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La Forêt de Fontainebleau menacée par l'urbanisation

Mis en ligne par TL De Bleau on jeudi 12 octobre 2000 | 17:09:00

On peut critiquer la gestion sylvicole de la forêt de Fontainebleau par les administrations successives mais force est de constater que ce n'est pas les coupes forestières qui ont fait les plus grosses dégradations de nos paysages forestiers. Non, celles-ci sont à mettre sur le compte de l'industrialisation et du développement économique de nos villes.

Parmis les plus grosses dégradations du XIXe, le massacre de milliers de rochers sont à mettre au crédit de l'industrie des carriers.
Avons nous réellement pris conscience des tous ces blocs qui ont été débités pour paver nos rues et construire nos maisons ? En effet, sous Napoléon, nos villes, notamment Paris et Fontainebleau, vont considérablement se transformer. Les rues boueuses d'alors s'élargissent au fil des constructions Haussmanniennes et surtout, se couvrent de pavés de grès, vite préférés aux premiers pavés de calcaire. La production atteint jusqu'à trois millions pavés par an. Des milliers de gros blocs sont alors nécessaires pour le plus grand malheur des grimpeurs des siècles suivants même si la plupart du temps, les carriers préféraient débiter les bordures de platière que des blocs disséminés.



Le métier compte parmi les plus dures de l'époque et on estime que 4 000 personnes exerçaient cette profession à l'apogée de l'exploitation. L'espérance de vie des tailleurs de pierres est alors aussi courte que celle des mineurs de fond. En effet, la poussière de silice pénétrant très profondément dans leurs poumons, beaucoup mourraient de silicose avant 50 ans. Il arrivait parfois qu'en découpant un pan de rocher, une mauvaise évaluation de l'instant de la rupture entraîne l'écrasement d'un ouvrier. Les vestiges de leurs travaux sont visibles dans divers sites.

Des résidus de tailles, aux abris et bivouacs en passant par des coins métalliques et des rails de chemin de fer Decauville, le site du Coquibus (Milly-la-forêt) propose tout l'éventail de ces témoignages d'un passé somme toute récent. En effet, il fallu attendre la généralisation du Macadam (apparu en 1849) pour voir régresser le nombre d'ouvriers. Les derniers carriers seront chassés de la domaniale en 1907 mais leur industrie se poursuivra encore longtemps dans les Trois Pignons et dans de très nombreuses carrières de l'Essonne. C'est du reste sur ces dernières que l'on trouve le plus de témoignages.


A ce jour, il n'y a plus qu'une ou deux petites exploitations des grès encore en activité. Le plus énervant, c'est de voir la masse de déchets de taille produite par chaque exploitation et de mesurer que mis bout à bout, ont pourrait reconstituer des centaines de beaux blocs !

Heureusement, leurs travaux ont aussi permis la création de quelques lignes superbes. Citons par exemple Le dernier angle, un magnifique 7b+ ouvert par Olivier Pennel dans la petite carrière qui domine le parking de la Roche aux Sabots. Au Rer Canon, le bloc du Cervin et ses quatre voies d'anthologie (de 5c à 7b) sont entièrement dues à la fente du bloc. Enfin, dans le Coquibus, de nombreuses voies parcourent dalles et arrêtes façonnées par les carriers !

Nous devons aussi évoquer la construction des aqueducs qui traversent Bleau et le sud francilien pour alimenter Paris en eau. Lorsqu'ils sont invisibles, c'est qu'ils sont souterrains. Je n'ose imaginer les travaux que cela a représenté, notamment le creusement du siphon qui permet à l'eau de passer des Dreï Zinen au Rocher du Télégraphe.

Outre les pavés, l'industrie réclame aussi du sable. Celui de Fontainebleau est réputé pour son extraordinaire pureté car il est composé à près de 99% de silice ! Il est donc très recherché pour la verrerie de qualité. En dehors d'une verrerie d'art à Soisy-sur-Ecole, il est extrait massivement dans les environs de Larchant et de Maisse-le-Patouillat.
On peut voir à divers endroits d'immenses sablières, gigantesques cicatrices dans les paysages forestiers, que leurs propriétaires reboisent difficilement une fois l'extraction terminée.
La silice extraite, du fait de sa pureté, est utilisée pour la micro électronique et dans la réalisation de verre de haute qualité comme les lentilles de télescopes... Là encore, on ne sait combien de milliers de blocs ont été détruits.





Plus anecdotique, les forages pour l'extraction du pétrole francilien dans les années 70 et 80 ont modifié certaines zones au nord de Bleau. Les puits Bellifontains ont produit jusqu'à 0,2 % de la production française. Notre département entre 1980 et 1990 produisait en moyenne un million de tonnes de brut par an. La chute du prix du baril jusqu'à 12 dollars durant les années 90 avait rendu l'exploitation des nappes franciliennes inintéressantes.

Il reste pourtant en Seine et Marne une centaine de puits ouverts selon la DRIRE et cinq sociétés se partagent l'extraction : Vermillion (canadienne), Lundin (Suédoise), Toreador Energy (américaine) et Petrorep et Geopetrol, toutes deux françaises. La production tourne autour de 200 000 tonnes annuelles soit 60% de la production intérieure nationale mais seulement 0,3% de notre consommation !


Peu rentables avec la fin de la crise pétrolière, ils le redeviennent aujourd'hui et, nous verrons probablement revenir bientôt, ces puits de pétrole à balancier... En effet, si le prix du baril monte comme à l'été 2008 ou en février 2011, la recherche de nouveaux gisements et leur exploitation deviennent rentables alors que le sous-sol de notre département semble avoir des réserves pour une vingtaine d'années notamment dans le nord-est. L'avantage de ce pétrole, c'est qu'il est exploitable sur place à moindre coût car de nombreux pipelines souterrains convergent ici vers la raffinerie Total de Grandpuits.

La carte vous montre que désormais plus de 80% de la Seine et Marne, plus des 2/3 des Yvelines et presque la moitié du 91 sont couverts par des demandes de permis de recherche émanant d'une dizaine de compagnies pétrolières, ou des permis déjà accordés à ces entreprises.

Qu'en penser ?
L'un des problèmes majeurs en Seine et Marne est celui de l'eau : depuis plusieurs années nos nappes phréatiques sont très basses et n'arrivent pas à "remonter" et la préfecture a mis une grande partie du département en "crise sécheresse renforcée" depuis plus de deux ans sans interruption. Comment pourra-t-on concilier les économies d'eau nécessaires avec cette nouvelle technique d'extraction qui consomme beaucoup d'eau ? Il faudra choisir : préserver la ressource en eau ou dérouler le tapis rouge aux industries du pétrole !!

Et le développement économique de nos villes ?

Bien entendu, qui dit industrialisation répond développement économique et urbanisation. Les enclaves privées et publics dans notre forêt sont donc très nombreuses.

Certaines ont plusieurs siècles d'existence, soit quelles sont le fait du passé militaire de la région, soit quelles sont le reflet du développement des loisirs. Citons en vrac le Golf de Fontainebleau sur 57 ha, l'Hippodrome de la Solle sur 54 ha créé en 1876 sur un ancien champ de manœuvres, celui du Grand Parquet et ses 28 ha, le Complexe sportif de la faisanderie de 21 ha... On pourrait y ajouter les buvettes aujourd’hui presque toutes disparues comme celle de Franchard qui fut installée en 1851. Il y en avait au Mont Chauvet, Bas Bréau, Tour Dénecourt, Croix d'Augas, au pied de la Caverne aux brigands ou à la Roche éponge.



Les militaires, dont les terrains se réduisent de plus en plus, ont eux aussi bien occupé et saccagé notre forêt. Outre la présence du régiment de la garde du souverain, on notera l'installation en 1870 de l'Ecole d'Application de l'Artillerie. Pour leurs exercices, les militaires disposaient du Polygone d'artillerie soit 84 hectares interdits au public, du Champ de manœuvres du Mont Morillon, plus petit mais qui s'étendait tout de même sur 18 ha, et des dangereux Champs de tirs de la Glandée, au sud de Melun dont, aux 2 ha régulièrement pilonnés s'ajoute un périmètre de sécurité de 255 ha, et celui du Mont Merle de 4 ha complété par sa zone d'accès limitée en cas de tirs de 261 ha ! Il faut bien entendu ajouter les nombreux terrains militaires des Trois Pignons dont celui du Bois Rond qui s'étendait sur 750 ha, celui de la Canche et les pentes du 95,2 qui furent massacrées par divers engins à chenilles ! Beaucoup plus anecdotique, les Trois Pignons, en 1947, ont aussi servit à tester les moteurs des fusées SEP par l'entreprise qui allait devenir plus tard, la SNECMA !

L'occasion pour nous de rappeller que notre forêt fut depuis les invasions romaines le théâtre de nombreux combats militaires. Pour s'en souvenir, Denecourt et Colinet avaient balisé des lettres K et L, le passage des Francs Tireurs sur le sentier bleu du Cuvier Châtillon. En effet, un groupe armé commandé par M. de Montdésir tint la place en 1870. Ont trouve aussi les traces du camp qui fut établi dans la plaine d'Arbonne en 1839...

Parmi les enclaves modernes citons le Collège international de Fontainebleau et surtout l'INSEAD, célèbre institut dont la récente extension n'a pas manqué de diviser élus, forestiers, usagers et protecteurs de l'environnement.



Depuis les années soixante-dix, le mitage des lisières de la forêt s'est accéléré mais sur de petites surfaces donc plus discrètement. Après l'acquisition en 1979 des dernières grandes propriétés privées des Trois Pignons et le sauvetage des environs de Buthiers en contre partie de la création d'une base de loisirs, il y a eut quelques échanges de terrains remarquables.

Ainsi, la ville de Fontainebleau acheta 165 ha de bois autour de Larchant cédés à l'ONF contre 1,65 ha pour permettre l'extension de son Cimetière. Pour étendre le Lycée Technique de Fontainebleau sur 2 ha, la ville racheta 200 ha à Larchant ! Toutes les acquisitions récentes de l'ONF se font sur cette base de troc de 1 hectare cédé contre 100 achetés... ce qui, il faut bien l'avouer, ne rend pas facile la tâche de nos élus.

Mais ce n'est pas là que se trouve la pire catastrophe. Toutes ces évolutions liées au développement économique de nos communes se sont accompagnées d'une très importante urbanisation de nos campagnes !

De Melun à Milly-la-Forêt, chaque lisière de forêt a été progressivement grignotée pour permettre l'expansion de petits villages autrefois bien tranquilles. Certes, sans cette croissance, nombre d'entre eux aurait peut être disparus ! Mais aujourd'hui les lotissements poussent plus vite que les salades des maraîchers à la sortie de Chailly-en-Bière ou de Macherin.

Même le petit village des peintres se développe au travers de lotissements heureusement pour la vue, plutôt haut de gamme. Nous avons déjà évoqué l'expansion scandaleuse de Noisy-sur-Ecole, du Vaudoué, de Paris-la-Forêt et d'Achère - la - Forêt qui cernent désormais les deux tiers des Trois Pignons ! Certains ont quand même bien de la chance d'habiter à quelques centaines de mètres des blocs quand ceux-ci ne parsèment pas simplement leur jardin...  On le devine aisément, de telles expansions économiques ne pouvaient que s'accompagner d'un très fort accroissement du trafic routier...

Le projet de parc national pourra t'il nous protéger ? Non ! La nouvelle loi sur les PN est faite dans le sens du développement économique de ces derniers... Pas question donc de limiter en dehors de la zone coeur les constructions nécessaires à l'accueil des touristes !
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