cette gestion en neuf chapitres impossibles à résumer ici. Les réclamations issues de leurs conclusions sont les suivantes :
« - que l’intégrité des forêts qui composent le massif, soit totalement respectée et qu’une politique d’acquisition active des enclaves privées permette son extension,
- ( …) que la politique sylvicole retenue pour le massif ait comme but essentiel le maintien de la variété des peuplements forestiers exceptionnels,
- que les régimes forestiers appliqués ne soient pas limités au régime de la futaie régulière avec deux essences prioritaires, mais que les forêts du massif soient soumises à des régimes variés (…),
- que les activités militaires, à l’exception des activités équestres et sportives, soient transférées hors du massif,
- que les choix futurs concernant les grands axes de circulation respectent totalement l’intégrité du massif soit contourné ou évité,
- que les zones dégradées du massif (anciennes carrières ou zones industrielles plus ou moins abandonnées) soient aménagées ou réhabilitées,
- enfin, que le contrôle du développement de l’urbanisation soit très strict et que la qualité de cette urbanisation, comme le maintien des espaces naturels existants soient assurés ».

Les AFF soulignent notamment que les trois derniers souhaits sont en liaison direct avec le SDAU (Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme) d’Île – de France. L’association rappelle par ailleurs le rôle primordial de l’ONF, la nécessité de renforcer son pouvoir et de réformer le statut du massif. Les AFF souhaitent aussi que soit institutionnalisée une concertation approfondie et fréquente entre l’ONF et les différents acteurs y compris les représentants des usagers sous forme d’un comité « ad hoc ».

Sur nombre de ces points, les AFF ont eut gain de cause. De plus, depuis les discussions sur le statut de Parc National en 1998, le comité ad hoc a pris la forme d’une commission préfectorale à laquelle siège de nombreuses associations de naturalistes et d’usagers comme le COSIROC et les AFF.

Bien entendu, la répartition des essences et l'envahissement par les pins des plus belles futaies bleausardes ont été mis en relief dans le Livre vert.

Ainsi, en 1990, les AFF dénombraient 297 parcelles forestières en résineux majoritaires dont 118 le sont devenu depuis la mise en œuvre du Plan d’Aménagement de 1970. Les AFF estiment alors « et pour éviter tout esprit de polémique avec l’ONF que soixante parcelles au moins » sur les 118 ont été directement «enrésinées» par ce Plan !

En effet, l’association cite des chiffres importants. Ainsi, en 1986, 48 000 feuillus sont abattus contre 13 000 résineux. L’année suivante c’est 54 000 feuillus contre 16 500 résineux et en 1988, c’est 55 000 feuillus contre 15 000 résineux. A cette même époque, l’ONF considérait déjà que le hêtre était, ici, « à la limite de son aire de répartition géographique », c’est pourquoi il a été coupé quatre fois plus de hêtres que de chênes alors qu’ils étaient quatre fois moins nombreux.


On l'aura compris, en plus du choix des essences utilisées pour le reboisement, les discussions ont porté sur les méthodes de sylviculture. On critiquera bien volontiers l'utilisation abusive par le passé des coupes rases.


PF n°269 où la belle forêt de manches à balais que nous constitue l'ONF pour mieux mécaniser ses coupes !
Il nous faudrait aussi parler des types de paysage générés par ces méthodes. En effet, couper tous les arbres d'une parcelle revient à dire que ceux qui y seront replantés auront tous le même âge, pousseront au même rythme et au final, auront la même hauteur... 

En 1996, la rédaction du dernier Plan d'aménagement forestier instituait 580 hectares de réserves biologiques intégrales, 1331 ha de réserves biologiques dirigées, 1655 ha de séries d'intérêt écologique particulier et 3434 hectares de séries d'intérêt paysager particulier.

On peut considérer que cet ensemble, à l'exclusion des RBI, garantit une gestion conservatoire des milieux et des espèces. A ce jour, l'état de notre forêt se caractérise par des peuplements mélangés où dominent les feuillus sur environ 60% des surfaces dont 42% pour le chêne et 11% pour le hêtre. De 1720 à 1847 plus de 14 000 hectares de notre forêt ont été replantés ! Pour enrayer le vieillissement des futaies de chênes et de hêtres, de 1970 à 1995, près de 3400 ha ont été mis en régénération.




Carte des séries sylvicoles actuelles

La richesse et la variété du patrimoine biologique de Bleau résulte très largement des mesures de conservation et de gestion adoptées jusque ici. Pour maintenir l'équilibre des peuplements 9 903 hectares constituent la série de gestion sylvicole patrimoniale. Nous allons le voir, ces chiffres présentent un équilibre fragile et parfois contesté.


D'ailleurs, depuis 2007, nous constatons une nouvelle accélération des coupes et le retour aux grandes coupes rases ! L'arrivée en 2012 du nouveau responsable accueil et biodiversité nous permettra t'elle d'inverser la tendance ?




Coupe en mars 2011 PF n°354 sur 8 ha !!!




NATURE